Le périlleux virage identitaire du gouvernement

26 décembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

La rue de la Loi fait dans la politique de l’identité, plus dans le socio-économique. Résultat : le ciment censé préserver la cohésion de l’équipe gouvernementale ne cesse de se morceler.

En mode électoraliste permanent. C’est en ces termes que Wouter Beke, président du CD&V, décrit la position politique de la N-VA. Mais sur l’échiquier, une telle attitude ne peut être l’œuvre d’un seul parti : l’observation s’applique nécessairement à l’ensemble de la classe.

Le fait est que le grand projet autour duquel s’articule le gouvernement Michel –­ la reprise socio-économique ­– ne garantit pas la cohésion de l’équipe gouvernementale, qui doit faire face à bien des tempêtes. Car il y en a beaucoup. La crise des réfugiés en est une, la menace terroriste en Europe en est une autre. Il y a aussi la tempête de la mondialisation et de la robotisation, qui en préoccupent beaucoup. Les citoyens sont inquiets pour leur avenir. En guise de réponse rationnelle, on nous explique que l’avenir nous apportera beaucoup de changements et d’opportunités. Mais la réaction irrationnelle implique hélas souvent la peur.

Et c’est précisément cette situation qui pose tant de problèmes au monde politique. S’il ne s’agissait que d’emploi, ce serait très simple. À l’exception du budget, le palmarès socio-économique du gouvernement est bon. Le coût du travail a diminué et quelque 150 000 emplois ont été créés. La reprise socio-économique est une réalité. On peut la trouver trop modeste ou trop lente, mais on ne peut nier son existence.

Mais le problème, c’est qu’aucune réponse n’est donnée à ceux qui recherchent une protection contre l’éventualité d’un acte terroriste, qui s’inquiètent de l’impact des réfugiés sur notre société ou qui craignent qu’un robot leur vole leur emploi. L’Eurobaromètre – un sondage de grande ampleur diligenté par la Commission européenne – indiquait cette semaine que les Belges font face à trois défis majeurs : le terrorisme, la migration et le chômage. Dans sa recherche de protection, le gouvernement est à présent porté sur la politique identitaire. Lorsque les choses tournent mal, on se recentre sur l’identité, on cherche à savoir qui on est et qui sont ceux qui nous soutiendront face à l’adversité.

Pour la N-VA, la réponse implique une Flandre qui ne permet plus aussi facilement l’islam et les flux de réfugiés. Pour le CD&V, la réponse implique une Flandre qui se montre plus tolérante vis-à-vis de la religion – en ce compris l’islam– et des réfugiés. Pour les libéraux cosmopolites, ce débat polarisant sur l’identité flamande est malsain, et devrait être réorienté vers des considérations plus philosophiques sur les libertés et la citoyenneté.

La conclusion en est qu’il n’existe aucun consensus au sein de notre gouvernement sur cette question et que son palmarès socio-économique ne lui est d’aucun secours. Le gouvernement termine l’année écoulée comme il entamera l’année nouvelle : en vacillant entre deux chaises. En mode électoraliste permanent.

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
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Date de publication : 24/12/2016