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26 janvier 2018

RDC, Rwanda, Ouganda : l’indignation sélective de la Belgique

Stefaan Marysse et Filip Reyntjens sont professeurs émérites à l’Institut de gestion et de politique pour le Développement (IOB) de l’Université d’Anvers.

Temps de lecture: 3 minutes

Notre pays vient d’infliger des sanctions au gouvernement congolais mais se montre plus conciliant envers d’autres pays d’Afrique. Stefaan Marysse et Filip Reyntjens mettent en garde contre l’indignation sélective.

Alexander De Croo et Hilde Vautmans expliquent pourquoi la Belgique a décidé de mettre fin à plusieurs projets avec le gouvernement congolais à concurrence d’une enveloppe de 25 millions d’euros. Le montant ainsi économisé sera alloué à l’aide humanitaire, à des initiatives d’ONG belges et au renforcement des acteurs locaux (De Standaard du 19 janvier). Bien qu’il faille encore voir dans quelle mesure cette décision pourra se traduire en pratique (on peut s’attendre à ce que le gouvernement congolais nous mette des bâtons dans les roues), nous soutenons ce choix politique. Le comportement de la classe politique congolaise, gouvernement comme opposition, menace en effet chaque jour des dizaines de millions de Congolais et rend impossible la construction d’un État opérationnel. Des sanctions internationales avaient déjà été appliquées contre des individus mais la réorientation proposée donne un sérieux signal structurel.

Ce qui nous inquiète davantage, en revanche, c’est l’impression d’indignation sélective que nous ressentons. La Belgique collabore avec quatorze « pays partenaires » sur le continent africain et dans certains d’entre eux, la situation n’est pas meilleure qu’au Congo. Dans la région des Grands Lacs, l’enveloppe totale allouée par la Belgique à la coopération au développement a atteint, en 2015, 44 millions d’euros pour le Burundi, 81 millions d’euros pour le Congo, 15 millions d’euros pour l’Ouganda et 32 millions d’euros pour le Rwanda. Et bien que ces montants soient sur la pente descendante, ils n’en demeurent pas moins considérables. Depuis que des violences ont de nouveau éclaté au Burundi en 2015, ce pays fait l’objet de lourdes sanctions internationales, et notamment belges. Intéressons-nous à présent aux cas de l’Ouganda et du Rwanda.

Sixième mandat

En Ouganda, la limitation du nombre de mandats présidentiels a été supprimée en 2005 et en 2016, le président Museveni a été réélu pour un cinquième mandat. Fin 2017, la limite d’âge pour exercer les fonctions présidentielles, qui était fixée à 70 ans, a été effacée de la Constitution, ce qui permettra à Museveni de briguer un sixième mandat en 2021. Si l’on ajoute à cela les dix années durant lesquelles l’intéressé a occupé le poste de président sans que des élections soient organisées, cela veut dire qu’il pourrait en principe rester au pouvoir pendant 40 ans. En Ouganda, révisions de la Constitution et élections vont de pair avec de sévères restrictions des libertés politiques, avec des arrestations arbitraires et avec la répression des protestations dans la violence.

Génocide

La situation est pire encore au Rwanda, où le régime du président Paul Kagame dirige le pays d’une main de fer et dans un climat de terreur. Par le passé, le pouvoir en place s’est rendu coupable de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et probablement de génocide lors de la campagne d’extermination de réfugiés hutus au Congo, si l’on se réfère à un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

Au Rwanda également, la Constitution a été révisée (en 2015) afin de permettre à Kagame, qui était dans son dernier mandat autorisé, de se représenter en vue de l’élection présidentielle de 2017. Après une campagne sans opposition, Kagame a été réélu avec plus de 98 pour cent des voix. Il pourrait rester au pouvoir jusqu’en 2034, ce qui voudrait alors dire qu’il aurait détenu le pouvoir pendant quarante ans. Cette situation ne soulève pourtant pas de vague de protestation au Rwanda, pour la bonne et simple raison que les personnes qui oseraient ne serait-ce qu’exprimer une voix dissidente seraient arrêtées ou assassinées. Des enquêtes menées ces dernières années ont démontré que la violence structurelle, invisible, était fortement répandue à l’intérieur du pays. Nombre d’observateurs craignent que cette violence débouche sur un nouveau conflit de grande ampleur.

Sanctionner le Burundi et le Congo mais pas l’Ouganda ou le Rwanda donne l’impression aux dirigeants ougandais et rwandais qu’ils peuvent continuer leur bonhomme de chemin en toute impunité. À leurs yeux, cette absence de sanctions est la preuve que les partenaires internationaux approuvent leur conduite. Ils voient la répression à laquelle ils s’adonnent récompensée, au motif que la terreur crée soi-disant le calme. Les risques pour la population de ces pays ne sont pour autant pas moindres que ceux auxquels sont exposés les habitants du Burundi et du Congo.

 

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