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12 juin 2015

Don’t join the city

Temps de lecture: 4 minutes
Geert Cochez
Auteur
Micheline Goche
Traducteur Micheline Goche

Les auditeurs, les fans et même le personnel n’en croient pas leurs oreilles : la station radio FM Brussel va disparaître à la fin du mois. Dès l’annonce de cette nouvelle, les témoignages de soutien ont déferlé sur les réseaux sociaux. De nombreux Bruxellois flamands aiment FM Brussel et cela n’a rien d’étonnant. Car FM Brussel est bien plus qu’un émetteur radio. C’est une collectivité. Une référence à laquelle certains citadins se rallient volontiers. Des Bruxellois néerlandophones et d’autres aussi.

FM Brussel est l’organisme le plus convivial – et je pèse mes mots – de la communauté flamande de Bruxelles.

La manière plutôt soudaine et brutale dont le PDG Michel Tubbax a rendu publique la fermeture de sa station radio donne à penser qu’il ne s’attendait pas à un tel débordement d’indignation. Selon lui, c’était une simple suggestion présentée aux autorités qui la subventionnent : une audience trop faible par rapport à l’impact budgétaire, trop peu de compétitivité et “l’avenir est numérique.” Les gens comprendront.

Mais ce que le PDG Tubbax ne comprend manifestement pas bien, c’est qu’en retirant FM Brussel des ondes, il saigne à blanc une communauté urbaine très vivante. Qu’en fait, il fiche à la poubelle son symbole le plus fort.

Depuis qu’en 2002, Guy Vanhengel a relancé l’ancienne radio d’étudiants FM Brussel qui est devenue alors la radio urbaine flamando-bruxelloise, les chiffres de l’audience ont toujours constitué un talon d’Achille. Ce n’était pas une mince affaire d’attirer des auditeurs vers une radio qui voulait « ratisser large ».

Mais le directeur Jeroen Roppe et ses collaborateurs croyaient en leur projet et allèrent de l’avant. Avec une radio de qualité et une équipe jeune dont le cœur battait à l’unisson de celui de la ville. Avec aussi 24 heures d’antenne au cours desquelles on pouvait raconter Bruxelles de multiples façons différentes. Et encore, avec un sens futé du marketing et une présence visible dans la ville et les événements qui s’y déroulent. Au début, c’était tout simplement une nécessité. Une station de télévision régionale, on l’évite en zappant. Le petit journal de la ville, on le trouve dans des dizaines de kiosques ou bien il arrive gratuitement dans votre boîte aux lettres. Mais pour attirer des auditeurs, il faut convaincre les gens.

Au fil du temps, la présence dans la ville est devenue la carte d’identité de FM Brussel, ce que résume bien le slogan actuel “join the city”. FM Brussel évoluait. Elle commençait à vivre en dehors des ondes. FM Brussel était perçue comme une référence pour ceux qui écoutaient peu ou pas du tout la radio. Et plus FM Brussel s’efforçait d’attirer des auditeurs, plus s’affirmait son caractère de collectivité. Et plus impressionnant était le grand écart entre celle-ci et le champ d’écoute limité. Longtemps, ce fut un catch 22. Mais, depuis un certain temps, les chiffres de l’audience semblaient évoluer dans le bon sens. Parce que les gars chevronnés de FM Brussel avaient bien pris le pouls du Bruxelles d’aujourd’hui et de demain.

En dix ans, FM Brussel était devenu l’organisme flamando-bruxellois le plus convivial. En effet, qui n’avait pas encore collaboré avec FM Brussel ? Qui n’avait pas encore vu le reporter de FM Brussel débarquer chez lui ? Ou quelle organisation n’avait pas encore été invitée dans leur studio ? FM Brussel connaissait tout le monde et tout le monde connaissait FM Brussel. C’était un puissant rassembleur du milieu flamand à Bruxelles. Et son ambassadeur, apprécié des allophones. La « communautarisation » si souvent prisée par le politique – un objectif stratégique qui, dans le contexte bruxellois, est sujet à bien des interprétations – a fait de FM Brussel le primus inter pares de la pratique. Mais ces mérites ne figuraient manifestement pas au tableau d’excellence de l’homme de médias Tubbax.

Que ces mérites aient échappé aussi aux autorités de la Communauté flamande est incompréhensible. Au contraire, celles-ci auraient dû encourager le talent extraordinaire de FM Brussel. Le soutien d’organisations telles que FM Brussel, TVBrussel, Brussel Deze Week, brusselsnieuws.be et le Muntpunt est un élément de la politique flamande d’information et de communication à Bruxelles. Cette politique peut se résumer grosso modo en trois missions : actualité, information, socialisation. Apporter des nouvelles de Bruxelles, donner des informations sur les ressources et les événements de la capitale et, enfin, favoriser la formation de la communauté flamande. Selon une approche traditionnelle, la mission d’actualité est du ressort des médias, la mission sociale relève de la maison de la communication Muntpunt et la mission d’information est assurée par les deux.

Mais ces frontières sont évidemment moins faciles à tracer dans la réalité. Et, en pratique, FM Brussel semblait justement réussir dans sa mission de socialisation, à tel point que ses collègues du jeune Muntpunt peuvent bien en prendre encore de la graine. Tout de même, n’aurait-on pas espéré que les acteurs d’une politique de communication innovante tirent parti de cet atout ?

Dans un paysage médiatique en perpétuelle évolution où le support en ligne l’emporte sur la radio, passe encore. Mais en liquidant sans sourciller FM Brussel, le PDG Tubbax frappe en plein coeur un important groupe cible de sa société de médias : jeunes Bruxellois néerlandophones, Bruxellois épris de culture, Bruxellois qui participent activement à la vie cosmopolite de leur cité. Pas vraiment un bon présage pour qui voudrait lancer, dans quelques mois, un média collectif flamando-bruxellois. Sans parler de la nécessité d’avoir un personnel enthousiaste.

Puissions-nous voir aujourd’hui une image plus reluisante que celle d’un PDG trop insensible à Bruxelles, à la communauté flamando-bruxelloise et aux atouts de sa propre organisation.

L’article en V.O. sur De Wereld Morgen

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