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Les bévues judiciaires, une triste tradition belge

(cc) Grant Durr via Unsplash

5 juin 2020

Les bévues judiciaires, une triste tradition belge

Temps de lecture: 2 minutes
Auteur
Traducteur Sebastien Cano

Les bévues de la justice sont une tradition dans notre pays. Que l’on songe à l’exemple de Steve Bakelmans, qui a pu assassiner Julie Van Espen parce que le tribunal n’a pas estimé nécessaire de procéder à son arrestation immédiate après sa condamnation pour viol, puis parce que la cour d’appel n’a pas jugé son dossier prioritaire. Deux erreurs de calcul aux conséquences tragiques.

L’affaire contre Khalid Bouloudo, considéré comme le principal suspect dans l’enlèvement d’un jeune garçon, est tout aussi épineuse. Les choses se sont heureusement bien terminées pour la victime, mais le côté positif de cette histoire s’arrête là.

Jugement en appel

Depuis 2005 environ, Khalid Bouloudo est en effet connu pour son profil pour le moins alarmant. En 2007, il a été condamné à cinq ans du fait de son implication dans un groupement ayant des liens avec les auteurs des attentats de Madrid (200 morts) et de Casablanca (45 morts). En 2018, une peine de dix ans a été prononcée contre lui en raison de ses activités de recruteur pour la Syrie. À Maaseik, on le connaissait déjà comme un djihadiste invétéré qui, même après son incarcération, continuait notoirement à établir des contacts et à échafauder des plans en vue d’envoyer des jeunes en Syrie. Estimant les preuves retenues contre lui insuffisantes, le juge d’appel a ramené sa peine à trois ans avec sursis. À titre de comparaison, le recruteur anversois Fouad Belkacem avait écopé de douze ans.

Deux thèses

Cette différence entre les jugements rendus en première instance et en appel est absurde. De deux choses l’une : soit le juge de première instance a été excessivement dur et expéditif, soit la cour d’appel a fait preuve d’une clémence et d’une naïveté incompréhensibles. Le parcours de Khalid Bouloudo et les échos convergents sur ses activités font pencher pour la deuxième thèse.

Possible menace terroriste

Mais ce dossier ne s’arrête pas là. Khalid Bouloudo aurait violé ses conditions de remise en liberté. L’assistant de justice l’a-t-il signalé à la commission de probation ? Vu les antécédents de l’individu, celle-ci n’aurait-elle pas dû intervenir ? Il y a plus encore : l’ex-bourgmestre de Maaseik, Jan Creemers (CD&V), qui, en son temps, a fait fermer la mosquée de Bouloudo, affirme à présent qu’il savait que l’homme ne s’adoucirait pas : « Il était certain qu’il continuerait à propager ses idées et à se livrer à des activités sulfureuses. » On est donc en droit d’espérer que la Sûreté de l’État tiendrait un tel énergumène à l’œil. Manifestement, le suivi dont il faisait l’objet n’a toutefois pas suffi à l’empêcher de monter une bande afin d’enlever un garçon de force. Sans compter la question la plus angoissante : Bouloudo et ses acolytes ne sont-ils que des bandits ordinaires, ou la rançon devait-elle servir à financer le terrorisme ? Si c’est ainsi que nous gérons une possible menace terroriste, nous sommes sur la mauvaise voie.

 

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