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Insécurité des femmes dans l’espace public: à quand la fin des tabous?
10·02·26

Insécurité des femmes dans l’espace public: à quand la fin des tabous?

Lors d’une conversation sur le plateau de l’émission De Afspraak (VRT), le présentateur Bart Schols a déclaré qu’il n’avait jamais entendu ses amies se plaindre du sentiment d’insécurité des femmes dans la rue. Ses propos ont provoqué la colère de son invitée, l’actrice et présentatrice néerlandaise Soundos El Ahmadi. Cette dernière a rappelé que la perception de l’entourage intime ne devait pas prévaloir sur les chiffres concrets : une femme sur trois déclare ne pas se sentir en sécurité. 91 % des femmes âgées de 15 à 24 ans affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel dans la rue. Une femme sur 13 est violée, contre un homme sur 100. L’extrait de l’émission De Afspraak a depuis fait couler beaucoup d’encre dans les médias, et suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

(c) Mohamed Marey

Bart Eeckhout
Auteur
Traductrice Amélie Lefèbvre

Quatorze ans après le documentaire « Femme de la rue » consacré au harcèlement des femmes dans l’espace public, il est surprenant que l’on doive encore débattre de l’existence même du problème. Voilà pourtant où nous en sommes.

Le dérapage de l’échange entre le présentateur de la VRT Bart Schols et son invitée, la comédienne néerlandaise Soundos El Ahmadi, dans l’émission De afspraak, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les palabres sur ce que les « hommes blancs » et les « femmes de couleur » seraient autorisés à dire, et sur la manière de le dire, finissent surtout par lasser.

Saisissons plutôt cette malheureuse occasion pour ouvrir enfin un débat sérieux, sans œillère, sur les violences faites aux femmes. Père d’une fille qui s’apprête à entrer dans l’âge des sorties, je ne peux me payer le luxe d’un tabou sur l’insécurité.

Je n’ai donc aucun mal à dire que les jeunes qui sifflent, accostent, suivent les femmes en rue sont en grande partie responsables du malaise et de l’insécurité qu’elles ressentent. Dans cette « culture de la rue », les garçons d’origine maghrébine sont surreprésentés, tout comme dans les statistiques voisines sur le décrochage scolaire ou la criminalité urbaine. Celle-ci est d’ailleurs très souvent dirigée contre d’autres garçons. Là non plus, je ne m’interdis aucun constat.

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Mais le moment est venu de briser d’autres tabous. Voir dans la migration, une fois de plus, le nœud du problème, revient à regarder la réalité par le bout de la lorgnette. Quand s’intéressera-t-on au profil des tenanciers de café « blancs » et de leurs clients tout aussi « blancs » qui incitent des jeunes filles à boire, glissent des drogues dans leur verre et se livrent à des attouchements ou à des agressions ? Quand regarderons-nous en face les nombreux auteurs de violences domestiques, qui constituent de loin la première menace pour la sécurité des femmes ? Et quand ferons-nous le portrait de ceux qui gravitaient dans le réseau de trafic sexuel de jeunes filles de Jeffrey Epstein ? À moins que ces tabous-là ne soient intouchables ?

En tant que père, je suis censé expliquer à ma fille qu’elle ne doit pas quitter son verre des yeux, ni aller seule aux toilettes ou rentrer seule à la maison. Et j’en ai plus qu’assez. Alors oui, quand une femme clame que la violence, ça suffit, mon premier réflexe est de lui donner raison, pas de trouver qu’elle crie trop fort.

Le conte du Petit Chaperon rouge est déjà une mise en garde contre les abus et les violences à l’égard des jeunes femmes. « Notre » culture ne semble pas avoir attendu la migration pour s’en prendre aux femmes. Quelle ineptie de constater que certains Petits Chaperons rouges sortent de la forêt sains et saufs ! Encore heureux, imaginez un peu.

Autre voile difficile à lever : si des hommes se livrent à la violence, et en particulier à la violence sexuelle envers les femmes, la biologie y est pour beaucoup, pas la culture. Nous ne devons pas pour autant l’accepter comme une fatalité. L’éducation peut modérer les facteurs biologiques. Cela fonctionne d’ailleurs très bien pour de très nombreux parents, avec de très nombreux garçons. Le respect des femmes, de la différence et de la rue — lieu partagé et sûr – commence à la maison.

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