Drôle d’époque pour la démocratie. Ce week-end, au Brésil, Lula da Silva a remporté les élections présidentielles contre Flávio Bolsonaro, le fils de l’ex-président condamné Jair Bolsonaro. Plus près de chez nous, un mouvement étudiant a pris le dessus dans sa lutte contre Aleksandar Vučić, qui était resté douze ans au pouvoir, comme président et premier ministre. Un résultat remarquable pour un mouvement qui a vu le jour il y a deux ans à peine.
Sa main ferme autour de l’État de droit, des médias et de l’appareil étatique laissait à penser que Vučić était intouchable. Mais c’était compter sans un scandale de corruption qui lui a mis la corde au cou. Le mouvement qui l’a battu s’est formé à la suite de manifestations d’étudiants causées principalement par les événements de Novi Sad : une gare dont un auvent s’est effondré, provoquant la mort de seize personnes. Comme personne n’a vraiment payé le prix de cette catastrophe humaine, les étudiants serbes se sont révoltés.
Leur soulèvement a réveillé les mécontents, qui se sont mis à battre le pavé par centaines de milliers, jusqu’à devenir l’un des mouvements de contestation les plus importants de l’histoire serbe. Ensuite, le mouvement a constitué une liste en vue des élections, avec une large coalition d’universités et de membres de la société civile.
La démocratie participative en Belgique, une fausse bonne idée
Le nouveau parti au pouvoir
Vučić a reconnu sa défaite, et le pays a poussé un soupir de soulagement. Avec une majorité au parlement, le mouvement dispose désormais d’un pouvoir politique, mais doit relever un fameux défi. Le parti est assez hétérogène, et il manque d’expérience et de leadership, ce qui semble le prédestiner à un parcours pour le moins cahoteux. Leur tête de liste a tout dit en déclarant, devant les caméras, qu’il souhaitait vite reprendre son poste de cardiologue à l’hôpital.
Il n’en demeure pas moins que cette victoire revêt quelque chose de particulier. Sur un continent sans cesse vieillissant, où les jeunes ne se sentent pas entendus, la voix de ces jeunes a désormais une valeur inestimable. Par ses manifestations, la jeunesse a clairement fait comprendre qu’elle en avait assez de la corruption, et elle a su mobiliser d’innombrables électeurs qui avaient abandonné tout espoir depuis longtemps.
En Israël, c’est ce mardi que les électeurs se sont rendus aux urnes. Et la semaine prochaine, ce sera au tour des États-Unis. Puis, dans les mois qui viennent, celui d’autres pays européens. Dans le monde tumultueux d’aujourd’hui, les résultats du scrutin en Serbie représentent une bataille de gagnée, mais pas encore la fin de la guerre.