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« Un pays où trop peu de gens travaillent est un pays qui ne pense pas à son avenir »
17·02·22

« Un pays où trop peu de gens travaillent est un pays qui ne pense pas à son avenir »

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Nattanan23 via Pixabay

Bart Haeck
Auteur
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

Jeter un regard neuf sur le budget ? L’idée semble légitime.
Mais le risque est immense d’ouvrir ainsi la voie au laxisme politique.

Un pays ou trop peu de gens travaillent et où les pouvoirs publics comptent trop sur l’emprunt pour financer leur politique est un pays qui ne pense pas à son avenir.

En politique, une semaine, c’est long. Mais dans l’univers des règles budgétaires européennes, on pourrait croire que 1992, c’était hier. C’est en effet cette année-là qu’ont été définies les limites que devaient respecter les pays qui, par le biais de l’euro, allaient unir leurs destinées économiques.

Depuis lors, la dette souveraine est censée ne pas dépasser 60 % du PIB, et les déficits budgétaires annuels, 3 % du PIB. Ces chiffres se fondent sur un calcul simple. Pendant les années 1990, la croissance nominale (donc inflation comprise) avoisinait les 5 %. Enregistrer un déficit de 3 % revenait donc à laisser la dette atteindre à terme trois cinquièmes du PIB, soit 60 %.

Or ce calcul est périmé depuis longtemps. L’an dernier, le déficit budgétaire de la Belgique a atteint 6 % du PIB, et son endettement, 108 % du PIB. En outre, deux grands postes de dette ne figurent pas dans notre comptabilité publique : les dépenses sociales promises à une population vieillissante, et les investissements nécessaires pour assurer la transition climatique.

Revoir les normes de Maastricht

C’est dans ce contexte que Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque Nationale, propose d’assouplir les normes de Maastricht. Ce débat est indispensable – et il a déjà commencé au sein de l’UE – mais il est dangereux. Le risque est réel de voir une redéfinition du concept « discipline budgétaire » aboutir à le vider de tout sens.

Cette méfiance s’explique par de nombreuses raisons. Depuis la pandémie du coronavirus, les mandataires politiques se sont habitués à considérer que l’argent est quasiment gratuit, et que l’on peut donner de l’ampleur aux pouvoirs publics sans que cela coûte grand-chose. De telles habitudes se perdent difficilement, ne fût-ce qu’en raison du très mauvais palmarès de la Belgique en la matière. Au lendemain de crises antérieures, par comparaison à nos voisins, nos gouvernants se sont révélés bien moins efficaces, s’agissant d’annuler les mesures d’urgence et de reprendre le contrôle des dépenses publiques.

D’ailleurs, la Belgique n’a jamais été capable de limiter sa dette au plafond de 60 % du PIB prévu dans le traité de Maastricht. Par ailleurs, dans les débats politiques, la moindre des modifications budgétaires est accueillie par des hauts cris, clamant que « nous nous étranglons nous-mêmes » à force d’économies – alors que les dépenses publiques atteignent déjà 53 % du PIB.

Ne prenons que le dernier exemple : l’accord sur la réforme du marché du travail conclu mardi par le gouvernement fédéral. Selon les économistes du travail, ces réformes seraient fondées. On peine cependant à voir comment elles nous catapulteront vers ce pays merveilleux, financièrement résilient, où 8 personnes sur 10 en âge de travailler auront effectivement un emploi. En revanche, dès qu’il s’agit de dépenser de l’argent – qu’il s’agisse de la réforme des pensions du PS, du CD&V ou de la réduction d’impôt du MR – tout le monde semble croire que cet argent est déjà rentré dans les caisses.

C’est pourtant simple. Un pays où trop peu de gens travaillent, et où les pouvoirs publics comptent trop sur l’emprunt pour financer leur politique, est un pays qui ne pense pas à son avenir. Et qui se rend vulnérable. Cette pensée devrait figurer en filigrane entre chaque ligne de tout bon exercice budgétaire.

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