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Flandre ou Wallonie : le spectre d’un gouvernement minoritaire

(cc) Klimkin via Pixabay

13 juin 2019

Flandre ou Wallonie : le spectre d’un gouvernement minoritaire

Temps de lecture: 2 minutes

Un fantôme hante la Belgique, et ce fantôme s’appelle « gouvernement minoritaire ».

La N-VA joue ouvertement avec l’idée de former en Flandre un gouvernement minoritaire, soit avec le Vlaams Belang, soit sans lui mais avec son appui. En l’occurrence, la différence serait minime. Et comme le PS sait reconnaître de loin une bonne manœuvre politique quand il en voit une, il tente de l’imiter, mais en sens inverse. Là, c’est l’idée d’un dispositif régional incluant les communistes du PTB, également sans majorité, qui est envisagée. Nos politiques seraient-ils tombés sur la tête le 26 mai ? Non, probablement pas. Bien sûr, ils évoquent abondamment d’autres pays européens, à la culture politique très différente, où l’idée d’un gouvernement minoritaire ne choque personne. Mais en Belgique ? Déjà, avec toutes ses couches, notre pays a tout d’un oignon. Si en plus, on installe sur chacune de ces couches une instabilité structurelle, on n’en sort plus. Nos hommes et femmes politiques le savent pertinemment. Même les moins doués d’entre eux ont dû comprendre que s’il y a une chose pour laquelle l’électeur, frustré, n’a pas voté le 26 mai, c’est pour encore plus de nombrilisme et encore plus d’indécision. De même, après cinq années d’expérimentation suédoise, nul n’oserait encore affirmer que la formation d’un gouvernement idéologiquement homogène (à gauche ou à droite) serait la clé du succès. Au contraire, tout le monde s’évertue à s’attirer les faveurs de ces mêmes électeurs, au prix d’interminables chamailleries.

La seule raison qui pourrait pousser la N-VA et le VB (ou bien, mutatis mutandis, le PS et le PTB) à s’entendre serait la conviction de pouvoir ainsi étrangler l’autre. On peut comprendre qu’ils nourrissent cette ambition. Mais pas à nos dépens. Jusqu’à plus ample informé, un gouvernement est censé servir un objectif plus élevé que la rage, pour deux partis, de se prendre mutuellement à la gorge. En réalité, à ce stade, personne ne croit une seule seconde à la bonne foi du PS ou de la N-VA. Deux semaines après le scrutin, chacun d’eux tente encore, cahin-caha, de tirer le meilleur parti de son très mauvais résultat électoral. Le PS est tombé à son plancher historique, et la N-VA a pris une véritable raclée. Mais ce sont eux qui ont la main. Et ils en profitent pour s’adonner à un petit jeu de positionnement stratégique. Sur le plan du cynisme politique, ces deux-là n’ont plus rien à apprendre l’un de l’autre. L’été risque d’être long. Très long.

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