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(c) Adam Nielsen

14 mars 2016

Les étudiants pourront-ils bientôt voter là où ils «kotent»?

Selon l’Open Vld, les étudiants qui «kotent» (ndt, terme belge signifiant «loger dans une chambre d’étudiant») devraient pouvoir voter dans la ville où ils étudient. Actuellement, ils ne peuvent le faire que là où ils sont domiciliés, ce qui les oblige par exemple à retourner dans leur ville d’origine au beau milieu des examens. Mais qu’ils ne se réjouissent pas trop vite, car ce n’est pas la première fois que l’idée est proposée. La grande question est donc de savoir si cette fois sera la bonne.

Ne serait-il pas une bonne chose de permettre aux étudiants de voter dans la ville où ils étudient? Ils pourraient ainsi être plus impliqués dans la politique de «leur» ville, et ils s’y sentiraient aussi davantage chez eux. C’est en tout cas l’avis de l’échevine gantoise de l’Enseignement Elke Decruynaere (Groen). Cette dernière a fait part de ses réflexions au quotidien De Morgen: «même si les étudiants rentrent encore souvent chez eux la première année, plus les études avancent, et plus ils se sentent Gantois. Nous considérons ces étudiants comme des citoyens à part entière de notre ville, où nous voulons leur permettre de voter s’ils le souhaitent».

Le député flamand Mathias De Clerq (Open Vld), également échevin à Gand, entend travailler sur ce dossier avec ses collègues de parti Rik Daems et Willem-Frederik Schiltz. Les trois élus déposeront une proposition à la fin du mois dans le but d’octroyer un droit de vote actif et passif aux étudiants «koteurs». Ils pourraient alors prendre part aux élections de leur ville d’études, mais aussi s’y faire élire. Selon la proposition, les étudiants désireux de voter pourront s’inscrire dans le registre de la ville sur base volontaire, sans devoir pour autant y établir leur domicile.

Une exception qui existe déjà

Selon la loi actuelle, les étudiants ne peuvent voter dans la ville où ils étudient que s’ils y habitent officiellement, ce qui exclut donc étudiants «de passage». Pour voter, ces derniers doivent dès lors établir leur domicile dans la ville de leur université, ce qui n’est pas souvent le cas, généralement pour de simples raisons pratiques : en changeant de domicile, ils d’exposent au risque de ne plus être à la charge de leurs parents et de perdre ainsi des avantages importants comme les allocations familiales ou des bourses d’études.

Dans la mesure où le vote est obligatoire dans notre pays, ces étudiants n’ont donc pas d’autre choix que de rentrer chez eux pour voter, même si cela doit se faire au beau milieu d’une période d’examen. Il existe pourtant déjà des mesures d’exception, comme dans le cas des étudiants étrangers, qui peuvent restés domiciliés dans leur pays d’origine, mais qui peuvent néanmoins prendre part aux élections communales.

Contre-arguments

Mais malgré ces arguments tout à fait pertinents, il ne sera pas simple d’obtenir une majorité parlementaire en faveur de cette proposition, qui s’accompagne aussi d’une série d’inconvénients. Le CD&V souhaite participer à la réflexion, mais met d’ores et déjà l’Open Vld en garde contre les implications pratiques de sa proposition.

Liesbeth Homans (N-VA), ministre flamande des Affaires intérieures, n’est quant à elle pas très enthousiaste. «Si nous devons comptabiliser les étudiants comme autant d’électeurs potentiels, il nous faudrait élargir les conseils communaux des grandes villes estudiantines, comme à Leuven par exemple, et en réduire d’autres dans de plus petites communes», explique-t-elle.

Herwig Reynaert, politologue à l’Université de Gand, a également émis un bémol vis-à-vis de la proposition : «s’il est en théorie une bonne chose de vouloir impliquer les étudiants dans la politique de la ville, ces derniers ne restent le plus souvent que des habitants ‘de passage’. Ainsi, alors que les élections communales ne se tiennent que tous les six ans, les étudiants ne restent pour leur part dans une ville que quatre ou cinq ans. On peut donc raisonnablement se demander s’il est bien opportun de les impliquer à ce point dans la politique communale».

Personne ne peut donc dire à ce stade si le projet aboutira. La proposition sera quant à elle déposée à la fin de ce mois.

 

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