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6 novembre 2018

« Un ministre de la Défense à temps plein n’est pas un luxe superflu »

La N-VA a proposé vendredi dernier le député européen Sander Loones comme nouveau ministre de la Défense et de la Fonction publique en remplacement de Steven Vandeput, qui deviendra bourgmestre de Hasselt. Peu connu du public francophone, Sander Loones joue un rôle important au sein du parti nationaliste flamand, dont il est notamment vice-président.

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

« Je suis allé faire mon jogging ce matin, histoire que les militaires ne se moquent pas de ma condition physique », plaisante Sander Loones (N-VA). D’ici peu, le Ouest-Flandrien succédera à son camarade de parti Steven Vandeput à la tête des ministères de la Défense et de la Fonction publique. Pour ce faire, il va devoir acquérir un rythme certain : le nouveau ministre a en effet six mois pour se faire remarquer dans un département où le plus gros du travail a déjà été accompli.

N’est-il pas bizarre, pour vous, de devenir ministre maintenant ? À peine arrivé, vous serez à nouveau en période électorale.

« Les grandes décisions, comme l’achat des F-35, ont déjà été prises, c’est vrai. Mais il faut encore les concrétiser dans la pratique. Il en va de même pour la commande des chasseurs de mines et pour les travaux à exécuter dans différentes casernes. De surcroît, il reste quelques gros dossiers sur la table, notamment celui du statut des fonctionnaires. L’avantage, c’est que je peux compter sur une équipe qui connaît déjà bien ses dossiers. La machine est rôdée. »

La N-VA aurait pu faire des économies en ne remplaçant pas Vandeput et en demandant à Theo Francken, par exemple, de surveiller le magasin.

« C’est une piste que nous avons envisagée, en effet, mais les autres ministres en charge de la sécurité du pays avaient déjà suffisamment de travail. Et en matière de Défense, l’évolution du monde ne nous permet pas de dormir sur nos deux oreilles. Un ministre à temps plein n’est pas un luxe superflu. De plus, les fonctionnaires fédéraux méritent un ministre à temps plein. Il y a encore du pain sur la planche. »

Que peuvent attendre les fonctionnaires de votre part ?

« Je ne peux pas encore réagir à cette question, car je ne suis pas encore ministre. Je sais qu’il va falloir mener des discussions difficiles, par exemple sur les jours de congé et de maladie. Et je sais aussi que je tenterai de les aborder avec l’ouverture d’esprit et l’intelligence émotionnelle nécessaires. J’ai d’ailleurs moi-même été fonctionnaire fédéral. »

Les résultats des élections en Flandre occidentale ont été plutôt décevants pour votre parti. En tant que personnalité importante du parti dans la région, ne vous sentez-vous pas un peu responsable ?

« Les résultats sont mitigés. Nous savions que dans certaines communes, nos résultats allaient être inférieurs parce que nous avons voulu lancer de nouvelles têtes. À d’autres endroits, nous avons enregistré de très bons scores, mais parfois, les résultats étaient inférieurs à nos attentes, en effet. D’après mon analyse, ce sont les élus – tous partis confondus – qui faisaient du bon travail et les candidats bourgmestres crédibles qui ont obtenu la confiance du citoyen. Le problème, pour notre parti, c’est que nous avions moins d’élus en place. »

D’où la nomination d’un Ouest-Flandrien comme ministre fédéral ?

« Peut-être que ça a joué, mais ce n’était pas un critère déterminant. Bart (De Wever, ndlr) cherchait quelqu’un qui pouvait rapidement prendre le train en marche. En tant que président de la N-VA, il connaît notre ligne et notre vision politiques sur le bout des doigts. De mon côté, je connais les différents ministres et le premier ministre depuis les négociations de formation du gouvernement. Non pas que je sois en permanence au téléphone avec le premier ministre, mais il nous arrive de temps en temps d’échanger des messages. Il aime les croquettes de crevette, et je viens d’Oostduinkerke, la commune de la crevette. Ça crée des liens. (rires) »

Maintenant que vous êtes ministre, allez-vous aussi tirer la liste N-VA de Flandre occidentale pour la Chambre en mai ?

« On n’en a pas encore discuté »

Je ne vous crois pas. Vous êtes le seul Ouest-Flandrien ministre fédéral. C’est donc vous qui allez tirer la liste, non ?

« Ce n’est pas encore le moment de confectionner le puzzle. »

Il serait logique que le ministre-président flamand soit la tête de proue d’un parti nationaliste flamand. Mais votre parti n’aurait-il pas intérêt à présenter quelqu’un qui ait plus de gueule que Geert Bourgeois ?

« Je pense que le gouvernement flamand a assez de gueule, mais jusqu’à présent, notre société a accordé beaucoup d’attention à la migration et à la sécurité, deux compétences fédérales. Attendons que la campagne aborde la thématique de l’enseignement pour juger. »

En Flandre orientale aussi, la N-VA a besoin d’une personnalité forte. Faut-il s’attendre à des changements là-bas aussi ? On entend parler de l’arrivée de Matthias Diependaele comme nouveau ministre de l’Emploi au gouvernement flamand.

« Nous avons déjà un ministre de l’Emploi, non ? »

Vous démentez donc qu’on recherche une porte de sortie pour Philippe Muyters afin de lancer une nouvelle tête ?

« (évasif) Tout ce que je sais, c’est que Philippe est un ministre de l’Emploi phénoménal. »

Allez-vous donner un coup d’accélérateur dans les prochains mois en matière de migration et de sécurité ? Les bons résultats du Vlaams Belang démontrent qu’il y a encore une marge d’action.

« Contrairement à ce que de nombreuses personnes pensent, nous ne nous soucions pas tellement du Vlaams Belang. C’est dans la logique des choses, qu’un parti radical de droite enregistre de bons résultats aux élections. C’est une tendance générale en Europe. Et ce n’est pas une raison pour vouloir récupérer à tout prix leurs électeurs. Ce sont surtout les autres électeurs qui nous intéressent. Enfin non, ce sont tous les électeurs qui nous intéressent. (rires) »

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