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Capture d’écran du site Internet de BDW

21 septembre 2018

Communales: quand des partis humoristiques se lancent dans la course avec sérieux (ou pas)

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Pour passer du statut de farceur à celui de tête de liste, il suffit d’une seule signature d’un mandataire, ou bien de cinq à cent signatures d’électeurs, en fonction du nombre d’habitants de la commune. Ou comment des responsables politiques locaux entendent donner une tournure positive aux votes de protestation.

Piss-Off (Gand) : des toilettes pour dames

Malgré son nom pour le moins saugrenu, le parti Piss-Off (Plas Inclusieve Sanitaire Sensibilisering : Ons Feministisch Front[1]) n’a jamais été une blague. Le parti est issu d’un collectif féministe qui plaide pour des toilettes pour dames d’aussi bonne qualité que celles des hommes aux Gentse Feesten. « Notre liste politique est née de la volonté de régler ce problème de manière structurelle », explique Baharak Bashar, qui pousse la liste. « Les sanitaires publics ne font l’objet de quasi aucune disposition légale. Il faut que ça change. »

Il est clair que pour le parti, la question des sanitaires n’est que le symbole d’une problématique bien plus vaste. « C’est une métaphore destinée à montrer tous les autres droits inéquitablement répartis entre hommes et femmes, explique Mme Bashar. Si des différences existent déjà à un niveau aussi basique, à quoi faut-il s’attendre pour des sujets autrement plus complexes, comme l’écart salarial ? » Sur la liste Piss-Off, il y a aussi des candidats masculins, mais ils ne font que de la figuration et ne prendront jamais la parole.

BDW (Anvers) : « Déculottons l’empereur »

Depuis des années, Geert Beullens imite le bourgmestre de sa ville : Bart De Wever. Sa liste électorale, BDW, compte vingt candidats, dont Marcel Vanthilt, présentateur vedette de la télé flamande, et l’humoriste Vital Vitalski Baeten. « Que des personnes faisant preuve d’un état d’esprit très positif », précise M. Beullens.

Avec le slogan Refacit Antverpia Greatus!, un pastiche de Make Antwerp Great Again en latin, BDW plaide entre autres pour l’indépendance d’Anvers et la transformation de la ville en une sorte de combinaison de Bruges, Efteling et Disneyland. »

« Notre but est de déculotter l’empereur, expose M. Beullens. Ceci dit, nous ne visons pas que le bourgmestre. Si j’avais ressemblé à Kris Peeters, c’est lui que j’aurais imité. » S’il est élu, M. Beullens portera à chaque conseil communal le même costume que le bourgmestre, et il posera toutes ses questions en latin.

Parti Carnavaliste (Lede) : « Une candidature devenue sérieuse »

Yves Junius, chauffeur de bus à Lede, a eu l’idée de former une liste électorale pour faire parler de sa société de carnaval. « Mais nous avons reçu tellement de réactions positives que notre candidature est devenue sérieuse », explique M. Junius. Le Partij Van Carnavalist, ou le PVC, compte douze noms. Et la campagne bat son plein, avec un logo, des affiches individualisées et des panneaux devant les maisons des gens. Les sujets les plus importants pour le parti sont le carnaval et la vie associative. « Nous voulons insuffler une nouvelle vie aux foires et kermesses », explique Junius. Mais le PVC souhaite aussi que les salles utilisées par les associations soient mieux équipées, et qu’un atelier soit consacré à la confection des chars de carnaval. « Nous ne sommes ni de gauche, ni de droite, et nous sommes prêts à discuter avec tout le monde. »

La Liste Pokémon (Gand) : « Les gens reconnaîtront le nom »

« La semaine passée, au café, j’étais en train de parler politique avec un ami. Entre-temps, nous n’avons eu aucun mal à introduire notre propre liste. » Le Gantois Martijn Alf a décidé de contacter des compagnons de jeu de Pokémon Go. Ensuite, il a demandé à plusieurs mandataires de lui fournir la signature nécessaire, et il a fini par en trouver un. Une liste était née pour les élections provinciales. « Nous n’avons pas de couleur politique », précise M. Alf, tête de liste, qui ne connaît pas personnellement la plupart de ses colistiers. « Nous misons sur les électeurs qui ne lisent pas les programmes et qui connaissent très mal les noms des politiques, mais qui reconnaîtront le nom Pokémon. Mais maintenant que nous avons attiré l’attention, j’aimerais en profiter pour faire quelque chose de positif. Nous nous réunirons dans les prochains jours pour parler du programme. »

Jong En Sexy (Tirlemont) : Un bureau, un beau salaire, une secrétaire

Jong En Sexy, ou Jes. Jeune et sexy. « Ce sont deux qualités qui me caractérisent, donc votez pour nous », lance d’un air convaincu Eddy Meyvis, patron de café. « Se faire remarquer, c’est le principe même de toute élection, car on veut que les gens votent pour nous. C’est pourquoi il faut oser sortir des sentiers battus. Mais ma candidature est totalement sérieuse. »

Meyvis mène sa campagne sur les thèmes de la propreté, des finances communales et de l’immigration. La tête de liste nous assure avoir réuni les cent signatures nécessaires en deux jours. « J’ambitionne l’écharpe maïorale, comme le font les autres têtes de liste. Un bourgmestre a un beau bureau, un beau salaire et une secrétaire. Ça doit être un métier formidable. »

[1] Note du traducteur : ce nom tiré par les cheveux est très difficile à rendre en français. Tentons un insatisfaisant « Sensibilisation pour des urinoirs inclusifs : notre front féministe »

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