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Il existe une autre manière de célébrer Noël…
14·12·20

Il existe une autre manière de célébrer Noël…

Bart Stouten est écrivain, producteur et présentateur radio sur Klara.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

(cc) JillWellington via Pixabay

Auteur⸱e
Noëlle Michel
Traducteur⸱trice Noëlle Michel

La fête de Noël semble tout droit sortie d’un magasin. Le père Noël, avec son manteau rouge et son ventre blanc, ne sait que trop ce qui provoque sa bonne humeur.

Pas de chance ! Pas de Noël « ordinaire » cette année – comme si cette fête pouvait l’être un jour. Quoi qu’il en soit, pas de joyeux père Noël pouvant se permettre de désavouer son sauveur, né il y a 2 000 ans. À présent, notre livreur de paquets cadeaux au dos voûté se penche sur ses propres excès. Lui aussi a peur du shopping asphyxiant et des fêtes aux contacts multiples où l’on rejouerait un épisode de la bonne vieille effervescence familiale. Il fait la moue devant les jolis paquets au contenu non désiré. Des objets coûteux, parfois commandés en ligne. Surtout éviter la foule sans masque cette fois, ou vous finirez en direct dans le journal télévisé !

Un déferlement d’affection

Malgré la bousculade infernale, la fête de Noël était belle, car elle venait du cœur. C’est ainsi que je la vivais chaque année. Non pas comme un événement scintillant rassemblant la famille au sens large, qui dans mon cas a été exterminée par le destin, mais comme un déferlement d’affection pour mes amis chers, ainsi que j’aimais à le leur faire savoir : je leur envoyais des cartes qui étaient de véritables petits bijoux, parce qu’en témoignage de mon amour, je soignais mes mots encore mieux qu’Unicef ses images. Les têtes d’affiche du théâtre de mon cœur se voyaient en outre gratifiées d’un coup de fil, et nous passions un merveilleux moment au téléphone. Pour certains, je peignais un petit tableau. Mes œuvres décorent toujours la cheminée de quelques maisons de Flandre.

Cette joie de célébrer. Avec des mots. Des souvenirs. Et de l’amour, surtout. Cette fête m’a permis de vivre des moments uniques, que je me remémore avec gratitude. Noël et le Nouvel An étaient à mes yeux les plus beaux lorsque je pouvais faire quelque chose pour les autres. Grâce à ma voix, par exemple. Pendant des années, j’ai passé le réveillon seul derrière mon micro, et pourtant, c’était aussi une fête. Avec en point d’orgue le retour à la maison, en pleine nuit, presque seul sur l’autoroute d’habitude si fréquentée. Je recevais le plus beau des cadeaux, quelques jours plus tard, le message d’un prisonnier ou d’un malade qui avait écouté. Comme un ami.

Une autre manière de faire la fête

Je n’ai rien contre les gros cadeaux, les actions de fin d’année et les promotions. Ni contre les commerçants satisfaits et leurs consommateurs, au terme d’une année 2020 où l’on a tenté de ménager la chèvre et le chou, sans perdre de temps. Un exercice difficile : le virus défie les pires métaphores imaginables en matière de trouble-fête.

Mais il existe aussi une autre manière de faire la fête. Par exemple, comme Annie M.G. Schmidt, avec un livre : seul, mais pas esseulé. Ou encore avec un Oratorio de Noël, un jeune riesling et une grosse boule de gui aux baies blanches entre vous et, à l’autre bout de la table, un coupable que vous désirez absoudre, un ennemi qui se transforme en ami sous vos yeux. Ces fêtes de Noël et du Nouvel An peuvent nous mettre au défi d’inventer une toute nouvelle manière, des plus originales, de nous réunir.

Je me souviens d’un Nouvel An au-dessus de l’océan, quelque part entre New York et Bruxelles : « Mesdames et Messieurs, nous venons de franchir la ligne de changement de date, le pilote et son équipage vous souhaitent une bonne année ! »

Ou de ce Noël passé dans une clinique, aux côtés du personnel soignant qui, par une nuit pareille, est la compagnie la plus émouvante qui soit, je le jure. Aimer. Noël est substantif de ce verbe.

Célébrer la possibilité d’un salut

La lointaine raison d’être de Noël n’était-elle pas de se voir largué dans ce monde glacial, ce monde inhospitalier où, dans la chambre noire du cœur – le cœur souffrant, le cœur oppressé, le cœur sans espoir –, une lueur s’allume, une lueur chargée d’énergie, source de chaleur et d’inspiration ? N’était-ce pas une occasion rêvée de revenir à l’enfance dans cet esprit ? Réfléchissez aux origines de la fête, l’arrivée d’un sauveur, ce que vous voulez. J’espère que vous serez d’accord avec moi pour dire que, dans notre monde dominé par la surenchère commerciale, nous avons plus que jamais besoin d’une journée pour célébrer la venue (ou la possibilité) d’un « salut » (qui ne soit pas matériel).

Pourquoi cette fête ne serait-elle pas encore plus belle dans l’intimité ? C’est précisément ce qui rend si spécial ce Noël-ci, qui n’a rien, comme on l’entend ici et là, d’une occasion manquée. Noël est une baguette magique qui s’agite au-dessus du monde. Musulmans, juifs, chrétiens, croyants ou athées : nous « restons chez nous », contemplant par la fenêtre ce qu’il y a de bon dans tous les cœurs, au-dehors. C’est cela que nous fêtons. Et les autres le ressentent.

Dès à présent, plusieurs semaines à l’avance, comme le font les magasins, je vous souhaite un Noël d’une chaleur inoubliable. Transposez le mode mineur en mode majeur !

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