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Quelles perspectives pour le nationalisme flamand démocratique en 2016 ?

Compte Twitter de Tomas Roggeman

 

6 janvier 2016

Quelles perspectives pour le nationalisme flamand démocratique en 2016 ?

Temps de lecture: 4 minutes
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Le président des jeunes N-VA fait ses prévisions pour 2016.

Le mouvement flamand mue à une vitesse incroyable. Son évolution est remarquable, tant sur le fond que sur la forme : de mouvement antisystème, il est devenu commandant de bord de la politique ; de mouvement monothématique, il s’est développé en courant universel. La N-VA a joué un rôle central dans cette évolution, ce qui lui a valu les critiques acerbes de ténors nationalistes tels que Jean Pierre Rondas ou Bart Maddens. Mais les évolutions les plus visibles sont peut-être les moins importantes sur le long terme. Car en 2016 aussi, un parti nationaliste flamand moderne ne peut avoir qu’un seul objectif à long terme : l’émancipation politique et culturelle de la Flandre.

Émancipation

La communauté flamande ne manque pas d’outils pour s’émanciper culturellement. Au quotidien, on répond à la pression exercée sur la zone linguistique et culturelle néerlandophone, tant intérieurement (par l’immigration) qu’extérieurement (dans la ceinture flamande de Bruxelles), par l’organisation d’un parcours d’intégration qui met l’accent sur la langue néerlandaise. Aussi, lorsqu’elle fait la promotion de la langue néerlandaise à l’étranger ou lorsqu’elle lutte contre le tout-à-l’anglais, la Flandre doit se débrouiller toute seule, et ce depuis bien longtemps. Des générations entières de militants du flamingantisme culturel n’auraient pas pu rêver de mieux.

Aspirer à une indépendance politique, par contre, c’est une autre paire de manches. À quelques tressaillements près, le débat communautaire est apparemment au point mort. Ceci n’empêche pas que le nationalisme flamand n’a pas lieu d’être aujourd’hui, bien au contraire. En effet, l’expérience démontre qu’aucune politique nationale n’est favorable à la fois aux deux pays que compte ce pays. Un gouvernement défend soit les intérêts des Flamands (Michel), soit celui des Wallons (Di Rupo). Ou bien il s’efforce à ne rien faire, c’est ce qu’on appelle la « solidité tranquille » (Van Rompuy). Une politique plus démocratique est impossible sans toucher à l’État fédéral.

Certains craignent – ou espèrent, selon les cas – que la N-VA, par sa participation au gouvernement fédéral, enterre ses rêves d’autonomie. Ils se fourvoient. Depuis la naissance du frontisme dans les tranchées du Westhoek, le Mouvement flamand politique trace sa voie vers un État flamand. Le mouvement nationaliste flamand est le mouvement social le plus patient de l’histoire de ce pays, et quatre ans et demi de participation au gouvernement fédéral n’y changeront rien. La volonté d’autonomie reste au centre du projet nationaliste flamand, et la N-VA doit continuer – et continuera – sur cette voie.

Migration

D’autres inquiétudes ont entre-temps attiré notre attention. Dans le débat sur la migration, la seule approche qui tienne debout est l’approche nationaliste. Alors que pour les partis traditionnels, le terme de « frontière » confine au gros mot, la défense des frontières est la seule réponse sensée à la question des flux de réfugiés auxquels l’Europe se retrouve confrontée depuis cet été. En Flandre, la N-VA est le seul parti à avoir répété l’importance du respect des frontières sans tomber dans la rhétorique d’extrême-droite. Les partis centristes doivent bien l’admettre, mais ils le font à contrecœur.

Cependant, nous sommes liés par des conventions européennes et internationales. La question-clé pour 2016 est donc la suivante : l’Europe va-t-elle basculer ? Le camp de Merkel gardera-t-il les rênes, ou ceux qui ont une vision plus réaliste de l’immigration prendront-ils le dessus ? L’Europe de l’Est n’est pas la seule à mener une résistance musclée face à cette situation. Dans le nord et l’ouest de l’Europe aussi, on entend de plus en plus de voix s’élever en faveur d’une politique plus stricte en matière d’immigration. Et l’extrême-droite (dont les politiques n’ont aucune cohérence) n’en a pas le monopole : même des partis aussi sérieux que le CDU/CSU de Merkel s’y mettent. Au Parlement européen, les conservateurs comme les démocrates-chrétiens plaident en faveur d’une révision de la Convention de Genève, tandis que les libéraux sont favorables à l’augmentation des restrictions pour les réfugiés. L’Europe a besoin d’un revirement politique en la matière, sous peine de voir la crise de l’asile se répéter en 2016, mais dans des proportions nettement plus préoccupantes.

Climat

Par contre, pour le climat, la communauté internationale se mobilise. Mais avec quelles conséquences ? L’importance donnée à cette thématique, souvent considérée comme légère et gauchiste, s’explique par l’ardeur du mouvement pour la justice climatique qui se laisse docilement récupérer par l’extrême-gauche. On lie trop souvent la politique écologique aux idées (ou plutôt aux chimères) marxistes. À tort, car il ne faut pas être de gauche pour être vert, au contraire. D’un point de vue conservateur, la droite flamande a aussi besoin d’une vision claire en matière de climat et d’environnement. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’en Grande-Bretagne, la protection de l’environnement est vue comme une thématique de droite.

Cette association d’idées n’est pas encore entrée dans les esprits flamands. Ce n’est pourtant pas la faute du politique : la protection des prairies dans les polders, l’isolation des logements sociaux, la protection des bois hors zone forestière, la confection d’un plan flamand efficace pour le climat, la taxe kilométrique, le durcissement des normes de performance énergétique des bâtiments, le verdissement de la fiscalité… ne sont que quelques-unes des mesures prises à l’initiative de la N-VA. Il est cependant nécessaire de prendre encore davantage l’initiative en pour protéger le climat et l’environnement. Le débat sur le réchauffement climatique est pris en otage par une gauche radicale pétrie de tabous, hostile à l’agriculture (pourtant un allié potentiel dans ce domaine) et au nucléaire (une énergie à l’impact neutre sur le plan du réchauffement climatique et qui peut aider à résoudre les problèmes). Tout amoureux de la Flandre ne peut qu’opter pour une politique de droite soucieuse de l’environnement. Une politique verte est intelligente si elle est de droite.

Congrès

L’intégrité du Mouvement flamand dépend de sa cohérence. En mars 2016, les jeunes N-VA tiendront un congrès de trois jours intitulé « Voorsprong » (progrès). À cette occasion, ils soumettront au vote de l’assemblée une proposition qui vise à mentionner dans l’article 1 de ses statuts que le but de ce mouvement de jeunesse est d’œuvrer à l’indépendance de la Flandre. Il s’agit ni plus ni moins de l’ADN de toute organisation nationaliste flamande. Cependant, un parti nationaliste flamand moderne ne peut pas refuser son devoir de mettre en avant sa propre culture. Il ne peut pas non plus négliger son environnement. La Flandre de demain sera politiquement indépendante, culturellement intégrée et écologiquement responsable.

L’auteur est le président national des jeunesses N-VA.

Billet d’opinion de Tomas Roggeman publié sur Doorbraak

Traduit du néerlandais par Fabrice Claes

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