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Élections 2019 : vers un nouveau dimanche noir?

(cc) Vlaams Belang via Flickr

22 mai 2019

Élections 2019 : vers un nouveau dimanche noir?

Temps de lecture: 2 minutes
Traducteur Maxime Kinique

Plus que Groen, c’est surtout le Vlaams Belang qui semble en passe d’être le grand vainqueur dimanche prochain

Le scrutin du 26 mai prochain s’assimilera-t-il à un nouveau dimanche noir ? Tant nos propres sondages pour la Chambre et le Parlement flamand que les sondages nationaux prédisent en tout cas une victoire éclatante pour le Vlaams Belang. Après l’uppercut reçu il y a cinq ans, l’extrême droite renouerait ainsi avec des scores de 13, 14, voire 15%. Certes, on est encore loin des 24% de 2004 mais si ces sondages se confirment, cela voudra dire que le score du Belang aura plus que doublé par rapport à 2014. Du coup, plus que Groen, c’est surtout le Vlaams Belang qui est pressenti pour être le grand vainqueur dimanche prochain.

Il y a cinq ans, pourtant, la droite extrême paraissait complètement rayée de la carte politique en raison de la montée en puissance de la N-VA. Avec le slogan « une voix pour le Vlaams Belang, c’est une voix perdue à cause du cordon sanitaire », la N-VA a réussi là où tout le monde avait échoué auparavant : activer politiquement l’imposant groupe de personnes votant par protestation. « L’un de nos principaux mérites est d’avoir muselé l’extrême droite », se félicitait encore l’an dernier l’ex-secrétaire d’État Theo Francken.

Cette victoire semble toutefois de courte durée. Par sa promesse de changement, la N-VA a incontestablement déçu un certain nombre de ses électeurs. Les nationalistes semblent même se demander s’il sera possible de contenter un jour ces personnes-là. Francken a bien tenté de caresser dans le sens du poil l’aile droite de la N-VA en tenant des propos durs sur les réseaux sociaux mais il semble que cela ait davantage contribué à ressusciter la droite extrême qu’à lui faire barrage.

Il y a toutefois d’autres facteurs qui expliquent le retour du Vlaams Belang sur le devant de la scène politique. Après le coup de bambou de 2014, le parti a rajeuni considérablement ses cadres. Avec à sa tête un Tom Van Grieken qui n’a toujours que 32 ans, il est devenu davantage que le parti monothématique anti-immigration qu’il était auparavant. Aujourd’hui, le Belang séduit des électeurs de gauche avec un programme presque digne d’un parti socialiste alors que le ton ultradur de Filip Dewinter a été en grande partie supplanté par une critique plus large du « système » et de l’« establishment ».

Ce nouveau discours fait mouche, particulièrement auprès des jeunes qui, sur les bancs de l’école ou lorsqu’ils sortent le week-end, sont les premiers à être confrontés à une société plus bigarrée que par le passé. Dries Van Langenhove incarne aux yeux des jeunes qui votent à droite ce qu’Anuna De Wever représente pour la jeunesse progressiste : un rebelle charismatique avec une auréole de héros anti-establishment. Le fait que le mouvement Schild & Vrienden qu’il a créé diffuse des blagues racistes et antisémites et que Van Langenhove lui-même évoque, en parlant d’autres partis, « des traitres qui auront tôt ou tard ce qu’ils méritent » est considéré pour ainsi dire comme des espiègleries de jeune polisson et n’est pas perçu comme un danger fondamental pour notre démocratie.

Récupérer ces électeurs, jeunes et pourtant déjà désenchantés, sera-t-il le défi majeur qui attendra les autres partis au lendemain du 26 mai, après un nouveau dimanche noir ?

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