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30 novembre 2017

Témoignage d’un émeutier : « Tout vaut mieux que l’indifférence »

Eddy Tchuisseu (23 ans) a pris part aux émeutes survenues samedi dernier à Bruxelles. « On n’en est pas fier, mais l’heure est grave. Tout vaut mieux que l’indifférence. »

La troisième émeute en deux semaines à Bruxelles s’est soldée par des vitrines brisées, un agent blessé et des piétons agressés et menacés. Un manifestant s’est introduit dans un night-shop et en est sorti avec un bac de bières.

« Je me souviens qu’on s’est servi de ces bouteilles comme projectiles », avoue Eddy Moise Tchuisseu. « Cela a été loin, oui. Au départ, on avait organisé un sit-in tout à fait pacifique devant le palais de justice, sur la place Poelaert, pour protester contre l’esclavage en Libye. Pas un chat n’a voulu nous écouter. »

Objectif atteint

Tchuisseu estime que la classe politique belge est restée étonnamment silencieuse après la diffusion d’images d’un marché aux esclaves en Libye, où des hommes noirs étaient vendus pour 200 euros. « C’est inimaginable, inhumain, cela nous a transpercé le cœur. On était quitte de l’esclavage depuis un siècle, non ? Le voilà de retour. Pourtant, pas un seul Belge blanc ne s’en soucie le moins du monde. »

Il concède néanmoins que les évènements ont dégénéré à Bruxelles. « On a pété les plombs. On avoue, on a causé des dégâts. Des gens autour de moi se sont fait arrêter. Parmi eux, certains n’avaient rien fait de mal et d’autres étaient de vrais fauteurs de trouble. Quoi qu’il en soit, notre but a été atteint : soudainement, les médias sont apparus et tous les politiciens en parlaient. Négativement, certes. Mais peu importe, tout vaut mieux que l’indifférence. »

« Tout d’un coup, je me sens à nouveau africain et non plus belge »

Eddy habite à Denderleeuw, mais ses origines se trouvent au Cameroun. « Je suis né et j’ai grandi ici mais, tout d’un coup, je me sens à nouveau africain et non plus belge. Ces images esclavagistes ont éveillé une conscience noire. Maintenant, on a une cause à défendre. Parfois, je suis confronté au racisme mais, franchement, ça ne m’atteint pas. Ce ne sont après tout que des paroles et j’ai un bon boulot en tant que coach de fitness. La Belgique m’a donné des opportunités, j’en suis bien conscient. »

« Qu’est-ce qu’on ressent, maintenant ? Qu’on est des citoyens de seconde zone. Pas si loin d’ici, les noirs sont même encore esclaves. Ici, on ne se sent pas chez nous, et ce qui s’est passé samedi en est la meilleure preuve. Ce pays appartient aux blancs, pas à nous. En soi, il n’y a rien de mal à cela. »

« Je pense exprimer l’opinion de nombreux noirs en disant que je souhaite en fin de compte retourner de l’autre côté du Sahara, pour y commencer une nouvelle aventure avec l’argent gagné ici. J’ai toujours vécu en Belgique mais je veux à présent partir en Afrique pour construire un projet de vie. Au lieu de fuir l’Afrique, il faut l’aider. La fuite mène à l’esclavage. Voyez vous-même. »

Indemniser les dommages

Contrairement aux Belges, Eddy tient à s’excuser. « Je le dis : pardon. Au nom de tous les manifestants, vis-à-vis de toutes les personnes qui ont subi des dommages et de l’agent blessé. C’est regrettable. Indemniser les dommages ? Si une collecte voit le jour, je participerai. Mais est-ce bien nécessaire ? Nous n’avons déjà rien et, avec les richesses que vous avez pillées au Congo, vous pouvez bien nous en faire grâce, vous ne trouvez pas ? 

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