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21 mars 2018

Réélection de Poutine : l’Europe n’a pas de leçon à donner aux Russes

Temps de lecture: 3 minutes

Nous avons d’un côté Poutine le plébiscité, Xi Jinping l’éternel et Trump l’imprévisible. De l’autre, sous le regard hilare des trois hommes, se tient une Europe encore naïvement convaincue de sa supériorité.

Du bout des lèvres. Et encore. Au compte-gouttes, plutôt, tel un vieux robinet qui fuit lentement et à contrecœur. Ainsi pourrait-on qualifier les félicitations des chefs d’État occidentaux adressées avant-hier à Vladimir Poutine, pourtant triomphalement réélu président de la Russie. A-t-il récolté 76 pour cent des suffrages ou, déduction faite des fraudes, 66 pour cent à peine ? Qu’importe. Le chiffre reste élevé. Bien plus, en tout cas, que le résultat qui a porté Emmanuel Macron à l’Élysée l’an dernier en France.

Poutine détiendra bientôt le record de longévité à la tête de la Russie post-stalinienne. Le score du dernier scrutin, 76 pour cent, n’a en revanche rien de stalinien, contrairement aux 98 pour cent avec lesquels les présidents de parti incontestés de notre particratie belge que sont Bart de Wever ou Wouter Beke sont réélus par leurs rares membres.

Avant-hier, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) pointait la Russie du doigt, lui reprochant de ne pas avoir organisé des élections libres. Admettons. Mais dans quelle mesure les nôtres sont-elles diversifiées ? Sur le plan sociétal, la différence entre la N-VA, l’Open Vld, le CD&V, sp.a et Groen est-elle plus grande que celle qui sépare Poutine du communiste Groudinine, de l’ultranationaliste Jirinovsky et de la libérale Ksenia Sobtchak ? Cette dernière, médiagénique, a attiré les caméras occidentales bien qu’elle soit en réalité aussi marginale en Russie que ne le sont les communistes en Flandre. Dimanche dernier, Vladimir Poutine a triomphé de Kaliningrad à Vladivostok, or l’Europe bienpensante ne lui accorde pas cette consécration. Pourquoi ?

Aux yeux d’une majorité écrasante de Russes, Poutine n’est ni un saboteur ni un empoisonneur, sinon l’homme qui a rempli les rayons et les frigos. L’ours qui a redoré le blason du pays sur la scène internationale. De Pékin à Damas en passant par la Crimée et Bruxelles. Le dernier soviet. Est-ce tellement inconcevable que des citoyens votent pour celui qui leur a rendu leur amour-propre ? En quel honneur l’Europe doute-t-elle du profond respect que les Russes témoignent envers Poutine ? En vertu de quoi l’Europe s’arroge-t-elle le droit de jouer les donneurs de leçons aux électeurs russes, après en avoir fait de même avec les Américains et les Britanniques ? Nous, Européens, n’avons-nous toujours pas tiré des leçons de nos propres erreurs ?

Après l’effondrement du communisme – Poutine avait alors 37 ans – le monde entier semblait pleinement acquis à la cause du capitalisme, auquel l’État de droit a déroulé le tapis rouge. Depuis lors, le capitalisme a subi quelques revers en Occident, mais a sorti des centaines de millions de gens de la misère en Chine et ailleurs. Aujourd’hui, Shangai et Moscou sont plus branchées que New-York. La Chine ne copie plus. Elle est désormais copiée. La Russie provoque et prospère. À sa manière, qui diffère de la nôtre. L’État de droit libéral, la démocratie européenne et ses sacro-saints principes universels que sont l’égalité, le droit de participation, le droit à la vie privée, la liberté d’expression et d’association, ont quant à eux du plomb dans l’aile. Et ne sont de toute évidence plus gages de bonheur. Aux États-Unis, en Chine et en Russie, le nationalisme et le protectionnisme n’éveillent pas les soupçons, là où ces courants sont considérés comme le chemin le plus court vers la guerre, le fascisme et la pauvreté en Europe. Make America, Russia, China great again : les noms de Trump, Poutine et Xi sont parfaitement interchangeables. Dans ce contexte, l’Europe est reléguée au rôle de figurant, d’observateur niais, plongé dans l’incompréhension. Si elle veut encore avoir voix au chapitre, elle ferait cependant mieux de se réveiller. Sur-le-champ.

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