Carrefour : l’échec d’une stratégie

29 janvier 2018 | Auteur : et | Traducteur : Maxime Kinique | Temps de lecture : 3 minutes

La « transformation » du groupe français Carrefour, actif dans le secteur de la distribution, entraînera la suppression de 1 233 emplois en Belgique. Une coupe dans les effectifs qui démontre à quel point la concurrence est féroce dans ce secteur et qui souligne l’échec de la stratégie de Carrefour.

Dans les prochaines années, l’automatisation et l’informatisation du secteur de la distribution mettront davantage d’emplois encore sous pression.

Mardi dernier, après l’annonce faite à Paris par le CEO Alexandre Bompard du plan de transformation de Carrefour, les travailleurs belges voyaient déjà les nuages noirs s’amonceler dans le ciel. Cela fait plusieurs années déjà que le géant français de la distribution ne parvient pas à développer une stratégie efficace et bien définie pour maintenir son niveau de rentabilité et rester en phase avec son temps.

Bompard, qui a fait parler de lui en tant que manager en parvenant à ressusciter la chaîne Fnac que l’on disait morte, a été recruté en juillet afin d’élaborer une nouvelle stratégie. Sans grande surprise, il a appliqué chez Carrefour la même recette qu’à la Fnac : couper dans les dépenses et investir dans l’informatisation. Sous la pression de la concurrence et de l’e-commerce, le groupe de supermarchés a subi lui aussi une cure d’amaigrissement, tant en ce qui concerne ses effectifs que son nombre de magasins.  

« Delhaize se positionne d’une manière clairement plus agressive sur le marché, même si le fleuron belge n’affiche pas non plus une santé de fer. »

En Belgique, la concurrence fait rage. Après s’être astreint à une cure d’amaigrissement et après avoir été racheté par Ahold, la société mère d’Albert Heijn, Delhaize se positionne d’une manière clairement plus agressive sur le marché, même si le fleuron belge n’affiche pas non plus une santé de fer. Sans compter que les chaînes allemandes de hard discount, Lidl en tête, imposent une pression constante sur les prix. Résultat des courses : en Belgique, aucune chaîne du secteur de la distribution ne peut mener une vie confortable.

Comme si cela ne suffisait pas, les achats en ligne accentuent encore la pression, a fortiori pour les hypermarchés de Carrefour. Les supermarchés gigantesques où l’on trouve de tout dans les rayons – de l’électronique à l’alimentation en passant par des vêtements -, c’est un concept qui souffre non seulement des magasins de la concurrence, mais également des nombreux webshops où le client peut faire son choix en toute tranquillité.

« Le personnel paie ainsi un lourd tribut aux errements managériaux du passé. »

Il est clair que Carrefour veut adapter ce concept et se prépare dans le même temps à adopter une stratégie beaucoup plus centralisée. Les 1 233 emplois qui passeront à la trappe en Belgique se situent tous dans les hypermarchés ou la direction centrale de Carrefour. Le personnel paie ainsi un lourd tribut aux errements managériaux du passé.

Le monde politique a réagi de manière théâtrale à la nouvelle mais ces gesticulations n’ont guère fait avancer le schmilblick. Les politiciens pourraient peut-être se demander comment faire pour que la révolution en marche dans le secteur de la distribution ne débouche pas uniquement sur des suppressions, mais également sur des créations d’emplois.

« Aux États-Unis et en Chine, les magasins sans caisses ne sont pas de lointaines projections, mais une réalité. »

Dans les années à venir, l’automatisation et l’informatisation du secteur de la distribution mettront davantage d’emplois encore sous pression. Aux États-Unis et en Chine, les magasins sans caisses ne sont pas de lointaines projections, mais une réalité.

C’est de cette réalité-là que tous les grands épiciers de ce monde devront s’accommoder. La nature et les pratiques de la distribution évoluent à toute vitesse, sous la pression non seulement de la concurrence mais également de la clientèle. Les exigences du client lambda sont de plus en plus élevées et son champ de possibilités de plus en plus large. La pression du marché n’est pas une donnée anonyme ou une force obscure. Si vous ou moi entrons dans un magasin ou effectuons une commande en ligne, c’est également une donnée qui pèse sur la stratégie de la (grande) distribution.

Le secteur de la distribution est à la croisée des chemins. Il faut souhaiter que Carrefour emprunte la bonne voie, faute de quoi on pourra déjà se préparer au prochain plan d’assainissement. L’entreprise doit en effet continuer à mériter ses clients, jour après jour, pour paraphraser le slogan du prédécesseur de Carrefour en Belgique.  

 

Comme vous le savez, DaarDaar est constamment à la recherche de subsides et d'investisseurs. N'hésitez pas à nous soutenir via virement à DAARDAAR ASBL BE13 1430 9380 2539 ou via Paypal

Mots clés : , , ,

Le présent article a été reproduit avec l'autorisation expresse de l'éditeur responsable de sa publication initiale, tous droits réservés. Toute réutilisation doit faire l'objet d'une nouvelle demande d'autorisation auprès de la société License2Publish, responsable de la gestion des droits d'utilisation : info@license2publish.be.

Photo by Clark Young on Unsplash

De Tijd

De Tijd est un quotidien économique et financier publié par le groupe Mediafin. Tout comme L’Echo, son pendant francophone, il est principalement destiné au monde des affaires et de l’entreprise. En 1995, De Tijd est devenu le premier journal de Flandre à paraître également en format numérique.

Traducteur : Maxime Kinique
Auteur :
Date de publication : 26/01/2018
Article original : Lire l'article