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Pour Vooruit, il est « normal » que les femmes fassent les frais de la réforme des pensions
17·04·26

Pour Vooruit, il est « normal » que les femmes fassent les frais de la réforme des pensions

Sara Vandekerckhove est journaliste pour le quotidien De Morgen.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo de Delia Giandeini sur Unsplash

Il va falloir reparler de la réforme des pensions. Vous savez, celle à laquelle « les femmes n’auront qu’à s’adapter », pour reprendre les termes de Jan Jambon. Le ministre des Pensions avait dans un premier temps catégoriquement démenti avant de ravaler ses propos, pour la bonne et simple et raison que la conversation était enregistrée.

Il est temps de remettre le sujet sur la table.

Le Bureau du Plan s’est penché sur le dossier, et ses conclusions sont pour le moins inquiétantes. Commençons par la bonne nouvelle : la réforme permet effectivement de contenir la hausse des coûts liés au vieillissement. Mais dans le même temps, elle creuse davantage les disparités entre les hommes et les femmes, et ce tant à court qu’à long terme.

Le principal facteur en cause ? L’exigence d’atteindre 156 jours de travail par an. Celles et ceux qui n’y parviennent pas — et qui, de ce fait, n’atteignent pas une carrière de 35 ans — sont pénalisés et voient leur pension diminuer. Cette mesure touche 37 % des femmes, qui travaillent plus souvent à temps partiel, contre 14 % des hommes.

La réforme pension de Jan Jambon : les petites princesses du temps partiel

Pour les personnes percevant les pensions les plus modestes, les perspectives sont encore plus sombres. Ce sont elles qui paient le plus lourd tribut. À brève échéance, les futurs retraités concernés verront leurs indemnités chuter de 7,4 % ; à long terme, cette perte grimpe à 12,1 %. À titre de comparaison, les revenus les plus élevés enregistrent des diminutions allant de 1,1 % à 5,6 %.
Les femmes à faibles revenus font donc l’objet d’une double peine : elles travaillent davantage à temps partiel et perçoivent des salaires plus bas pendant leur carrière, avant d’être à nouveau sanctionnées après coup, pour des choix effectués parfois plusieurs décennies auparavant.

Et il devient difficile de reléguer les critiques au rang de simples râleries marginales. Tout est désormais soigneusement consigné dans un rapport, noir sur blanc, rédigé par des experts. On pourrait donc s’attendre à ce que les partis de la majorité retournent au travail, pour revoir un projet de loi pour le moins bancal.

Or il n’en est rien.

Lors d’une première lecture, la majorité a approuvé les textes de la réforme lundi dernier. Dans les rangs du CD&V et de Vooruit, on reconnaît pourtant que l’écart entre les genres va se creuser. « Mais dans des proportions limitées », nuance la députée Vooruit Anja Vanrobaeys. Autrement dit : pour Vooruit, il est acceptable que les femmes ou les personnes en situation de précarité fassent les frais de nouvelles mesures, pourvu que cela reste « dans certaines limites ».

« Ce gouvernement adopte une réforme dont il sait pertinemment qu’elle accentuera les inégalités — entre femmes et hommes, mais aussi entre riches et pauvres. »

Du côté du CD&V, on s’est empressé d’annoncer un second volet de la réforme, prévu pour la fin de l’année, censé corriger ces déséquilibres. Il serait de bon ton, cependant, de légiférer comme il se doit dès le départ pour ne pas devoir corriger le tir ensuite. Quant à la N-VA, elle estime que l’impact sur les inégalités de genre est surestimé dans le rapport. Il est vrai que les calculs ont leurs limites — le Bureau du Plan le reconnaît lui-même. Mais balayer d’un revers de main les études scientifiques qui dérangent n’a jamais constitué une preuve de bonne gouvernance.

En définitive, ce gouvernement adopte une réforme dont il sait pertinemment qu’elle accentuera les inégalités — entre femmes et hommes, mais aussi entre riches et pauvres. Difficile, dans ces conditions, d’en faire un argument de campagne à l’horizon des prochaines élections dans trois ans. Reste à voir si, le moment venu, la sanction des électeurs restera, elle aussi, dans « des proportions limitées ».

Le « malus pension », une mesure qui discrimine les femmes

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