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Homo, mais pas trop : quand le Vlaams Belang place le curseur de la tolérance
22·12·21

Homo, mais pas trop : quand le Vlaams Belang place le curseur de la tolérance

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

(cc) steve_a_johnson via Pixabay

Généralement, une personnalité publique qui sort du placard ne provoque pas de tollé médiatique en Flandre. Pourtant, le coming-out du vice-président du Vlaams Belang, Chris Janssens, a fait couler beaucoup d’encre (De Staandaard, 18 décembre).

En cause, notamment : la position ambiguë de l’intéressé et de son parti sur la question des droits des HoLeBi. Chris Janssens a déclaré que l’orientation sexuelle relève strictement de la vie privée, qu’il ne s’érigera pas en ambassadeur de la communauté LGBT, et que l’extravagance des prides refroidit justement certaines personnes de franchir le pas.

Cadre légal solide, et pourtant

Chris Janssens vient s’ajouter à une liste croissante d’hommes et de femmes politiques d’Europe occidentale ayant révélé leur homosexualité, et qui en jouent pour donner davantage de poids à des positions anti-immigration déjà virulentes. Depuis le XXIe siècle, la plupart des pays d’Europe occidentale ont adopté une attitude progressiste à l’égard des droits HoLeBi, intégrant cette cause à leur identité nationale. Une idéologie baptisée homonationalisme. La Belgique se targue souvent d’avoir été le deuxième pays au monde à légaliser le mariage homosexuel. Bien des gens ont du mal à admettre que l’homophobie n’a pas disparu pour autant, malgré un cadre légal solide.

Dans son interview, Janssens ferme les yeux sur les positions homophobes de son parti et pointe d’un doigt accusateur les immigrés « hostiles aux homosexuels, bien souvent originaires de pays islamiques ». Comme si l’homophobie ne sévissait qu’en dehors des frontières belges – ou comme si elle était l’apanage, sur le territoire national, de musulmans ou de populations issues de l’immigration. Comme si les citoyens provenant de régimes répressifs partageaient tous la pensée homophobe. Et, surtout, comme s’il n’y avait pas de HoLeBi au sein de ces mêmes groupes.

Limites de l’acceptable

Les propos de Chris Janssens renforcent le discours homonormatif en vogue depuis quelques années dans les rangs de son parti : les relations homosexuelles sont tolérées, tant qu’elles se bornent à reproduire les codes hétérosexuels. Non aux slips en cuir et aux plumes sur les routes de la pride, donc, soit le genre d’images systématiquement brandies afin de souligner les limites de l’acceptable.

Le Vlaams Belang a beau désormais tolérer l’homosexualité, il n’en demeure pas moins empêtré dans une lutte culturelle contre les personnes transgenres. Le parti veut ainsi protéger « le peuple » des attaques portées aux valeurs et aux normes traditionnelles, n’hésitant pas à employer des termes tels qu’idéologie de genre et gestapo transgenre. Il s’agit des mêmes arguments avancés en Hongrie et en Pologne, où des lois homophobes sont votées. La Belgique, pour sa part, vit en plus sous la menace de la fameuse culture « Woke », courant réduit au statut de coquille vide qui met en péril le mode de vie traditionnel.

Pas seulement une affaire personnelle

Ce serait une erreur de ne pas considérer le coming out de Chris Janssens comme une affaire personnelle.  Mine de rien, il s’agit d’une étape importante dans l’acceptation de l’homosexualité, fût-elle conditionnelle, au sein de son parti. Mais cela montre en même temps ce que le Vlaams Belang juge précisément acceptable : une homosexualité discrète, condamnée au huis clos.

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