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Hugo Camps tacle les racistes
21·12·21

Hugo Camps tacle les racistes

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Erik Drost via Flickr

Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Vincent Kompany n’est pas un sale gamin et il est bien loin de l’esprit des kermesses flamandes. C’est un homme sérieux et serein. Parfois triste dans la défaite.

Mais ce dimanche, au stade Jan Breydel, il a été touché et blessé. Pendant le match au sommet Club Brugge-Anderlecht, lui et ses joueurs ont été la cible d’injures racistes. « Singe brun » ne fut que l’une des insultes, et l’une des moins graves, scandées sans arrêt durant l’échauffement. Après le match, Kompany, la voix brisée, a dit qu’il était dégoûté du football et que le score du match n’avait aucune importance pour lui. Tout ce qu’il voulait, c’était rentrer chez lui, pour retrouver l’intimité et l’amour de ses proches. Ces mots, il les a prononcés comme s’il avait déjà quitté mentalement le monde du football.

Cesser de minimiser

Le Club de Bruges a réagi avec prudence à l’incident raciste. Le coach, Philippe Clement, n’avait pas entendu les injures. La direction a déclaré que les cris de certains individus ne représentaient pas les valeurs du club. Une technique de défense utilisée pour ne pas s’aliéner les grandes gueules de son institution. La résignation, c’est trop facile. Trop opportuniste. Le racisme est trop odieux pour être minimisé. Quand on entend des cris tels que « singe brun », il faut exprimer son dégoût sans réserve. Par ailleurs, des insultes bien plus sales que ce cliché primitif ont aussi été criées.

Vincent Kompany, depuis très jeune déjà, est un phare de la diversité. Tout blessé qu’il fût, il a rappelé ce que ces « singes bruns » ont fait pour ce pays, pour son bien-être, pour sa prospérité. Il n’a pas voulu s’étendre sur le sujet pour éviter les polémiques, mais ses mots ont touché les cœurs et les âmes. Même du côté des politiques, on n’entend plus des messages aussi tranchants, de nos jours, tant ceux-ci craignent de perdre des plumes auprès de leur base électorale blanche.

La diversité est une fierté pour notre pays, mais nombreux sont ceux qui préfèrent fuir face à cette idée. Ils s’enterrent dans leur monoculture blanche qui n’existe plus depuis longtemps. Le football belge est multicolore, et ce, depuis de nombreuses années. Souvent, ce sont les joueurs d’origine africaine qui s’avèrent décisifs dans un match. Et lorsqu’ils sont à la source de la victoire, ils sont acclamés, mais comme joueurs uniquement, pas en tant qu’êtres humains.

Lâcheté politique

Tant la politique que les fédérations sportives sont coupables de négligence dans le climat de racisme qui continue de planer sur ce pays, son peuple et ses dirigeants. C’est la lâcheté d’une communauté obsédée par le seul produit intérieur brut. Bien sûr, on ne rencontre pas ici des conditions d’oppression comme dans les nouveaux stades du Qatar, mais la négligence morale fait parfois autant de ravages. Notre pays, malgré sa richesse, connaît des ghettos pour étrangers.

Les sportifs brisent la discrimination dont ils sont victimes par la grâce de leur talent. C’est pour leur talent qu’ils sont tolérés, et sporadiquement célébrés. Mais derrière cela, il y a peu d’idéaux d’égalité. Et cela, nous le devons entre autres aux petits pontes du monde sportif. Les directions de clubs réagissent toujours a posteriori, lorsque des incidents racistes sont signalés. Rarement de manière proactive. L’équité devrait pourtant être la clé de leur stratégie. Une conviction, et non une attitude superficielle.

Chacun prêche pour sa chapelle

La crise sanitaire a désacralisé le sentiment de solidarité. C’est l’égoïsme tribal qui a pris le dessus. Mon tonton d’abord ! Dans la société comme sur les terrains de sport, la situation est de plus en plus délétère. Les stades de football redeviennent des arènes où fusent les agressions racistes. Ces excès dignes de barbares ne sont pas sanctionnés assez lourdement. Ils restent considérés comme des peccadilles, alors qu’ils touchent au cœur de notre civilisation. L’emprisonnement, ce serait peut-être aller un pas trop loin, mais une interdiction de stade à vie devrait être possible. À condition de prévoir les contrôles nécessaires, évidemment.

J’ai vu les larmes dans les yeux de Kompany. Les larmes d’une personne brisée. En son for intérieur, il était furieux. Mais aujourd’hui, l’ex-Diable rouge est habitué aux émotions violentes. Il a beau posséder un peu plus que l’éboueur des Marolles, sa douleur, entre colère et tristesse, a fait mal à voir. Rien n’était simulé, ce dimanche, au stade Jan Breydel. J’ai vu les blessures béantes d’un ancien combattant. Ce dimanche, Kompany était plus vulnérable que jamais. C’était presque insupportable à voir. Si un tel monument de la diversité a pu se faire démolir de la sorte par la barbarie raciste, j’ose à peine imaginer comment doit se sentir un employé de bureau au teint coloré.

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