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Loi IVG : être contre l’avortement est dans l’air du temps

(cc) Pixabay

14 juillet 2020

Loi IVG : être contre l’avortement est dans l’air du temps

Temps de lecture: 3 minutes

Ces dernières années, l’avortement est régulièrement attaqué aux quatre coins du monde par la droite populiste, incarnée souvent par des leaders misogynes qui préconisent une approche des plus conservatrices en la matière. Aux Pays-Bas, Thierry Baudet s’en prend régulièrement à l’utérus, aux USA, on voit Trump participer à des marches « pro life » et en Pologne, les ultraconservateurs du gouvernement veulent même imposer des restrictions plus sévères pour l’avortement sur des fœtus présentant des anomalies visibles. Bref, être contre l’avortement est de plus en plus dans l’air du temps. 

Dans notre pays également, les critiques visant l’avortement se font soudain entendre bruyamment à présent que l’assouplissement de la loi actuelle en la matière a atterri sur la table des négociations en vue de la formation d’un gouvernement fédéral. Dans une carte blanche parue dans notre journal (De Morgen du 13/07, ndlr), le président de la N-VA Bart De Wever et la députée Valerie Van Peel ne se gênent pas pour dire tout le mal qu’ils pensent de l’élargissement proposé, utilisant des termes tels que « scandaleux » et « effroyable » pour décrire l’assouplissement qui sera soumis au vote cette semaine. Dans les milieux conservateurs, la nouvelle loi sur l’avortement fait office de totem. 

« Les femmes qui ont subi une IVG portent la croix de la culpabilité alors qu’elles n’ont rien fait de mal »

Pourtant, une majorité parlementaire en faveur de l’élargissement s’est bel et bien dégagée dans notre pays. Dans les rangs socialistes, libéraux et écologistes, cela fait déjà un bon moment que l’on est prêt à approuver l’assouplissement de la loi. L’élément le plus important, c’est la dépénalisation de l’avortement puisque la nouvelle loi assimile l’interruption volontaire de grossesse à un traitement purement médical. Un symbole, certes, mais diantrement important tant le sujet continue d’être tabou : vous en connaissez beaucoup, vous, des femmes prêtes à témoigner dans la presse à propos de l’avortement qu’elles ont subi ? 

Ce règne du silence a pour conséquence qu’aujourd’hui encore, les femmes qui ont subi une IVG portent la croix de la culpabilité alors qu’elles n’ont en réalité rien fait de mal. Comment elles sont tombées enceintes et pourquoi elles ne veulent pas garder le fœtus sont des questions qui n’ont pas lieu d’être. Ou, pour reprendre les termes judicieux de notre collègue du Volkskrant Jennie Barbier, « c’est une question de choix personnel où le principe de celui qui commet un délit doit être puni n’a pas sa place. Il n’y a pas les bons avortements d’un côté, et les mauvais de l’autre. » 

Une solution pour 500 femmes

La loi modifiée devrait par ailleurs apporter une solution au problème des quelque 500 femmes belges qui, chaque année, franchissent la frontière avec les Pays-Bas pour subir un avortement tardif. Dans notre pays, la législation actuelle n’autorise les avortements que pendant les douze premières semaines de grossesse. La majorité progressiste qui s’est ralliée à la nouvelle proposition de loi entend porter ce délai légal à dix-huit semaines afin de permettre à toutes ces femmes d’avorter en Belgique. Et de percevoir un remboursement pour cette intervention, ce à quoi elles n’ont pas droit si elles avortent aux Pays-Bas. 

Les avortements tardifs sont plus fréquents chez les femmes qui découvrent leur grossesse sur le tard et sont précarisées sur le plan économique. Qui plus est, il est souvent plus difficile pour elles de justifier de s’absenter une journée afin d’aller subir une opération aux Pays-Bas. Si la loi n’est pas assouplie, ces avortements tardifs continueront d’être pratiqués et 500 femmes continueront de se rendre aux Pays-Bas chaque année – dans des conditions difficiles -. En 2020, est-ce être trop progressiste que de leur proposer une solution dans notre pays ? 

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