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Pourquoi vos collègues cachent qu’ils utilisent ChatGPT ?
22·07·25

Pourquoi vos collègues cachent qu’ils utilisent ChatGPT ?

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

(c) Emiliano Vittoriosi

Les enquêtes le confirment : en deux ans, le nombre de personnes utilisant les outils d’IA générative au travail a doublé. Aujourd’hui, environ 45 % des employés de bureau auraient régulièrement recours à cette technologie. Rien d’étonnant donc à ce que ChatGPT figure parmi les cinq sites les plus visités au monde. Et pourtant, dans les entreprises, rien ne transparaît : aucun n’échange enthousiaste autour de la machine à café à propos du dernier aucun « prompt » à la mode, aucune discussion animée sur le temps gagné grâce à l’IA. Rien. Le calme plat. Pourtant, on pourrait s’attendre à déceler ne serait-ce qu’une once de fierté dans le chef de celles et ceux qui maîtrisent les dernières technologies…

À la vérité, cet usage inavoué de l’IA constitue l’un des principaux casse-têtes pour les entreprises – du moins, lorsqu’elles en ont conscience. Et ce recours « clandestin » constitue également un frein majeur à la véritable révolution de productivité que notre économie espère. Trois raisons expliquent l’omerta ambiante.

Première raison, paradoxalement : le gain de productivité. Beaucoup constatent qu’avec ChatGPT, des tâches longues et fastidieuses ne prennent désormais plus que quelques minutes. Répondre à un e-mail, rédiger un rapport succinct, produire une synthèse… À l’échelle d’une semaine, le temps économisé peut se chiffrer en heures. À qui profite ce gain ? Pour l’instant, aux employés. Et si leur employeur l’apprenait ? C’est là que le bât blesse. Beaucoup craignent, en effet, que l’entreprise fasse ses calculs et impose davantage de travail ou réduise les effectifs. Partout dans le monde, les suppressions de postes se multiplient dans les bureaux de conseil, les agences de marketing, les cabinets d’avocats.

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Deuxième raison : le ton, souvent menaçant, adopté par les entreprises sur les questions de confidentialité et de sécurité. Les règles ne sont pas claires, les salariés préfèrent donc ne pas prendre de risques. Chez eux, ils utilisent librement des chatbots gratuits. En entreprise, l’encadrement les freine. C’est un vrai sujet pour les employeurs, qui doivent d’urgence proposer un encadrement plus réaliste – et donc permissif – afin de sortir l’IA de la zone grise. D’autant que certaines entreprises continuent de recommander la version « sécurisée », alors que les modèles les plus récents sont bien plus performants. Elles doivent se rappeler qu’il y a quinze ans, elles ont été contraintes d’adopter la politique dite du « BYOD », abréviation de l’anglais « bring your own device », parce qu’elles ne pouvaient rivaliser avec les appareils personnels qu’utilisaient leurs employés à la maison.

Troisième raison, plus complexe : la peur d’être jugé. Les utilisateurs redoutent d’être perçus comme paresseux, fourbes ou superficiels. Personne ne s’offusque que vous utilisiez un correcteur orthographique. Demander à une IA de relire un e-mail en anglais ? Passe encore. Mais si votre collègue découvrait que votre chaleureux message de remerciement a été rédigé par un chatbot ? Et si votre manager vous remettait un rapport d’évaluation qu’il n’a même pas écrit lui-même ?

Des études récentes ont révélé la complexité de ce malaise psychologique. Les entreprises recommandent d’être transparent et de signaler tout recours à l’IA. Mais les recherches montrent qu’une trop grande transparence peut miner la confiance : un collègue sera considéré comme moins fiable s’il avoue avoir utilisé ChatGPT.

L’adoption de l’IA est donc moins un défi technologique que psychologique. Pour espérer un véritable gain de productivité, les entreprises doivent d’abord gagner la confiance de leurs employés. Ce n’est pas la technologie qu’ils redoutent, mais la manière dont leurs supérieurs et collègues vont réagir à son usage. Ils veulent s’assurer que le temps gagné ne leur sera pas repris, qu’ils ne seront pas sanctionnés pour avoir expérimenté les derniers outils à leur disposition ni jugés s’ils s’aident de l’IA pour mieux effectuer leur travail. Dans tous les cas, il est urgent que l’IA sorte de l’ombre.

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