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15 juillet 2015

Viel Glück

Temps de lecture: 2 minutes

La teneur en matières grasses de la feta, le nombre de cordes d’un bouzouki ou la place de l’accent dans un ïambe grec. Voilà à peu de choses près le type de compétences pour lesquelles les Grecs disposent encore, depuis la nuit de lundi, d’une relative autonomie. Pour toute autre question d’importance, économie, fiscalité, sécurité sociale, prière de s’adresser désormais directement aux technocrates européens. Travailler plus longtemps pour une pension moindre ? Veuillez signer ici pour accord. Augmenter la TVA ? Pour mercredi, si possible. Les ports, les aéroports, l’électricité ? Des commerces à privatiser sur le champ. Pas envie ? Dans ce cas, bye-bye l’Acropole ! Und viel Glück, en allemand dans le texte.

Des termes tels que ‘coup d’État’ et ‘néocolonialisme’ ont été utilisés à plusieurs reprises.

La litanie de mesures draconiennes qu’Angela Merkel et consorts ont infligées au cancre de la classe a même été jusqu’à pousser des hommes d’ordinaire sages et modérés, comme le prix Nobel Paul Krugman, aux comparaisons les plus extrêmes. Des termes tels que ‘coup d’État’ et ‘néocolonialisme’ ont été utilisés à plusieurs reprises. Dans notre propre Parlement, d’aucuns croient voir la main de la N-VA dans une position belge qui n’aurait pas été aussi conciliante et unificatrice que par le passé. Et face au ‘faucon’ Johan Van Overtveldt (N-VA), le sénateur CD&V Steven Vanackere a visiblement la nostalgie des grands hommes d’État que furent Martens et Dehaene. Ne serait-ce pas faire un peu trop d’honneur à notre ministre des Finances ? Certes, l’homme est un conservateur qui a jadis déclaré l’euro à moitié mort. Mais Monsieur Schaüble aurait-il vraiment eu besoin de l’ancien rédacteur en chef de ‘Trends’ pour imposer ses exigences ?

« Quel salut doit-on voir dans une union où humilier un partenaire s’appelle « lui offrir une perspective »

Pouvons-nous également nous permettre de trouver un peu creux les regrets de Vanackere ? Comme les leaders socialistes et démocrates-chrétiens ont été les responsables du déraillement du train grec, ce sont à présent surtout les leaders socialistes et démocrates-chrétiens qui ont fait signer, avec un plaisir non dissimulé, son arrêt de mort politique à Tsipras, le conducteur fantôme marxiste.

Cela marque-t-il pour autant la fin de la solidarité intra-européenne ? Non, n’allons pas trop loin. Les Grecs ont déjà reçu 400 milliards d’euros d’aide pour ne pas faire ce qu’ils avaient promis à maintes reprises. Et à cela vient donc aujourd’hui s’ajouter une bonne centaine de milliards supplémentaires, intégralement issus d’impôts que nous ne reverrons probablement jamais.

D’un autre côté, ce genre de politique de la sanction immédiate ne fait pas du bien à la pensée européenne. Quel salut doit-on voir dans une union dont on peut devenir membre avec des chiffres faussés ? Où humilier un partenaire s’appelle « lui offrir une perspective » ? Où sous couvert de ‘libre circulation’, des emplois sont détruits par un trafic d’êtres humains légalisé ? Où même la plus grande crise de réfugiés n’incite pas les États membres à s’entraider ? Où les intérêts électoraux nationaux continuent de primer ? Les idéalistes européens disent que tout ira mieux lorsqu’une véritable union politique sera mise en place, avec un gouvernement européen élu ou révoqué directement. Nous voulons le voir pour le croire.

Dieter Dujardin

Traduit du néerlandais par Françoise Antoine et Guillaume Deneufbourg

L’original en V.O. dans Het Laatste Nieuws du 14/07/2015, p.2

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