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La Belgique continue de sous-estimer le risque d’attentat

Photo by Bill Oxford on Unsplash

12 novembre 2020

La Belgique continue de sous-estimer le risque d’attentat

Montasser Alde’emeh est un auteur belgo-palestinien et chercheur en Jihad. Texte traduit par les étudiants de Master 2 de la Faculté de Traduction de l’Université de Mons (FTI-EII)

Temps de lecture: 3 minutes

Dix ans après la montée en puissance d’organisations radicales comme Islam4UK, Sharia4Belgium et Forsane Alizza, huit ans après le départ des premiers jeunes musulmans radicalisés vers la Syrie et l’Irak, six ans après la vague de terreur qui a déferlé sur l’Occident (2014-2017), dont l’attentat du 22 mars dans notre pays, la Belgique continue de sous-estimer gravement la menace terroriste.

Restaurer le califat et instaurer la charia

L’émergence du groupe radical Sharia4Belgium, dix ans après la chute des Tours jumelles, était pourtant un énième avertissement. À l’origine du mal : des adolescents et jeunes adultes musulmans, en marge de la société laïque, qui ont grandi dans le monde polarisé au lendemain du 11 septembre. L’objectif : restaurer le califat et instaurer la charia.

C’est en 2012 que les premiers musulmans radicalisés ont quitté la Belgique en direction la Syrie afin de lutter contre le régime de Bachar El-Assad et fonder un État islamique : certains étaient les dirigeants de Sharia4Belgium, d’autres n’en étaient mêmes pas membres, mais étaient réceptifs aux idéologies de l’islamisme radical. Il a fallu un certain temps avant que l’on ne comprenne que non seulement les djihadistes fanatiques, mais aussi ces combattants syriens et tout individu radicalisé, représentaient un danger pour la sécurité nationale. Les attentats terroristes se sont succédé à un rythme inquiétant en Occident, sans parler des bains de sang qui ont eu lieu dans le monde musulman.


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Nous avons connu en 2014 les attentats du Musée Juif, de Saint-Jean-sur-Richelieu, d’Ottawa et de Joué-les-Tours. En 2015, les attentats de Charlie Hebdo, du Montrouge, du supermarché Hyper Cacher de Paris, de Copenhague, de Saint-Quintin Fallavier, l’attentat déjoué du Thalys et les attentats de Paris. En 2016, les attentats du 22 mars à Bruxelles, le bain de sang de Nice et l’attentat sur le marché de Noël de Berlin. Et en 2017, plusieurs attentats à Londres et un à Manchester. Les trois dernières années ont également vu défiler leur lot d’attaques, bien qu’en nombre nettement inférieur aux années précédentes. Une diminution partiellement due aux défaites militaires de l’EI et à la chute de l’état islamique de Daesh.

125 « retours » de Syrie

En 2017, outre les quelque 280 « combattants terroristes étrangers » belges en Syrie et en Irak, dont beaucoup auraient été tués, on dénombrait aussi 125 « retours », dont neuf ont perdu la vie lors des attentats terroristes de Paris et de Bruxelles et plusieurs dizaines sont aujourd’hui liberté conditionnelle. Beaucoup d’autres ont tenté de rejoindre des groupes terroristes ou avaient l’intention de partir.

Un problème de taille, surtout si l’on tient compte des soixante terroristes condamnés et des prisonniers radicalisés qui sortiront de prison avant 2022 pour retrouver une société tout aussi polarisée. Les récents événements en France ne font que prouver la profondeur du fossé qui sépare le monde musulman de l’Occident. Depuis le début de la pandémie, l’État islamique a repris du poil de la bête en Syrie et en Irak, théâtres d’attentats terroristes quotidiens. La flambée de violence en France est donc du pain béni pour l’État islamique. Ses partisans en profitent allégrement.

L’assaillant de Vienne, abattu lors de l’assaut, avait été condamné à 22 mois de prison pour avoir tenté de se rendre en Syrie, mais avait bénéficié d’une remise en liberté conditionnelle. En 2014 déjà, des radicalisés ont été arrêtés pour des attentats dans leur pays, alors qu’ils repartaient vers la Syrie. Qu’est-ce qui a changé ?

Des peines pas assez sévères

Au cours de mon séjour d’étude au Royaume-Uni l’année dernière, pas moins de trois attentats terroristes ont été commis. Les auteurs de deux de ces attaques (London Bridge et Streatham) avaient déjà été condamnés pour terrorisme. Le problème n’est donc pas seulement que les terroristes soient libérés, mais plutôt que les peines dont ils écopent ne sont pas assez sévères. En clair : cinq ans après Paris et un nombre incalculable d’attentats, une politique clairement définie manque toujours cruellement, en Belgique comme ailleurs.

Cette politique devrait se concentrer sur des peines plus sévères pour les auteurs d’actes liés au terrorisme et sur un meilleur encadrement et un meilleur suivi des radicalisés et des condamnés. Évaluer correctement le degré de radicalisation est également essentiel. Ces dernières années, les autorités ont négligé ce point. Vienne vient encore de nous le prouver. Côté prévention, il y a aussi du pain sur la planche : les écoles ont un rôle important à jouer, elles doivent continuer à s’investir pour développer les esprits critiques et le sentiment de citoyenneté de ses élèves. Doter les services de sécurité de davantage de ressources pour mieux collaborer au niveau international et mieux surveiller les personnes radicalisées sur leur propre territoire, est tout aussi primordial.

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