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30 septembre 2016

Eandis : Ambiance électrique entre la Flandre et les Chinois

Temps de lecture: 3 minutes

L’approche du dossier Eandis par nos politiques est lamentable. Faire des affaires avec des Chinois, d’accord, mais pas avec State Grid ?

Telle est la question qui empêche aujourd’hui le monde politique flamand de fermer l’œil, avec plusieurs nuits de retard certes. Pourquoi une entreprise publique chinoise veut-elle à tout prix se tailler une part du marché flamand de l’énergie ? Pourquoi la société State Grid s’intéresse-t-elle à Eandis ? Appât du gain ou calcul géostratégique ? Dividendes ou connaissances ? Offre hostile ou simple marché innocent ? Les politiques flamands, en fait, n’en ont pas la moindre idée. Pas un seul d’entre eux ne sait quoi que ce soit. Pourtant, ils sont non seulement habilités, mais aussi payés pour se faire un avis fondé sur la question. Alors ? Appât du gain ? Stratégie ? Tout ce qu’ils savent à l’heure actuelle, et grâce à la Sûreté de l’État encore bien, c’est que les Chinois n’agissent pas par philanthropie. Ça, alors !

Les communes flamandes sont en état de choc. Le doute s’installe, on fait volte-face et on trouve des excuses à des mois de négligence en invoquant les banalités d’usage. Tout cela n’est que politique de clocher, dans les villages comme dans les villes, et même au gouvernement flamand. Ce qui est certain, c’est que s’ils ne sont pas reconduits par leurs électeurs contrariés, de nombreux politiciens pourront échanger leur costume ou leur robe contre un tutu, tellement leurs pirouettes sont vertigineuses.

Et la Lufthansa, quand elle rachète Brussels Airlines, c’est par philanthropie peut-être ? Ou bien les Allemands sont-ils mus par un mélange d’appât du gain et de géostratégie ? Là, bien sûr, ça ne pose pas de problème. Mais lorsque les Chinois font la même chose, tout le monde est en état d’alerte. Y compris la Sûreté de l’État, avec quelques mois de retard évidemment. Grosse surprise : l’entreprise publique State Grid a des liens étroits avec le parti communiste et l’armée chinoise. Bigre ! On parle même d’espionnage. Le bon entendeur y associera sans peine le mot sabotage, suite logique de la manipulation. Attention, les Chinois débarquent ! Il faudrait être inconscient ou naïf pour s’en réjouir. La Sûreté de l’État plaide, dans ce dossier, pour une grande retenue. Elle n’a pas tort : Eandis doit rester vigilante si elle conclut ce marché. Évidemment qu’elle doit au moins assurer ses arrières pour éviter tout abus ou toute ingérence de la part de State Grid. Mais la méfiance ne doit pas se transformer en paranoïa.

Le déroulement de cette affaire sensible en dit long sur les Chinois, mais encore plus long malheureusement sur notre Sûreté de l’État. Sans même parler des capacités d’analyse de nos politiques, que ce soit au niveau local, intercommunal ou régional. Ce qui est inquiétant, c’est qu’un ministre-président laisse décider des gens qui ne s’embarrassent pas de connaître le dossier et qui n’agissent que dans leur propre intérêt, ou celui de leur commune ou de leur parti. Personne ne se pose la question, pourtant cruciale, de savoir s’il ne vaut pas mieux, à la rigueur, vendre notre distribution d’électricité au plus offrant, pour une somme très confortable certes, mais en échange d’un rendement garanti de 5 pourcents.

Pour des affaires de ce genre, je pense que le Flamand consentirait volontiers à sortir de son compte d’épargne l’argent qui y rouille. Cela lui donnerait en outre les moyens de peser, de manière limitée certes, sur sa facture énergétique au moment où celle-ci atteint justement des sommets à cause des frais de distribution. Et cela confronterait soudain le politique à un nouvel acteur : l’électeur-consommateur qui, dans tout ce cirque, n’a aucun rôle à jouer. Sauf à l’Hôtel de ville d’Anvers, bien entendu.

 

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