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Doel, une ville fantôme dont la patience est enfin récompensée
01·04·22

Doel, une ville fantôme dont la patience est enfin récompensée

Mercredi 30 mars, 13 parties et le gouvernement flamand ont signé l' »Alliance pour l’avenir et la viabilité des environs du port d’Anvers, les polders de la rive gauche de l’Escaut ». Cet accord de compromis garantit l’habitabilité, le paysage et le patrimoine du petit village des polders Doel, un lieu qui était jusqu’ici condamné à mort.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

(cc) Pixabay

Auteur
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

Émilienne Driesen, l’ « Ange de Doel » n’est plus parmi nous pour voir ça : elle est décédée en 2019 à l’âge de 89 ans. Veuve, mère de quatre enfants et grand-mère de six petits-enfants, Émilienne était née à Doel et y avait grandi. Pendant 20 ans, sa sœur avait été la cuisinière de feu M. le curé. Contre vents et marées, indifférente aux décisions politiques, à la désolation des maisons vides, aux squatters et aux adeptes du tourisme de catastrophe, elle se refusait à quitter sa maison aux fenêtres sombres de la Camermanstraat, à deux pas de l’église. Elle y recevait volontiers les journalistes, à qui elle offrait café, cigarettes et un incessant flot de paroles. « C’est ici que je suis née, et c’est ici que je veux mourir », assurait-elle. Cette maîtresse femme, survivante au coeur d’une ville fantôme, avait à ce point fasciné le documentariste néerlandais Tom Fassaert qu’il lui avait consacré un documentaire intitulé « l’Ange de Doel », référence à son accueil toujours chaleureux.

Émilienne comptait parmi les derniers – et probablement parmi les plus anciens – habitants de ce village serré entre Escaut, port et polders. La nouvelle Doel, qui va enfin voir le jour après la conclusion d’un accord entre treize groupements d’intérêts, sera peuplée de nouveaux venus, probablement sans aucun lien avec la ville de jadis ; ils n’auront jamais connu ni Émilienne ni le curé.

Le renouveau sera d’abord modeste : dans un premier temps, on va rénover 24 maisons où pourront s’installer les nouveaux habitants, véritables pionniers qui vivront une expérience unique de reconstitution d’une communauté.

Ce que la Flandre ne fait pas mieux

Ce revirement historique est donc devenu réalité. Hasard du calendrier : il intervient peu après un autre revirement tout aussi historique, à savoir l’annulation de la sortie du nucléaire, qui sauve de la démolition la centrale de Doel et ses deux emblématiques tours de refroidissement. À tout ceci s’ajoute encore une troisième, et récente, décision historique: la fusion des ports d’Anvers et de Zeebruges. Que de moments exceptionnels !

Ces accords montrent bien tout ce qui est possible dès que chacun fait preuve d’un minimum de bonne volonté et de bon sens. Le 15 mars 2017 – ce n’est pas si loin – était signé à Anvers le Toekomstverbond (l’Alliance pour l’avenir) qui, en ramenant la concorde entre pouvoirs publics et mouvements citoyens, ouvrait la voie à la construction de liaison autoroutière Oosterweel. Là, malheureusement, et une fois de plus, il y a un os. Trois organismes (Bond Beter Leefmilieu, Greenpeace et Grondrecht) en appellent au Conseil d’État, estimant qu’en raison de la pollution au SPFO (en néerlandais : PFOS) toute poursuite des travaux est désormais impossible.

Nous ne pouvons espérer qu’une chose : voir toutes les parties concernées faire preuve de la bonne volonté et de la créativité indispensables pour nous éviter un nouveau (et exaspérant) blocage – qui ne profiterait à personne.

C’est que nous ne sommes pas tous doués d’une patience d’ange.

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