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Le retour du « carrousel »

(cc) Giorgos~

25 septembre 2015

Le retour du « carrousel »

Temps de lecture: 3 minutes

Vous souvenez-vous du « carrousel », terme bien connu de la politique belge ? Et bien, il est de retour. À Linkebeek cette fois. Une lutte d’influence entre Flamands et francophones, dont les étincelles risquent de provoquer une nouvelle déflagration communautaire.

La nouvelle réglementation sur la nomination des bourgmestres dans les six communes flamandes de la périphérie bruxelloise devait mettre fin au carrousel de désignations et de récusations que nous avons connues par le passé. Alors que nous comptions hier trois non-nominations de bourgmestres récalcitrants faisant fi de la loi linguistique, ce chiffre est aujourd’hui ramené à un seul.

À Linkebeek, le « manège » grince encore et toujours sous le poids de Damien Thiéry. Ancien FDF intégré au MR par Didier Reynders, il siège à la Chambre pour le compte des libéraux francophones. Lors des élections communales de 2012, Damien Thiéry et sa liste francophone LB (Liste Bourgmestre) avaient recueilli 80 % des voix, ce qui lui procura 13 sièges. La liste flamande ProLink avait obtenu 20 % des votes et 2 sièges. La majorité francophone avait alors avancé Thiéry comme candidat bourgmestre.

Soutien juridique

Les ministres flamands de l’Intérieur, successivement Geert Bourgeois (N-VA) et Liesbeth Homans (N-VA), ont toujours refusé la nomination de Damien Thiéry, car ce dernier avait enfreint la loi linguistique en envoyant des convocations électorales dans les deux langues.

Les francophones ont bien tenté d’exprimer leur contestation, mais se sont heurtés à l’avis de la réunion générale du Conseil d’État, qui a donné raison au gouvernement flamand. Un fait remarquable, car selon la nouvelle réglementation, les deux chambres du Conseil d’État, néerlandophone et francophone, prennent une décision commune.

À chaque refus, le gouvernement flamand se voit obligé de demander une nouvelle nomination au conseil communal. Mais la majorité francophone de Linkebeek tient tête, et continue d’avancer le nom de Damien Thiéry, tout en sachant qu’il ne peut légalement être nommé.

Un coup astucieux

La semaine dernière, Liesbeth Homans a réalisé un tour de force en nommant elle-même l’un des membres du conseil communal, en l’occurrence Yves Ghequière, arrivé deuxième en nombre de voix après Damien Thiéry. S’en est suivi une discussion entre le candidat, le cabinet de la ministre flamande et le gouverneur de la province du Brabant flamand. Ghequière voulait toutefois s’assurer du soutien de sa majorité. Lundi, il est apparu qu’il n’en bénéficiait pas.

La piste a donc été écartée. Mais le coup de Liesbeth Homans était astucieux, car si Yves Ghequière avait accepté, l’affaire aurait été résolue. À présent, Homans peut tranquillement affirmer que les francophones sont coupables de cet échec et qu’ils ne veulent apparemment d’une solution.

Un feu qui couve

Que peut encore faire la ministre Liesbeth Homans? Laisser tomber l’affaire, ce qui ferait de Damien Thiéry le bourgmestre « de référence » aussi longtemps qu’il n’y a pas de nomination officielle. Attendre trois ans avant les prochaines élections communales ne devrait pas être si grave. On verra bien par la suite.

Elle pourrait aussi choisir un autre candidat de la majorité qui, à son tour, n’obtiendra probablement pas le soutien de ses collègues. Le carrousel se retrouverait alors à son point de départ.

Liesbeth Homans pourrait aussi nommer l’un des deux membres flamands du conseil au poste de bourgmestre. Côté francophone, ce serait toutefois interprété comme une déclaration de guerre.

Plus drastique encore, Homans pourrait nommer une personne ne siégeant pas au conseil. Cela pourrait être n’importe qui, une personnalité irréprochable des milieux francophones par exemple. Savoir si cette personnalité fera l’unanimité au sein du conseil communal, c’est une autre paire de manches. Au Parlement flamand, la ministre a en tout cas déclaré qu’elle « n’en restera pas là ».

En résumé, Linkebeek est une crise communautaire en latence, un feu qui couve et qui pourrait rapidement se propager pour devenir un véritable incendie. Car la présence de la N-VA dans les deux gouvernements, et celle du MR – qui soutient Thiéry – au fédéral, peut bel et bien créer des étincelles.

Article en V.O. de Marc Van de Looverbosch sur Deredactie.be

Traduit du néerlandais par Joyce Azar

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