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On a toutes une histoire de ce genre à raconter…
14·02·22

On a toutes une histoire de ce genre à raconter…

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Markus Spiske on Unsplash

Virginie Dupont
Traductrice Virginie Dupont

« Je suis pour le féminisme, mais contre la misandrie. » Voilà un commentaire que j’ai pu lire il y a peu sous l’une de mes publications Facebook. Depuis le mois de janvier, je partage mes expériences en matière de sexisme. Et il m’a semblé judicieux de me pencher sur l’origine de cette prétendue « misandrie ».

Il y a quelques années, j’ai organisé une fête chez moi. On a bu quelques verres, on s’est beaucoup amusés. Ce soir-là, je me suis fendue d’excellentes – enfin, c’est moi qui le dis – imitations de personnalités politiques. Un invité a préparé un porridge aux flocons d’avoine pour une semaine entière, que j’ai dû jeter dès le lendemain. Nous avons aussi décidé de manger une pizza en pleine nuit mais finalement, j’étais trop fatiguée. Je me suis endormie le sourire aux lèvres. J’avais vraiment passé une excellente soirée !

Alors que je dormais, un garçon est entré dans ma chambre avec une pizza fraîchement sortie du four. J’ai pris une bouchée, puis je me suis rendormie. Soudain, il est venu se coller à moi dans le lit. Je lui ai demandé s’il avait déjà entendu parler de l’espace personnel. Il s’est excusé, a reculé de quelques centimètres, mais n’a pas tardé à se rapprocher à nouveau. J’ai dû le remballer une deuxième fois.

Quelques mois plus tard, j’ai raconté cette histoire à quelqu’un qui l’avait croisé. Ce garçon avait prétendu que son intention n’était pas du tout de coucher avec moi. Alors pourquoi était-il venu dans ma chambre et s’était-il allongé à côté de moi sans être invité à le faire ? Il ne m’avait pas demandé s’il pouvait dormir avec moi. Il avait tenu pour acquis que j’en avais envie. « En effet, elle m’a fait une remarque ce soir-là », s’est-il excusé, « mais ce n’était qu’une remarque. » Le doute s’est insinué en moi. C’est vrai, j’avais bu. C’était il y a quelques mois. Mes souvenirs sont flous. J’imagine peut-être des choses.

Friyeah

L’année dernière, une collègue a organisé une fête chez elle pour son anniversaire. Sous couvert de « vendredi, tout est permis », j’en ai profité pour porter un décolleté plongeant. Son ex vivait encore avec elle à l’époque. À la fête, il n’a cessé de remplir mon verre, et uniquement le mien. Vers 5 heures, je me suis réveillée dans le canapé. Ma culotte était couverte de sang et mon tampon avait disparu sans laisser de trace. Je ne me souvenais de rien. Le lendemain, j’ai essuyé des regards réprobateurs au boulot. Oui, j’étais la salope qui avait couché avec l’ex d’une collègue. Marche ou crève (de honte). J’ai alors expliqué la situation à ma collègue. Elle a immédiatement pris ma défense. Cependant, je devais encore faire face aux préjugés et aux jugements. Un autre collègue qui était présent ce soir-là m’a dit : « Oui, mais tu as vu le décolleté que tu portais ? » Je lui ai expliqué que ce n’était pas une raison suffisante pour profiter d’une femme. Il s’est ravisé. Pourquoi étaient-ils en colère contre moi, et pas contre l’ex ? Et comment ça se fait qu’ils étaient tous au courant ?

Un franc succès

L’été dernier, je suis partie en vacances à Istanbul. J’ai eu pas mal de succès auprès des hommes là-bas. Un soir, j’ai décidé de ramener l’un d’entre eux à mon hôtel. Ce qui se passait en Turquie allait rester en Turquie. Une fois dans ma chambre, le garçon a immédiatement poussé mon visage vers son pénis. J’ai trouvé son comportement très choquant et j’ai retiré ma tête. Il a alors insisté pour que je lui fasse une fellation, mais j’ai refusé.

Je ne voulais plus rien faire avec lui et lui ai demandé de s’en aller. Il ne comprenait pas pourquoi j’avais tout à coup changé d’avis. Je lui ai expliqué que je n’en avais plus envie, et que ça devait lui suffire comme explication. Il a insisté. Je ne savais plus quoi faire. Je me suis allongée sur le lit en lui tournant le dos. Il est resté couché à côté de moi. Il a essayé de m’embrasser à nouveau. Je l’ai repoussé. L’ignorer était la seule chose que je pouvais faire. Ce scénario a duré environ une heure. Je voyageais avec un ami turc et au bout d’un moment, j’ai décidé de l’appeler. Il a alors demandé en turc au garçon quel était le problème. Celui-ci a répondu que j’étais hystérique et qu’il ne comprenait rien. Pourtant, il n’y avait qu’une seule chose à comprendre : non veut dire non. Mon ami lui a donné de l’argent pour un taxi en lui demandant de partir. J’ai commencé à pleurer. Que se serait-il passé si mon pote n’avait pas été là ?

Ce ne sont là que quelques exemples tirés de ma vie. Je pense que chaque femme a une histoire de ce genre à raconter. Vous appelez ça de la misandrie ? Je pense que les actes posés par ces hommes ne sont possibles que lorsqu’il y a un manque de respect à l’égard des femmes. Non seulement ces comportements restent largement impunis, mais ils se répètent à intervalles réguliers. Derrière tout ça, il existe un véritable système : le patriarcat. Alors quand un homme me dit qu’il est contre la misandrie, contre les femmes qui détestent les hommes donc, je lui pose la question suivante : qui déteste qui ?

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