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20·02·18

Mohammed ou Bernard ? Pour l’électeur, l’habit fait (en partie) le moine

Temps de lecture : 2 minutes
Roel Wauters
Auteur⸱e
Herve Voglaire Sanchez
Traducteur⸱trice Herve Voglaire Sanchez

L’électeur porte-t-il un regard différent sur les candidats d’origine étrangère ? À en croire une étude de l’université de Gand, la réponse est oui. Ce qui ne veut pas dire qu’il les juge moins aptes pour autant. Sauf en matière d’environnement.

Les candidats politiques d’origine étrangère ne sont pas vus négativement

Les citoyens d’origine étrangère sont sous-représentés en politique. Pour illustrer ces propos, sortons les chiffres du Moniteur flamand de l’intégration et de l’immigration : 18,4 pour cent de la population flamande a des racines étrangères, tandis que les personnes issues de l’immigration représentent à peine 5,6 pour cent au sein du Parlement flamand.

Sigrid Van Trappen, chercheuse à l’université de Gand, est partie en quête d’explication dans la manière dont l’électeur les perçoit. Les candidats issus de l’immigration sont-ils jugés moins aptes à la fonction ? Le résultat de l’enquête est paru dans les pages de SamPol, mensuel politique de gauche.

La question centrale se solde par une réponse négative. Les candidats ayant des origines étrangères sont perçus comme étant aussi crédibles que leurs congénères lorsqu’il s’agit d’économie et d’intégration. Leurs bagages ethniques ne leur portent préjudice que lorsqu’ils expriment des idées ayant trait à l’environnement. “Assez surprenant”, indique Van Trappen. “Nous nous attendions plutôt à ce qu’ils obtiennent de bons résultats en matière d’intégration et un moins bon score sur des sujets comme l’économie.”

Van Trappen a sondé 350 étudiants, auxquels elle a présenté trois candidats (fictifs) qui expriment un point de vue neutre sur les trois thèmes nommés. Pour mesurer l’impact de l’origine, elle a uniquement changé les noms. Les sondés ont-ils porté un regard différent sur le candidat, selon qu’il s’appelle Mohammed ou Bernard ?

Concernant les aptitudes, la perception change seulement lorsqu’il s’agit d’environnement. En termes d’orientation politique, la distinction s’avère bien plus marquée. Il ressort de l’enquête que si deux personnes émettent un même point de vue, le public aura plus tendance à cataloguer la personne qui porte un nom à consonance étrangère comme étant de gauche.

Van Trappen y voit deux explications : “D’une part, et avant tout, les responsables politiques d’origine étrangère sont plus nombreux au sein des partis de gauche comme Groen, le sp.a ou le PVDA”. Avant d’ajouter : “D’autre part, ils sont plus souvent associés à des thèmes inscrits à gauche de l’échiquier, comme l’intégration et la détresse sociale.”

« Qu’une personne issue de l’immigration soit encore vue comme étant de gauche montre à quel point les stéréotypes sont enracinés », déclare la chercheuse.

Une image plus lisse

En parallèle, elle observe que la N-VA, parti de centre-droit, se sert de citoyens d’origine étrangère pour adoucir son image. « Ainsi, malgré les sorties parfois virulentes de pointures comme Theo Francken et Jan Jambon, les nationalistes peuvent toujours se targuer, dans le même temps, de ne pratiquer aucune discrimination. »

Pour finir, un constat interpelle : plus on penche à gauche, plus un candidat d’origine étrangère est jugé apte à la fonction, parfois même plus qu’un candidat « autochtone » qui émet les mêmes points de vue.

À droite, c’est tout l’inverse. « Une personne de gauche est plus sensible aux obstacles qu’un candidat d’origine étrangère a dû franchir pour en arriver là, alors qu’une personne de droite part du principe que tout le monde reçoit les mêmes chances et vote par ailleurs davantage en fonction de ses affinités », conclut-elle.

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