Dimanche 8 novembre. Ne me demandez pas pourquoi, mais c’est la date qui me vient à l’esprit pour d’éventuelles élections législatives anticipées. L’automne est la saison du déclin, et dans un pays en déclin, c’est la période idéale pour organiser des élections.
La dernière fois que les élections fédérales ont été organisées en automne, c’était en 1991. Avant cela, et depuis 1978, les élections étaient toujours organisées après l’été. Donc oui, si j’aspire à de nouvelles élections d’automne, c’est en partie par nostalgie. Et en partie aussi, peut-être, parce que la mélancolie de cette saison se prête bien à la réflexion politique et à l’introspection électorale. Bien plus qu’en juin, en tout cas, lorsqu’à l’approche des vacances d’été, l’électeur ne pense qu’examens, voyages et festivals.
Ce n’est pas ce genre de rêveries qui pousse les politiques à envisager des élections anticipées à l’automne, j’en suis bien conscient. De toute évidence, ce qui risque de peser davantage dans la balance, surtout à la N-VA, ce sera le dernier sondage en date. Si peu fiable soit-il, il n’aura pas manqué d’alarmer le parti. Car si le Premier ministre Bart De Wever reste très populaire, le score de la N-VA s’érode.
« Ce qui risque de peser davantage dans la balance, surtout à la N-VA, ce sera le dernier sondage en date. »
Certains craignent que le gouvernement ne perde peu à peu de son aura. Maintenant que les grandes réformes ont été menées à bien, Bart De Wever risque de devoir se traîner de compromis en accord bancal, avec des résultats limités. C’est une constante, dans presque tous les gouvernements. En début de mandat, on file bon train pour appliquer tout ce qui a été négocié lors de la formation du gouvernement. Car ce gouvernement Vivaldi, tant décrié aujourd’hui, a d’abord été porté par un flux positif. Mais une fois la lune de miel passée, la survenance de nouvelles difficultés ont rapidement gâté l’ambiance.
La N-VA face à ses propres pièges : la stratégie précaire de Bart De Wever
Or cette ambiance, si elle devait s’installer, ne manquerait pas d’entamer la popularité de Bart De Wever. Aujourd’hui, l’électeur voit dans Bart De Wever un excellent Premier ministre, dont l’action est sabotée. Il reste nimbé du sentiment dominant qu’« on ne le laisse pas agir ». Il suffirait d’un rien pour que ce sentiment se mue en « il n’y arrive pas ».
La cote de popularité de Bart De Wever, qui a atteint son apogée fin 2025, reste exceptionnellement élevée. Pour la N-VA, mieux vaudrait peut-être « prendre son bénéfice », aujourd’hui, en anticipation d’une possible chute de popularité.
L’année de trop
Et il y a une deuxième bonne raison à cela. Un mandat de cinq ans, c’est trop long. Bien des observateurs se sont fait cette réflexion, à chaque gouvernement depuis la sixième réforme de l’État. Sous la « Suédoise » de Charles Michel, l’année 2018 a été perçue comme « une année de trop ». Le gouvernement De Croo, lui aussi, aurait mieux fait de finir en beauté au sortir de la crise du coronavirus en 2022, plutôt que de patauger jusqu’en 2024.
Mais l’argument le plus convaincant en faveur de la tenue d’élections législatives anticipées, c’est que nous serions débarrassés du problème que constitue la simultanéité des élections. Et l’électeur flamand pourrait alors, en juin 2029, se concentrer pleinement sur les mérites de Matthias Diependaele et de son gouvernement régional.
Le problème est bien connu. Lorsque les élections coïncident, l’élection régionale flamande n’est qu’un appendice de l’élection fédérale, et le ministre-président, un simple figurant. Dès le lendemain de l’élection, la formation du gouvernement fédéral et celle du gouvernement régional s’enchevêtrent de manière dysfonctionnelle. Or l’électeur doit pouvoir évaluer séparément la politique flamande et la politique fédérale. C’est pourquoi le principe d’élections simultanées est une aberration démocratique à laquelle il faut mettre un terme.
« L’élection régionale flamande n’est qu’un appendice de l’élection fédérale, et le ministre-président, un simple figurant. »
Voilà bien longtemps que la N-VA se sent frustrée de ne pas pouvoir mener à bien une ample réforme de l’État. Or une élection anticipée pour la Chambre des Représentants à l’automne lui offrirait cette réforme sur un plateau. Cadeau ! Grâce à la désynchronisation entre élections fédérales et régionales.
N’y a-t-il pas là une bonne raison d’attendre avec impatience le 8 novembre ?