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Le coronavirus nuit à notre vie sexuelle
11·12·20

Le coronavirus nuit à notre vie sexuelle

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

(cc) Womanizer Wow Tech via Unslpash

Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

À Paal (Limbourg), la police a dû mettre fin à une partouze à laquelle participaient 10 hommes et femmes. À Bruxelles, la semaine passée, ce sont vingt hommes nus qui se sont fait attraper. « Plus le confinement dure, plus l’envie se fait ressentir », commente Borys Cruyssaert, du centre d’expertise sur la santé sexuelle Sensoa. Et par conséquent, l’impatience gagne aussi les amateurs de relations libres. « Attention, ceci n’est pas une excuse. L’abstinence n’a jamais tué personne », réagit Chloé De Bie, sexologue, qui s’inquiète toutefois de la diminution générale des relations sexuelles en cette période.

Les relations sans lendemain ont la vie dure dans une société régie par des règles de distanciation sociale. Les clubs libertins sont fermés, les relations d’un soir sont déconseillées et parmi les lockdown parties, les partouzes sont les fêtes les plus interdites de toutes. Pourtant, les services de police ont dû refroidir les ardeurs d’amateurs d’orgies à deux reprises en une semaine.

Nous ignorons si les participants comptaient limiter les risques en suivant les conseils de Sensoa (bien aérer, ne pas s’y rendre si on se sent malade, conserver ses données pour pouvoir retracer les contacts, bien désinfecter les poignées de porte). « Nous avons spécifié que ces mesures visaient à limiter les risques, explique Borys Cruyssaert, mais ces fêtes n’en demeurent pas moins totalement interdites pour l’instant. Elles sont dangereuses et ce n’est vraiment pas une bonne idée. Mais quitte à faire ce qui est interdit, autant prendre le plus de précautions possible. »

Faut-il s’étonner que des soirées de ce genre s’organisent encore clandestinement ?

B. Cruyssaert : « Il fallait s’y attendre. Pendant le premier confinement, un sondage de l’Institut de médecine tropicale a conclu que les règles ont été plutôt bien respectées au sein de la communauté LGBT+. Le nombre de relations sexuelles anonymes a fortement diminué. Mais nous avons aussi reçu des signaux d’impatience. Et pas seulement de la part de la communauté homosexuelle, d’où notre décision d’adresser ces conseils. »

Est-il inévitable que les amateurs de libertinage transgressent les règles ?

Chloé De Bie, de l’Association flamande de sexologie : « Ces fêtes ne constituent pas un phénomène nouveau. Mais là où, à l’époque, elles ne posaient aucun problème, elles sont revenues à la surface dans notre société connectée. Il se peut que des personnes en aient besoin, mais ce n’est pas une excuse. Désolée d’être aussi crue, mais l’abstinence n’a jamais tué personne. Bien sûr qu’il est pénible de ne pas pouvoir faire ce que l’on veut. Moi non plus, je n’aime pas être privée d’aller au théâtre ou de voir mes amis. Mais d’un autre côté, il devient aussi urgent d’attirer l’attention sur notre bien-être sexuel. »

Sur celui des célibataires ?

C. De Bie : « De nombreuses initiatives ont été prises concernant la santé mentale. Par contre, en matière de sexualité, il n’y a presque rien et pourtant, elle constitue un élément crucial. On parle trop peu des effets d’un manque de relations sexuelles. Dans tous les cas, les contacts sexuels avec un nouveau ou une nouvelle partenaire sont risqués. Il est impossible de garder ses distances, si ce n’est sur internet, mais internet présente d’autres dangers. De ce fait, la sexualité relève encore plus du tabou en ce moment que d’ordinaire. »

Heureusement qu’il existe la notion de contact rapproché (note du traducteur : en néerlandais, on désigne les contacts rapprochés par le terme de knuffelcontact, qui signifie littéralement contact « câlin »).

B. Cruyssaert : « Oui, c’était un soulagement de voir que les contacts de ce genre étaient enfin autorisés. Mais malgré tout, ce n’est toujours pas évident. »

C. De Bie : « La pression qu’engendre le choix de ce contact rapproché est grande, car il s’agit de la seule personne qu’il est autorisé d’approcher réellement. Lorsqu’on cherche à nouer une relation sérieuse avec quelqu’un, ça commence souvent par un rapprochement progressif. Par le sens du toucher. Aujourd’hui, c’est totalement impossible. Des recherches démontrent que pendant la crise sanitaire, le nombre de relations sexuelles stagnent ou diminuent. »

Dans les couples aussi ? N’avait-on pourtant pas prédit un baby-boom après des mois de confinement ?

C. De Bie : « Des études américaines et néerlandaises ont conclu le contraire. Plusieurs facteurs entrent en jeu dans ce contexte particulier : le manque d’intimité qu’engendre la présence des enfants, l’angoisse, le stress, la fatigue. Tous ceci ne favorise pas la sexualité. Les couples qui me consultent passent toujours les vingt premières minutes à me parler de l’influence négative de la crise du coronavirus. »

Est-ce que cela entraîne des répercussions sur notre bien-être psychologique ?

C. De Bie : « La diminution de l’activité sexuelle n’a pas le même effet sur tout le monde. Il n’en demeure pas moins qu’une sexualité difficile ou stressante touche davantage certaines personnes. Il importe donc, pour les couples, d’y rester attentif et d’agir à temps. Aidez-vous par exemple de livres de référence (je viens d’en publier un), consultez un sexologue ou entamez une thérapie de couple. »

Et les célibataires ?

C. De Bie : « Il est illusoire de s’imaginer qu’ils passeront une année sans atterrir au lit avec quelqu’un. Si vous voulez vraiment coucher avec quelqu’un, demandez-vous s’il vaut la peine de prendre un tel risque à un tel moment avec cette personne. Dans ce cas, choisissez-vous un seul knuffelcontact ou recourez à la masturbation. C’est une pratique extrêmement saine. »

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