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21 décembre 2018

C’est l’impasse à Ninove, et c’est tout profit pour l’extrême droite

Temps de lecture: 3 minutes

À deux semaines de l’échéance, on est très loin d’un accord à Ninove, où le mouvement d’extrême droite Forza Ninove a battu tous les records aux dernières élections communales. Au point de la rendre pratiquement ingouvernable ? Il n’est en effet pas exclu que Forza Ninove finisse par siéger au Collège communal, à la faveur d’une faille dans la législation. « Si l’attribution des mandats échevinaux se fait par vote, tout est possible. »

La bourgmestre sortante Tania De Jonge (Open VLD) jette l’éponge et renonce à constituer une nouvelle majorité à Ninove. Elle a bien mené un entretien exploratoire avec le parti local Samen, mais la N-VA, partenaire dont elle a besoin pour former une majorité, a coupé définitivement court. « Les dirigeants du parti n’ont même pas voulu entendre parler d’entretien exploratoire. », déplore Mme De Jonge. « La coupe est pleine, j’en reste là. Je me recentre sur de nouveaux défis. »

Autrement dit, exit Tania De Jonge. Mais pourra-t-elle vraiment se retirer du jeu si aisément ? Compte tenu de la situation, elle pourrait bien se voir contrainte de « garder la boutique » en qualité de bourgmestre intérimaire, et pour un bon moment. En effet, la séance d’installation du nouveau Collège communal est prévue pour le 3 janvier, mais il ne se trouve aucune majorité pour l’approuver. Et sans majorité, pas de nouveau collège.

Un vote stratégique

Une majorité emmenée par Guy D’haeseleer fait partie des issues possibles. C’est lui, avec son mouvement Forza Ninove, qui est sorti grand gagnant du scrutin du 14 octobre. Avec 40 % des votes, il lui manque deux sièges pour obtenir la majorité absolue. Et comme il est député régional flamand sous la bannière Vlaams Belang, aucun parti ne veut collaborer avec lui. Il avait espéré séduire deux conseillers communaux N-VA, mais ceux-ci n’ont pas mordu à l’appât.

« Je poursuis le travail », a-t-il annoncé, laissant entendre qu’il pense pouvoir former une coalition dans les temps. Ses chances de succès paraissent pourtant bien minces. À Ninove, la N-VA opte résolument pour l’opposition. Même la direction nationale du parti confirme, comme OpenVLD et Samen, son refus de s’entendre avec Forza Ninove.

La hantise de Tania De Jonge, c’est que Guy D’haeseleer parvienne à siéger au Collège communal en mettant à profit une faille dans la législation. En effet, faute de présenter des candidats aux différents mandats échevinaux, le 3 janvier, le Conseil communal devra se réunir dans les deux semaines pour attribuer chaque mandat d’échevin par un vote à bulletin secret. C’est justement là que se situe la faille : si au terme du deuxième tour de scrutin, deux candidats bénéficient du même nombre de voix, l’écharpe scabinale reviendra à celui qui compte le plus de voix de préférence. « Or les candidats de Forza Ninove ont obtenu un nombre relativement élevé de votes de préférence », soupire Tania De Jonge. « Avec un brin de stratégie dans leurs consignes de vote, ils risquent fort d’accéder au Collège échevinal. » Et puis, avec un vote à bulletins secrets, rien ne permet d’exclure que d’autres conseillers communaux fassent à leur tête et votent avec Forza Ninove.

Rupture du cordon sanitaire

Et si Forza Ninove finit par compter un ou plusieurs échevins ? « Ce serait le début d’une période difficile », admet Tania De Jonge. Elle deviendrait alors bourgmestre ad interim d’un collège communal où siégerait Forza Ninove. Elle aurait la primauté peu enviable d’être celle qui aura rompu le cordon sanitaire, bien malgré elle. « Ce serait surtout ingérable », commente Herwig Reynaert, politologue à l’Université de Gand et spécialiste des questions de politique locale. « Ce nouveau Collège communal serait minoritaire au Conseil communal, et serait donc incapable de mener une quelconque politique. Un scénario en tout point semblable à celui du gouvernement Michel. Chaque décision, chaque mesure nécessiterait de se mettre en quête d’une majorité. »

Aux yeux de Herwig Reynaert, il n’est pas improbable que la commune devienne officiellement ingouvernable. « Il reviendrait alors au gouverneur d’assumer un rôle de médiateur, comme ce fut déjà le cas à Denderleeuw. » Plus exactement, dans ce cas, au commissaire d’arrondissement, en attendant la nomination d’un nouveau gouverneur en Flandre-Orientale — car pour l’instant, il n’y en a pas.

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