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Combien de temps d’écran accorder à un enfant qui s’ennuie ?
01·08·22

Combien de temps d’écran accorder à un enfant qui s’ennuie ?

Philippe Noens est professeur en sciences pédagogiques à la Haute-École Odisee à Schaerbeek.

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo by Igor Starkov on Unsplash

Geneviève Bernard
Traductrice Geneviève Bernard

Chaque été, la même question se pose aux parents : combien de temps d’écran accordons-nous à un enfant qui s’ennuie ? Selon Philippe Noens, il faut surmonter notre crainte des nouveaux médias et nous y intéresser – ou du moins faire semblant.

« Je m’ennuie. Je peux jouer à Fortnite ? ». À l’heure des vacances d’été, de nombreux parents instaurent pour leurs enfants des règles adaptées concernant le temps d’écran. Alors que, jadis, les parents cherchaient les émissions pour enfants dans un guide TV, ils sont aujourd’hui confrontés à une autre réalité : à tout moment et en tout lieu, leurs enfants peuvent regarder films et séries sur des smartphones, des télévisions connectées, des tablettes et des ordinateurs portables.

Il n’est pas inhabituel de voir déambuler un jeune enfant dans une fête de famille un iPad à la main. Rien de plus normal que de consulter ses messages au réveil pour un adolescent. Se pose dès lors la question : la surexposition aux écrans exerce-t-elle une influence négative sur les enfants ? En fait, la même question se pose depuis septante ans. L’apparition de la télévision dans les années 50 a suscité un enthousiasme mitigé. Dans les milieux chrétiens conservateurs, des sermons surnommaient le petit écran « l’œil du diable ».

Les jeunes d’aujourd’hui, une « génération perdue »?

C’est la « théorie de la seringue hypodermique » qui sous-tend cette expression : telle une seringue, la télévision était réputée « injecter » directement dans le cerveau des bons citoyens des messages médiatiques séduisants. Cette théorie se fonde peut-être notamment sur le pouvoir régulateur et trompeur qu’a exercé la propagande pendant les deux guerres mondiales.

« Au début, même l’imprimerie était vue d’œil critique. On craignait que le livre physique ne ‘remplace notre mémoire’. »

Cette question reflète la crainte des médias. À la fin du XIXe siècle, le public a dû s’habituer au grand écran. Selon une légende (quelque peu exagérée), un train fonçant droit sur le public dans le film (muet) de 50 secondes « L’arrivée d’un train en gare » réalisé par La Ciotat en 1896 aurait provoqué une réaction de panique parmi les spectateurs.

Les nouveaux médias ont toujours suscité notre méfiance. Pendant longtemps, la bande dessinée était synonyme de « lecture paresseuse ». Au début de l’imprimerie, on considérait que le livre risquait de « remplacer notre mémoire ». Cette théorie circule d’ailleurs à nouveau depuis la création de Google.

Le syndrome « FOMO »

Qu’est-ce qu’un usage « excessif » des écrans ? Quelles « influences négatives » exercent les écrans sur nos enfants et nos adolescents ? Certes, le temps qu’ils consacrent aux nouveaux médias, ils ne le passent pas à jouer (dehors), à se rencontrer, à faire du sport ou à dormir.

Bien qu’un véritable lien de causalité soit difficile à établir, une durée d’exposition aux écrans prolongée (de plus d’une heure par jour) est associée à : moins d’activités physiques, davantage de troubles du comportement et, souvent, de moins bons résultats scolaires. Des facteurs tels que l’âge, la personnalité et les intérêts de l’enfant déterminent s’il réagit bien ou moins bien à l’usage des médias. À l’inverse, il est tout aussi possible qu’un enfant « difficile » ou rechignant davantage à aller à l’école se voit plus facilement recevoir un écran.

Les réseaux sociaux font de plus en plus office de pilori social

Que savons-nous vraiment de l’usage des médias par les mineurs ? Nous savons que le temps que les adolescents passent devant un écran peut réduire leur temps de sommeil – on évoque notamment dans ce cadre le syndrome FOMO (fear of missing out), soit la « peur de rater quelque chose ».

Nous savons également qu’il est plus difficile de trouver le sommeil après avoir participé à une conversation numérique (animée). Des études sur l’exposition aux personnalités « parfaites » actives sur les réseaux ne peignent pas un tableau particulièrement rose en ce qui concerne les effets sur l’image de soi. Les filles qui sont souvent connectées aux réseaux sociaux sont particulièrement préoccupées par leur apparence et ont honte de leur corps (qui change) – les garçons les rattrapent à cet égard.

Échappatoire

Quid de l’influence négative par excellence : la violence et l’agressivité ? La violence dans des jeux tels que Call of Duty ou des séries telles que Peaky Blinders encourage-t-elle à commettre des actes de violence ? Difficile de le prouver scientifiquement.

« Couper complètement ses enfants de Tiktok, Youtube et autres réseaux n’est clairement pas une bonne idée. »

Il est toutefois avéré que jusqu’à l’âge de sept ans, les enfants ont plus de mal à distinguer la réalité de la fiction. La violence gratuite peut donc exercer sur eux une influence accrue. De même, les enfants qui grandissent dans un environnement violent sont généralement plus sensibles aux films et aux jeux agressifs, car ces images renforcent leur idée que ces phénomènes font partie de la vie. Néanmoins, un jeu de tir, par exemple, peut également faire fonction d’échappatoire, exercer la mémoire (stratégique), stimuler la pensée créative et favoriser les contacts sociaux (numériques) avec les pairs.

Tentatives d’enlèvement : quand les réseaux sociaux sèment la panique

Le fait est que les médias ne fonctionnent jamais en vase clos. C’est leur utilisateur qu’il faut prendre en considération. Un enfant a sa propre personnalité. Il grandit dans une famille particulière, fréquente une certaine école, des amis bien à lui, etc. Ces facteurs ne simplifient pas le travail de l’éducation aux médias à destination des parents.

Par contre, couper complètement ses enfants de Tiktok, Youtube et autres réseaux n’est clairement pas une bonne idée. Les écrans font partie du monde. Élever un enfant hors du monde, c’est lui faire violence. En tant que parent, le mieux que l’on puisse faire est de s’impliquer (ou du moins faire semblant) dans l’usage que font les enfants des médias. De se plonger comme on peut dans les applications, les sites web et les jeux. La question n’est donc pas seulement de savoir si les enfants peuvent jouer à Fortnite pendant les vacances. Il est important que papa et maman cherchent à en connaître le fonctionnement.

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