Ninove, Ranst et probablement Izegem : dans ces quelques localités flamandes, le Vlaams Belang goûtera au pouvoir durant les six prochaines années. Et la majorité (58%) des personnes sondées dans le Grand Baromètre jugent que c’est une bonne chose. Les précédentes enquêtes montraient déjà que le cordon sanitaire était superflu pour la moitié des Flamands. Ils soutiennent à présent de plus en plus largement la participation de l’extrême droite au pouvoir, localement en tout cas. Sans surprise, c’est surtout l’électorat du Vlaams Belang qui y est favorable. Mais pas seulement : 72 % des sympathisants de la N-VA pensent aussi que le Vlaams Belang devrait pouvoir accéder aux responsabilités, contrairement au mot d’ordre du président Bart De Wever. Plus surprenant, le soutien relativement massif des autres électeurs : chez Vooruit, 43% valideraient une coalition avec le Vlaams Belang, et 42% au CD&V.
Contre l’exclusion
Ces résultats ont de quoi rasséréner le parti pour qui le scrutin local du 13 octobre a été décevant. À part à Ninove et à Denderleeuw, où le Vlaams Belang est devenu le plus grand parti, la grande percée espérée n’a pas eu lieu. Malgré ce sondage rassurant pour le parti, son président Tom Van Grieken préfère attendre avant de sabrer le champagne. Notre chroniqueur politique Noël Slangen tempère d’ailleurs quelque peu les chiffres du baromètre. Tout d’abord, soutenir une coalition avec le Vlaams Belang ne signifie pas soutenir le parti. Les personnes qui estiment que les portes des pouvoirs locaux doivent s’ouvrir au Vlaams Belang forment un groupe hétéroclite, réunissant des adhérents à son idéologie, des opposants au principe d’exclure un parti et même des convaincus que le parti s’effondrerait une fois au pouvoir. Pour Noël Slangen, le sondage ne va pas non plus encourager les communes qui recherchent encore une coalition à hisser le Belang aux commandes. Pour certains, exclure le parti est une question de principe, pour d’autres un choix stratégique : cette union risque de coûter plus qu’elle ne rapporterait. Les partis qui font alliance avec le Vlaams Belang cherchent avant tout à réaliser avec lui des mesures qui seraient impossibles avec d’autres.
À relire
Marges d’erreur, échantillons non représentatifs : que valent réellement les sondages ?
Une chose est sûre : plus le Vlaams Belang prend de l’ampleur, plus ses idées sont reprises allègrement par les autres, ajoute Noël Slangen. Avec pour « cynique » corollaire que le parti obtient plus facilement la mise en œuvre de son programme en prospérant loin du pouvoir, qu’à la manœuvre, forcé à des compromis. Toutefois, de telles considérations jouent peu au niveau local, juge-t-il. À part retirer certains livres des bibliothèques et intimider des personnes issues de l’immigration, les élus VB ne peuvent pas faire grand-chose à cet échelon.
Plus de frilosité envers le PTB/PVDA
Quant à l’autre parti extrême – le PTB/PVDA – les Flamands sont plus frileux : à peine 28% acceptent l’idée de le voir entrer dans une coalition locale. Une différence qui s’explique essentiellement par l’ampleur et la tendance de fond en Flandre, précise notre chroniqueur. Le Vlaams Belang y recueille 15% de voix de plus que le PTB/PVDA. Sans oublier que la Flandre compte davantage de partis de droite que de gauche. Pas surprenant dès lors que la résistance au PTB/PVDA soit moins marquée en Wallonie qu’en Flandre (49% en Wallonie et 54% à Bruxelles sont favorables à la présence du PTB dans les majorités, NDLR). De plus, l’essor du Vlaams Belang remonte déjà à une trentaine d’années.
Étonnamment, les Flamands n’en font pas une question de principe. Vingt-huit pour cent d’entre eux seulement sont partisans d’un cordon sanitaire autour du parti d’extrême gauche.