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Offrons aux enfants de donneurs la chance de contacter leur parent biologique
05·07·22

Offrons aux enfants de donneurs la chance de contacter leur parent biologique

Barbara Debusschere est journaliste pour le quotidien De Morgen.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by Ricky Turner on Unsplash

Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Les faits se sont déroulés dans la Flandre occidentale des années quatre-vingt, à une époque et dans une région où les secrets les plus sordides se taisaient à tout prix. Cependant, malgré l’éloignement géographique et chronologique de l’affaire, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur l’histoire de ce gynécologue de Torhout, qui mettait enceintes ses patientes à l’aide de son propre sperme. L’un des probablement quatre enfants que ce docteur-donneur a secrètement engendrés est aujourd’hui un trentenaire contraint de supporter l’idée que son père biologique n’est autre qu’un médecin véreux qui les a dupés, sa mère et lui, dès le départ.

De telles pratiques seraient-elles encore possibles de nos jours ? L’asbl Donorkinderen, qui aide les enfants de donneurs de sperme anonymes à retrouver leurs parents biologiques, en est certaine : nous allons bientôt découvrir que d’autres médecins et assistants de médecins se sont livrés à des tromperies de la sorte.

Par contre, il semble bien moins plausible que les médecins en question s’en sortent indemnes. Les révélations de Torhout nous rappellent toutefois que la Belgique manque toujours de sérieux et de respect envers les enfants créés sur demande, à cause de la garantie d’anonymat dont bénéficient les donneurs. Ce système peut-il encore tenir ?

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L’anonymat peut paraître bien pratique. En effet, lorsqu’une femme souhaite un enfant mais n’a pas de candidat à la paternité, ou lorsque ce candidat souffre d’un problème médical, elle peut se sentir réconfortée par le sperme d’un généreux inconnu.

C’est surtout très commode pour les candidats parents, qui n’ont pas à effectuer de recherches sur la personnalité du donneur mystère. En ce qui concerne les enfants, en revanche, nombreux sont ceux qui expriment toute la peine qu’engendre chez eux cet anonymat. Tous n’en souffrent pas, mais bon nombre d’entre eux subissent des troubles psychiques, émotionnels, voire médicaux.

« Dans les faits, l’anonymat ne peut plus être garanti. »

S’il n’est pas si difficile d’imaginer que l’on puisse permettre aux enfants de savoir de qui ils descendent, de nombreux médecins s’opposent à la levée de l’anonymat. Parmi les arguments les plus fréquents, nous retrouvons celui du nombre de donneurs qui baisserait et des listes d’attente qui s’allongeraient. Les Pays-Bas, qui ont mis fin à l’anonymat des donneurs en 2004, ont démontré que cette crainte était infondée. Après une diminution temporaire, le nombre de donneurs s’y est rétabli. Il se trouve aussi que les gens y recourent de plus en plus à d’autres solutions « entre amis » ou par le biais de séances de speed dating entre donneurs et parents demandeurs.

Qui plus est, dans les faits, l’anonymat ne peut plus être garanti. Des donor detectives parviennent malgré tout, par leurs recherches dans des bases de données d’ADN internationales, à identifier les donneurs. Seulement, cette voie est particulièrement compliquée, elle ne débouche parfois sur aucun résultat et elle peut prendre des années.

Il est donc temps de tenir compte du « produit » de « l’industrie de la fertilité », pour reprendre les termes pour le moins percutants de Steph Raeymaekers, de l’asbl Donorkinderen. De nombreux autres dossiers accordent une place centrale au bien-être et à la protection de l’enfant. En offrant aux enfants de donneurs la chance et le choix de contacter leur(s) parent(s) biologique(s), nous leur garantirons, à eux aussi, ce minimum d’éthique.

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