Le journal De Standaard a analysé les résultats électoraux de 1976 à aujourd’hui. Le quotidien constate que les communes flamandes ont changé de couleur à plusieurs reprises ces 50 dernières années.
Orange. Si l’on excepte quelques notes de bleu et autres taches de rouge, la Flandre de 1976 est toute orange. Le CVP y est tout-puissant. Le pays est aux mains de Leo Tindemans. Son CVP et son pendant francophone, le PSC, occupent à eux deux 72 sièges à la Chambre (sur un total de 212 à l’époque). En tant que Premier ministre, il sera l’un des artisans de la grande fusion des communes, dont le nombre passe de 2.359 à 596. À Aalter, Jan De Crem (CVP), le père de (note du traducteur : l’ancien ministre de la Défense) Pieter, récolte pas moins de 69,5 pour cent des voix. Les catholiques dominent également l’échiquier politique à Hasselt, et même à Gand.
À Coxyde, sur sa brochure de campagne, le libéral Daniël Andries renonce à toute ambiguïté quant à ses projets, en même temps qu’aux règles orthographiques en vigueur : « Daniël An3s Bewijst U weer eens dienstbetoon » (Daniël An3s/Andries, toujours à votre service). La stratégie fonctionne. Il gagne les élections et revêt l’écharpe mayorale. La carte du Brabant flamand laisse elle aussi apparaître quelques taches bleues. Le rouge, lui, n’est pas très visible, sauf à Anvers, qui est aux mains des socialistes. Mathilde Schroyens, ancienne institutrice maternelle et
députée, est la première femme à entrer au Schoon Verdiep et, donc, à accéder au poste de bourgmestre d’Anvers. Nijlen, près de Lierre (Lier), est la seule commune où la Volksunie est le parti dominant.
Années 80 : sous la ligne de flottaison
Au soir des élections de 1982, la carte politique flamande ne change guère, avec toujours l’orange comme couleur dominante, y compris à Coxyde, où les électeurs aspirent à du changement après six années sous la coupe d’« Andries toujours à votre service ». À Bruges, les socialistes deviennent la première force politique. En 1977, le socialiste Frank Van Acker a profité d’une querelle interne au CVP pour ceindre l’écharpe mayorale. Van Acker, qui n’a pas le permis de conduire, ne reste pas les bras croisés. Il met en place un plan de circulation et remplace l’asphalte par des pavés. Cela lui vaudra le sobriquet de « Frank Kalseide » – « Frank Kassei ».
Les libéraux, quant à eux, progressent sous l’impulsion du jeune président du PVV Guy Verhofstadt. Celui-ci se fait connaître en tant que ministre du Budget, où son action lui vaut le surnom de Baby Thatcher. À Aarschot, Holsbeek, Kapellen, Brakel et Ninove, le PVV devient premier parti au soir des élections de 1988. À Lierre, une famille libérale, les Vanderpoorten, prend les commandes de la cité ; la commune est dirigée dans un premier temps par l’ex-ministre Herman, puis c’est sa fille Marleen qui prend la relève.
Les cartes politiques montrent quel parti est devenu le plus grand mais dans les années 1980, il y a également beaucoup de choses qui se passent sous la ligne de flottaison. À Anvers, le Vlaams Blok, comme on l’appelle encore à l’époque, réalise une forte poussée entre 1982 et 1988 et
convainc plus de 17 pour cent des électeurs. Ce résultat jettera les bases du cordon sanitaire.
Dring Dring #1 : Le cordon sanitaire en Flandre résistera-t-il encore après les élections ?
1994 : l’après – Dimanche noir
Après les gouvernements Martens V, VI, VII, VIII et IX, le « 16 » échoit à un autre ponte du CVP : Jean-Luc Dehaene. La Belgique a entretemps connu son premier Dimanche noir : au soir des élections de 1991, le Vlaams Blok obtient en effet 12 sièges à la Chambre des représentants.
En 1994, il remporte haut-la-main les élections à Anvers. Il devient le troisième parti à Brasschaat et Malines, et le deuxième à Schoten.
Les socialistes perdent Bruges, mais Hasselt élit pour la première fois un bourgmestre socialiste en la personne de Steve Stevaert, un ancien patron de café. À Louvain également, le CVP doit céder les clés de l’hôtel de ville à un socialiste, un certain Louis Tobback. Quant à la commune de Herent, elle hérite, avec Willy Kuijpers, d’un bourgmestre issu de la Volksunie.
2000 : l’effet Verhofstadt
Après le scandale de la dioxine, Verhofstadt devient, en 1999, Premier ministre d’une coalition arc-en-ciel. À Schilde, Ranst, Grammont (Geraardsbergen) et Audenaerde (Oudenaarde), les libéraux remportent, un an plus tard, les élections communales. Même évolution dans les
communes de la périphérie est de Gand : Lochristi, Destelbergen, Wetteren et Merelbeke virent toutes au bleu. La commune de Zwijndrecht, quant à elle, se pare pour la première fois de vert en choisissant Willy Minnebo (Agalev) comme bourgmestre. Enfin, le Vlaams Blok devient le premier
parti à Malines, Stabroek et Schoten tout en conservant ce statut à Anvers.
2006 : le cartel CD&V/N-VA déferle sur la politique belge
En 2006, le grand vainqueur des élections est le cartel formé du CD&V et de la N-VA. Ce succès présage ce qui se passera en 2007 à l’échelle nationale, avec trente sièges à la Chambre et près de 800.000 voix de préférence pour Yves Leterme (CD&V) au Sénat. À Anvers, Patrick Janssens
(SP.A) fait tomber le Vlaams Belang de son piédestal et les socialistes incarnent de nouveau la première force politique. À Malines, c’est Bart Somers (Open VLD) qui fait reculer le Vlaams Belang.
2012 : la N-VA redessine la carte politique
Après la dissolution du cartel CD&V/N-VA, les élections de 2012 sont celles de la N-VA et de Bart De Wever. De Wever s’empare du Schoon Verdiep – «’t Stad is van ons! » (La ville est à nous !) – pendant que son parti s’impose dans la périphérie anversoise (Brasschaat, Schoten, Schilde, Ranst, Lierre) et dans une partie de la Campine (Arendonk, (Oud-)Turnhout, Mol, Dessel, Geel…). La N-VA arrive également en tête à Alost, Lubbeek, Roulers (Roeselare), Saint-Nicolas (Sint-Niklaas) et Zottegem. Le Vlaams Belang n’est plus premier parti nulle part, mais à… Ninove, c’est la liste Forza Ninove, emmenée par Guy D’haeseleer, qui obtient le plus de voix.
2018 : la N-VA poursuit sur sa lancée
La N-VA dirige le gouvernement flamand et fait également partie, entre 2014 et 2018, de la coalition suédoise emmenée par le Premier ministre Charles Michel (MR). Lors des élections communales, elle capitalise sur ces participations gouvernementales et triomphe. Presque toutes les communes de la province d’Anvers tombent dans son escarcelle. Steven Vandeput (N-VA) devient bourgmestre de Hasselt. En Flandre-Occidentale, le CD&V retrouve des couleurs en reconquérant Bruges et Roulers. Les libéraux, eux, doivent céder du terrain. Idem pour les socialistes : les taches rouges se font rares sur la carte.
2024 : partout ou presque, les listes fleurissent
Le nouveau décret électoral flamand modifie la coloration de la carte. Au lendemain des élections, le parti sorti vainqueur des urnes a l’initiative pendant deux semaines et son candidat le plus fort ou sa candidate la plus forte peut devenir bourgmestre. Dans les rangs de l’Open VLD, on ne se bouscule pas pour représenter le parti. Partout, on voit fleurir des listes larges : Team Burgemeester, Lijst Burgemeester, Iedereen Diest, Team8630, Missie2500, Voor Mechelen…
Les principales conclusions du scrutin sont que la N-VA réalise de nouveau un gros scor (surtout à Anvers), que le CD&V a toujours voix au chapitre, que Vooruit est populaire dans les centres-villes et que le Vlaams Belang n’a pas rompu les digues destinées à le contenir. Le parti avait réalisé un véritable carton en 2019, après la décision de la N-VA de quitter le gouvernement fédéral, mais il n’arrive cette fois en tête.
