In extremis, le Vlaams Belang est encore parvenu à entrer dans des coalitions communales. Le nouveau décret électoral, qui entendait réduire le combat pour l’écharpe mayorale à une lutte à deux, a fait davantage que lui donner un coup de main. De quoi, finalement, rompre la digue plus profondément que prévu.
En un jour à peine, le nombre de communes où le Vlaams Belang exerce le pouvoir a doublé. Au lendemain des élections du 13 octobre, l’extrême droite semblait devoir se contenter d’une majorité absolue à Ninove et d’un poste d’échevin à Ranst. Mais une semaine avant l’échéance, le Vlaams Belang a également rejoint la majorité à Brecht (Campine) et à Izegem (Flandre-Occidentale). Qui plus est, le parti d’extrême droite a encore toutes ses chances de faire partie de la future coalition à Willebroek, Dixmude et Blankenberge, les trois communes flamandes qui attendent toujours leur nouvelle équipe dirigeante. Comment expliquer que, subitement, le Vlaams Belang puisse finalement participer à l’exercice du pouvoir au niveau communal ? Il y a, bien entendu, le contexte local, couplé au fait que le poids électoral du parti a considérablement augmenté par rapport à 2018. Mais si le Vlaams Belang frappe avec de plus en plus d’insistance aux portes du pouvoir, c’est aussi – et surtout – aux nouvelles règles électorales et de formation des coalitions qu’il le doit.
Le nouveau décret électoral, trophée qui garnit l’armoire de l’Open VLD et de l’ancien ministre Bart Somers, a provoqué un véritable séisme à l’échelle de la politique locale. Outre le fait qu’il supprime le vote obligatoire, il introduit aussi – et surtout – le principe de la nomination quasi-directe du bourgmestre.
Les listes regroupant différents partis ont fleuri sous l’effet du nouveau principe selon lequel l’écharpe mayorale revient désormais au champion des voix de la liste la plus forte. Bien souvent, on retrouvait une liste emmenée par le bourgmestre et, face à elle, une autre liste conduite par un challenger ambitieux, la plupart du temps le chef de l’opposition. Partout en Flandre, ces nouvelles règles ont entraîné une « présidentialisation » de la campagne, un duel entre deux candidats bourgmestres et leurs partis ou cartels.
Les seuls partis exclus de ces cartels sont les partis extrêmes. Dans la majorité des communes où la nouvelle coalition s’est fait attendre, il est frappant de constater que l’on retrouve deux grandes listes, chacune avec un candidat bourgmestre. Et que le Vlaams Belang apparaît tout sourire sur la troisième marche du podium, d’où il peut jouer le rôle de faiseur de roi.
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C’est cette configuration-là que l’on retrouve à Brecht, où le bourgmestre sortant Sven Deckers (N-VA) a dû s’avouer vaincu face à Frans Van Looveren (nu2960). Van Looveren aurait pu former une coalition avec les grands rivaux de la N-VA, mais il a préféré opter pour une solution de dépannage avec les quelques sièges décrochés par le Vlaams Belang. Scénario similaire à Izegem, où Kurt Grymonprez, le chef de file de la liste locale Stip+, voulait tellement détrôner le bourgmestre en exercice Bert Maertens (N-VA) – dont la liste est arrivée en deuxième position – que le Vlaams Belang est devenu une option envisageable. Et à Dixmude et Willebroek, deux communes qui n’ont pas encore de nouvelle équipe dirigeante, le duel entre candidats au poste de bourgmestre pourrait également faire les affaires du Vlaams Belang.
Qui pour gouverner avec le Vlaams Belang ? L’Open VLD et le CD&V, mais pas la N-VA !
Il est frappant de constater, également, que ce sont toujours des partis locaux qui s’associent avec le Vlaams Belang. Par le passé, tous les observateurs regardaient du côté des listes N-VA pour une éventuelle rupture du cordon sanitaire ; aujourd’hui, par contre, il apparaît que le dictat de son président Bart De Wever de ne pas gouverner avec l’extrême droite est respecté partout. Stip+ (Izegem), nu2960 (Brecht), Vrij Ranst et PIT (Ranst) : dans ces constructions locales, on ne retrouve pas de figures de la N-VA, mais des membres du CD&V et de l’Open VLD. À Brecht, la liste locale est également soutenue par des socialistes.
Ici aussi, il faut y voir une conséquence du décret électoral. Les partis locaux ont intérêt à former des cartels et cela les pousse à prendre leurs distances avec les partis nationaux, a fortiori si ces derniers ont connu des remous et rencontré des difficultés lors des dernières années. Avec ce lien qui se distend, les politiciens locaux ont beaucoup moins peur qu’avant de convoler avec le Vlaams Belang. Ils risquent de perdre leur carte de parti dans l’aventure ? C’est le cadet de leurs soucis !
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Une majorité plus confortable avec un Vlaams Belang dans un rôle de parti mineur et des partis nationaux qui ont perdu leur emprise sur leurs sections locales : cela peut agir comme un aimant, surtout si ce pouvoir d’attraction est réciproque. Le Vlaams Belang fait tout pour participer à l’exercice du pouvoir, sans formuler d’exigences trop fortes. À Ranst comme à Brecht, le parti se contente d’un seul échevin et ne cherche pas trop à imprimer sa griffe sur le programme de la coalition. Il accepte également de changer de nom, d’où les listes « Ons Ranst » ou « Ons Brecht ». À Izegem, le Vlaams Belang semble imposer davantage sa patte puisqu’il y a décroché deux postes d’échevin.
Quoi qu’il en soit, le président du Vlaams Belang Tom Van Grieken exulte. Les résultats du 13 octobre n’ont pas répondu aux attentes, le parti ne gagnant les élections que dans deux communes ? Il aura beau jeu de rétorquer que l’exercice de formation de coalitions a, lui, été une réussite. Le parti a bénéficié d’un droit d’initiative de deux semaines dans plusieurs communes – encore une conséquence des nouvelles règles -, a été normalisé en tant que partenaire à la table des négociations, a intégré sur le fil l’équipe dirigeante dans une série de communes et peut encore jouer un rôle déterminant dans celles qui attendent toujours leur nouvelle coalition. À la lumière de ces éléments, la rupture de la digue n’est tout de même pas aussi superficielle que cela ; elle est même plus grande que prévu.
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