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Photo : Miguel Discart

8 juillet 2015

Faux départ pour la zone piétonnière

Le centre « sans voitures » de la capitale ne répond pas encore aux attentes. Après une semaine d’utilisation, les Bruxellois se demandent déjà si le boulevard Anspach est une zone piétonnière ou un dépotoir. Certains urbanistes tablent sur « un mal pour un bien »

‘’Sans doute, pouvait-on espérer mieux, Monsieur le Bourgmestre ?’’, demande, irrité, un Bruxellois après être passé par le boulevard Anspach. Libéré des voitures depuis le 29 juin, ce dernier ne semble pas libéré des problèmes. Plus la journée s’avance, plus les déchets s’accumulent dans la zone piétonnière et ses alentours. Au petit matin, la quantité de canettes, de bouteilles et d’emballages alimentaires est certainement inacceptable. Même pour les services de la propreté, qui ont nettement plus de travail et qui déplorent que des dormeurs s’installent dans les bacs à fleurs.

« Plus la journée s’avance, plus les déchets s’accumulent »

Il se dit aussi que les barrières Nadar dressées çà et là, les anciens marquages au sol et les feux de signalisation clignotants enlèvent tout charme au boulevard. Sans parler de la bataille d’eau. Cette action spontanée a débouché, la semaine passée, sur une confrontation entre émeutiers et policiers. Il y a eu des blessés, et des fontaines, des vitrines de magasins et des abribus ont été endommagés.

Au BRAL (Brusselse Raad voor het Leefmilieu, Conseil bruxellois de l’environnement), un mouvement citadin qui œuvre pour une ville de Bruxelles durable, on hésite à tirer des conclusions définitives après seulement une semaine de rues sans voitures. On reconnaît que le piétonnier présente quelques inconvénients, dont il n’est cependant pas la seule cause, selon Joost Vandenbroele. « Il y a eu un malheureux concours de circonstances : chaleur inhabituelle, foule particulièrement abondante, situation exceptionnelle. De nos jours, dans tous les espaces ou parcs publics, et pas seulement à Bruxelles, les gens laissent derrière eux de la saleté après une virée nocturne.’’

« Peu d’implication des riverains »

Il n’empêche que les choses auraient pu mieux se passer. BRAL et Vandenbroele sont surtout frappés par la vitesse à laquelle la zone piétonnière et son plan de circulation ont été établis. ‘’Les riverains y ont été trop peu impliqués. Ils n’ont pas vraiment pu dire comment ils voyaient ce nouvel espace public. Le déroulement de cette phase de test a été décidé de manière directive. Il en résulte que les Bruxellois ne considèrent pas encore cet espace comme le leur. D’où un manque de respect et d’attention.’’

L’architecte bruxellois Kristiaan Borret précise que l’aménagement du boulevard Anspach est temporaire; il sera testé pendant huit mois au bout desquels il sera évalué. ‘’Cette façon de faire est très intelligente. Elle permet de constater ce qui va et ce qui ne va pas et de tenir compte de ces observations lors du réaménagement définitif. On ne demande pas qu’on y fasse toujours la fête, mais non plus que le calme y règne tous les jours. Il faut trouver un équilibre. Le projet de la zone peut y aider.’’ Un mal pour un bien, dit-il. ‘’Le « mal » est que les gens doivent s’adapter à tout moment, le « bien » est qu’ils évoluent comme bon leur semble dans l’espace. Cela me paraît plus malin que de procéder d’abord à l’installation finale. Quand tout est terminé, il est plus difficile de faire encore des adaptations.’’ Borret accorde aussi de l’importance à la participation. ‘’Mais les riverains ne constituent qu’une petite partie des utilisateurs. Les non Bruxellois qui parcourent les artères du centre sont beaucoup plus nombreux et moins faciles à consulter.’’

L’urbaniste Eric Corijn, grand connaisseur de Bruxelles, accepte mal la critique. ‘’Cette phase de test est-elle optimale ? Non, mais il faut aussi constater qu’en l’occurrence, le soutien des autres régions et communautés est nul. La politique appliquée à Bruxelles est donc loin d’être aussi centralisée qu’à Gand ou à Anvers.’’

Au BRAL, on espère qu’au cours de la phase de test, soit créé un comité d’accompagnement, composé de riverains et d’associations, qui puisse suivre les développements de près. La ville aurait ainsi la possibilité de consulter les personnes intéressées et de s’appliquer à ne pas reproduire ses erreurs.’’

Femke Van Garderen pour De Morgen

Traduit du néerlandais par Micheline Goche

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