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25 avril 2018

Cumul des mandats : entre hypocrisie et jeu de sainte nitouche

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L’ambiguïté pèse encore et toujours sur la question du cumul des mandats, entre stakhanovistes intègres et compétents et collectionneurs de postes focalisés sur leurs intérêts personnels.

Hans Bonte, bourgmestre sp.a de Vilvorde âgé de 56 ans, rend son costume de député et quitte ainsi la scène politique nationale. S’il ne parvient pas à se refaire élire après les élections communales du 14 octobre, sa carrière politique touchera même à sa fin. Autant de conséquences qui découlent de l’interdiction de cumul décrétée par son parti il y a deux ans. Celle-ci oblige les bourgmestres de communes de plus de 20.000 habitants à choisir, dès l’année prochaine, entre leur écharpe communale et leur siège au parlement. Bonte, pour sa part, a opté pour la seconde option, bon gré mal gré. Après Peter Vanvelthoven, qui s’est décanté pour Lommel, le sp.a perd en la personne de Hans Bonte un autre député de poids. Il est établi que les bourgmestres obtiennent de meilleurs résultats aux élections législatives. Il s’agit là du revers de la médaille avec lequel le sp.a n’a d’autre choix que de composer.

Bonte déplore néanmoins que son parti joue ainsi les saintes nitouches. D’autant que le moment est  mal choisi : le sp.a flirte avec les dix pour cent dans les sondages, il est donc particulièrement vulnérable. En effet, en voulant laver plus blanc que blanc, les socialistes se tirent une balle dans le pied vis-à-vis de la concurrence. Seul Groen a véritablement banni le cumul depuis longtemps. Le CD&V, quant à lui, pratique à nouveau une interdiction symbolique à l’égard des bourgmestres de villes de plus de 50.000 habitants. Et il se trouve que, justement, les trois bourgmestres de grandes villes dans ses rangs – Nadja Vananrove (Hasselt), Wim Dries (Genk) et Krist Declercq (Roeselare) – ne sont actuellement pas députés. Du côté de la N-VA et de l’Open Vld règne la géométrie variable : les libéraux ont des règles sur papier mais personne ne les respecte, et que chez les nationalistes, la décision revient aux arrondissements, mais ces derniers ne rappellent pratiquement jamais un mandataire à l’ordre. Quoi qu’il en soit, cet excès d’hypocrisie n’empêche pas Patrick Dewael (Tongres) et Bart De Wever (Anvers) de dormir.

Nous en arrivons donc à nouveau à la discussion qui fait rage depuis vingt ans déjà, et qui ne s’arrêtera sans doute pas de si tôt. La question du cumul des mandats demeure ambiguë : il y a certes des collectionneurs de postes qui placent leurs intérêts personnels au-dessus de l’intérêt général, mais il existe également des politiques intègres, travailleurs et compétents. Le principal contre-argument visant l’interdiction du cumul consiste à dire qu’un député prend mieux le pouls de la population grâce à son mandat local. Foutaises. Rien n’empêche les parlementaires de garder contact avec la rue en se contentant d’un poste de « simple » conseiller communal. Reste à savoir ce que l’électeur en pensera le 14 octobre, d’autant que, dans ce pays, le courage politique n’est que trop rarement récompensé. Voilà le sp.a prévenu.

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