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Pandora Papers : quand l’évasion fiscale se répète sans fin
06·10·21

Pandora Papers : quand l’évasion fiscale se répète sans fin

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

(cc) Ancapictures via Pixabay

Bart Eeckhout
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Lorsque des journalistes d’investigation publient des articles sur l’évasion (et la fraude) fiscale, on se croirait dans le film « Un jour sans fin » : c’est le même scénario qui se répète sans cesse. Ce sont toujours les mêmes noms, ou des noms similaires, qui refont surface. C’est toujours la même indignation, puis, petit à petit, toujours la même indulgence, car la politique, tant sur le plan national qu’international, n’a que très peu de pouvoir face aux grandes fortunes qui s’échappent par la moindre brèche dans notre système fiscal.

Ce qui se répète aussi sans cesse, c’est l’éternel plaidoyer en faveur d’une diminution de la pression fiscale, afin que les plus fortunés ne soient plus soumis à la tentation de l’émigration économique et que leurs sous restent chez nous. Le problème, c’est que ce plaidoyer ne tient pas la route. L’évasion fiscale à grande échelle ne constitue en aucun cas un argument en faveur d’une diminution des impôts. Bien entendu, il existe de bons arguments en ce sens, notamment concernant la diminution de l’impôt sur le travail, mais la peur de l’évasion fiscale, ce n’est pas un bon argument.

Elton et Shakira

Si tel était le cas, l’évasion fiscale, comme celle dévoilée par les Pandora et autres Papers, serait l’apanage des Belges et des Scandinaves, qui vivent dans des pays où la pression fiscale est plutôt élevée. Mais il se fait que de nombreux riches issus de pays au climat fiscal plus accommodant pratiquent aussi l’évasion fiscale. En effet, Elton John n’est pas belge, et Shakira n’est pas suédoise.

À cet égard, il serait risqué de diminuer la pression fiscale dans l’espoir de susciter un élan de civisme chez les plus fortunés. En effet, l’État risquerait de se passer de revenus fiscaux à cause d’une mesure qui ne rapporterait rien.

Nouvelle logique néolibérale

On pourrait penser que l’augmentation des inégalités dans le monde constitue un fait établi depuis des siècles, mais rien n’est moins vrai. Jusqu’aux années 1980, il était tout à fait normal de procéder à la redistribution et à une juste répartition du bien-être acquis. Cette logique de justice sociale a fait place à une nouvelle logique, d’orientation néolibérale. Il en a résulté une explosion inouïe des grosses fortunes.

En comparaison avec d’autres pays, la Belgique se débrouille plutôt bien en matière de lutte contre les inégalités. Mais même ici, ceux qui vivent de leur capital s’en sortent mieux que ceux qui vivent de leur travail. Et pourtant, les grandes fortunes fuient notre système. Ici aussi, un tax shift¸ dans le sens d’une transition fiscale vers plus de justice sociale et écologique, serait la bienvenue. 

Lutte à l’échelle internationale

Ceci étant dit, la Belgique n’est pas une île. Le constat est frustrant, mais la lutte contre l’évasion fiscale ne peut fonctionner qu’à une échelle internationale. La tendance va dans le bon sens, mais ce n’est pas encore assez. Nous continuons de gâcher nos chances de mettre à sec des paradis fiscaux, qu’ils soient plus ou moins exotiques. Même la Belgique traîne des pieds.

Cependant, certains responsables politiques ont de sacrées bonnes raisons de résoudre ce problème ensemble, mais ils sous-estiment la colère de nombreux citoyens qui ne connaissent pas le privilège de ne pas devoir payer d’impôts.

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