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Les tentations nationalistes de la « Fédération Wallonie-Bruxelles »
28·09·21

Les tentations nationalistes de la « Fédération Wallonie-Bruxelles »

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Capture d’écran Auvio (RTBF)

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

En ce pays, on célèbre des fêtes officielles dont seule une partie de la population soupçonne l’existence. Je pense que parmi les Belges francophones, peu savent que le 11 juillet, c’est la fête en Flandre. De même, j’imagine qu’en Flandre, presque personne ne sait que ce lundi 27 septembre, c’est la fête de la Communauté française.

Le jour où les Néerlandais furent chassés

Cette date n’a pas été choisie par hasard. Tout comme le jour de la Communauté flamande, elle symbolise une victoire historique. Alors que la fête de la Communauté flamande célèbre l’anniversaire d’une victoire contre le roi de France, les francophones belges ont choisi de célébrer le jour où, en 1830, les troupes néerlandaises ont été chassées définitivement de Bruxelles. « Grâce à la participation déterminante des Bruxellois et des Wallons, la Belgique vient de gagner son indépendance, peut-on lire sur le site web de la Communauté française. Le choix de cet événement se base sur la volonté de souligner l’existence ainsi que l’importance de la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles. »

Cette brève description de faits historiques omet, par manque de temps certainement, l’implication des Flamands dans la lutte contre les Pays-Bas, comme elle oublie de mentionner qu’à l’époque, la plupart des Bruxellois parlaient néerlandais. Ce qui importe, dans ce discours idéologique, c’est l’utilisation de la langue française, présentée comme la langue de la liberté et du lien entre les Belges francophones de Bruxelles et de Wallonie. Aucune place pour les Flamands ni pour la nuance, un peu comme dans le récit de la bataille des Éperons d’or. Les deux communautés de ce pays ont choisi comme symboles des moments de l’histoire où c’est l’autre communauté linguistique qui mord la poussière.

Du nationalisme francophone

Les francophones voient souvent les Flamands comme des nationalistes acharnés, qui veulent l’indépendance de la Flandre et donc la fin de l’union belge. Mais ils oublient un peu facilement de se regarder dans le miroir. En effet, tout observateur étranger présent aux festivités de la Communauté française cette semaine sur la Grand-Place de Bruxelles ne pourrait que conclure qu’il s’agit de l’œuvre d’un mouvement indépendantiste appelé « Fédération Wallonie-Bruxelles », qui entend proposer une alternative à l’autre fédération, celle avec les autres Belges, les Flamands.

La mise en scène de la fête témoigne clairement d’une inspiration nationaliste. En effet, en ces beaux jours d’automne, à l’endroit même où la Communauté flamande a célébré sa fête, une scène gigantesque s’est dressée devant une jolie bannière ornée d’un énorme 50. Ce nombre fait référence à la création des deux communautés culturelles de ce pays en 1970. Cependant, le logo que nous avons pu apercevoir sur l’écran pendant la retransmission en direct des concerts du 24 septembre annonçaient l’anniversaire de la « Fédération Wallonie-Bruxelles », une institution qui n’existe pourtant que depuis une bonne dizaine d’années, malgré le caractère totalement anticonstitutionnel du changement de nom unilatéral de la Communauté française.

Prétendre que la « Fédération Wallonie-Bruxelles » est depuis un demi-siècle « aux côtés » des Belges francophones, cela n’a rien d’innocent. Ce n’est rien de moins qu’une réécriture de l’histoire, dont le but est de faire croire que depuis cinquante ans, une solidarité entre francophones s’est développée pour atteindre une certaine autonomie en dehors du cadre belge. C’est exactement ce qui est reproché à la Flandre.

Stromae

Il y a quelques années, Stromae avait osé rompre avec la propagande simpliste de la soi-disant « Fédération Wallonie-Bruxelles » en s’adressant en néerlandais à son public le 27 septembre. L’acte était subversif. Cette année-ci fut moins audacieuse. On aurait plutôt dit une version française de l’émission flamande de variétés « Tien om te zien », avec une interminable succession de jeunes « vedettes » françaises devant des smartphones brandis par un parterre hurlant de groupies. Quant à la retransmission par la RTBF, elle fut particulièrement spectaculaire, avec les images de la Grand-Place illuminée vue de haut captées par des drones. Un cinquantième anniversaire, ça n’a pas de prix. La dette de la « Fédération Wallonie-Bruxelles », elle, a un prix : 22 milliards, à savoir le double des revenus escomptés cette année. Pas de quoi gâcher la fête, en somme.

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