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Société civile et gouvernement flamand, qui va payer ?

Photo by Jonathan Brinkhorst on Unsplash

3 octobre 2019

Société civile et gouvernement flamand, qui va payer ?

Temps de lecture: 3 minutes

La primauté du monde politique doit être rétablie : c’est et cela reste un objectif majeur pour la N-VA. Fin août, une note préparatoire à la négociation laissait entendre que le nouveau gouvernement flamand s’orientait vers un affrontement avec la société civile. L’accord de gouvernement se révèle plus nuancé, et les mesures à prendre, vagues.

Cela dit, les organisations qui se préoccupent de pauvreté ont tout lieu de s’inquiéter pour leur avenir. L’accord de gouvernement veut « moins de saupoudrage et une rationalisation du terrain ». « En l’occurrence, nous évaluerons les moyens que la Flandre met aujourd’hui à la disposition de divers partenaires institutionnels. Nous vérifierons s’il est possible de mobiliser plus utilement ces budgets par le biais des autorités locales ou par des marchés publics. »

Moins de saupoudrage et une rationalisation du terrain

On dirait que le gouvernement flamand se prépare à rééditer le scénario par lequel, en 2012, il a réuni dans une agence dédiée tous les organismes qui s’occupaient d’intégration. Le ministre des Affaires locales de l’époque, Geert Bourgeois (N-VA), avait nommé à la tête de cette structure un des collaborateurs de son cabinet. Les organismes qui se préoccupent de l’égalité des chances sont également menacés de « moins de saupoudrage et d’une rationalisation du terrain ».

Dès lundi, on comprenait que les coups portés au secteur de l’intégration allaient être extrêmement clairs. Le Centre interfédéral pour l’égalité des chances Unia paie les pots cassés : la Flandre va créer son propre centre de l’égalité des chances. Les relations entre l’ancienne ministre flamande de l’Égalité des chances Liesbeth Homans et la patronne de l’Unia, Els Keytsman, étaient extrêmement tendues. La nouvelle institution abritera aussi le « Genderkamer » (cellule chargée des questions d’égalité hommes/femmes, NDT) du service flamand de médiation (Ombudsdienst). Voilà qui risque de pénaliser de petites organisations de défense des droits de la femme comme Elia ou Furia.

Suppression du Forum des minorités (Minderhedenforum)

Le Forum des minorités (Minderhedenforum), qui regroupe une vingtaine d’organisations, passera à la trappe l’an prochain. « Les initiatives favorisant le repli sur les origines ethniques ou culturelles, voire la ségrégation, ne seront plus subventionnées. » Le Forum des minorités espère avoir une nouvelle chance, où il privilégierait « l’inclusion », pour répondre à la demande du nouveau gouvernement. Selon Theo Francken (N-VA), l’accord signe également la fin du pacte d’intégration de Wouter Van Bellingen, même si ce n’est pas précisé littéralement dans l’accord.

Fusion des caisses d’assurance-soins

Les syndicats et des mutuelles ne comptent pas parmi les meilleurs amis de la N-VA. Pour pouvoir mettre en place certaines mesures relatives à l’emploi, le gouvernement flamand compte sur la collaboration des partenaires sociaux, dans les limites du cadre qu’il va tracer.

Les services des différentes caisses de soins feront l’objet d’une évaluation, qui sera suivie d’une responsabilisation. La gestion de ces caisses d’assurance-soins est assurée par les mutuelles. Il se pourrait que le gouvernement flamand fusionne les caisses chargées du versement de l’allocation flamande de soins (zorgpremie).

L’influence des organisations qui chapeautent l’enseignement reste également une des cibles de la N-VA. « Les effectifs et les moyens sont d’abord destinés aux enfants et aux écoles, plutôt qu’à ces structures faîtières », peut-on lire dans l’accord. « À tous les niveaux d’enseignement, les moyens seront affectés en priorité aux fins auxquelles ils sont destinés, là où se trouvent les élèves qui les génèrent : dans la salle de classe et dans l’école. »

Il appartiendra au nouveau ministre de l’Enseignement de calculer, par le biais d’une « mesure de référence », l’ampleur des effectifs et des moyens à transférer « des écoles aux structures de gestion, aux réseaux, aux pouvoirs organisateurs ou à d’autres parties prenantes externes ». Ensuite seront prises des « mesures ».

Affaiblissement des structures faîtières

L’accord de gouvernement ne précise pas s’il y aura de la casse. Il prévoit cependant plusieurs mesures qui dépassent (et donc affaiblissent) délibérément les structures faîtières (tests de progression, service de soutien pédagogique, évaluation linguistique, groupements d’écoles).

L’indépendance journalistique est garantie, mais c’est l’argent du contribuable qui finance le service d’information de la VRT. L’accord de gouvernement plaide pour « le respect du pluralisme » et « un degré élevé de neutralité ». À cela s’ajoute un « plaidoyer pour le développement d’un contrôle qualité et d’un reporting internes et externes approfondis ». On ignore qui sera chargé d’assurer ces tâches.

Enfin, au Bouwmeester (Maître architecte chargé de l’urbanisme et des projets de développement urbain, NDT), le gouvernement flamand veut également imposer le silence sur les questions climatiques. Il doit se concentrer sur son « cœur de métier » : assister les pouvoirs publics « dans leurs choix architecturaux et dans l’agencement de l’espace public »

Lire aussi : « La société civile flamande très inquiète »

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