Daar Daar logo

16 juillet 2018

Le burkini: arme de diversion ou signe d’oppression de la femme?

Yves Lambrix
Auteur
Traducteur Maxime Kinique

Traditionnellement, le gouvernement fédéral met à profit le mois de juillet pour confectionner son budget pour l’année à venir. Mais alors que le leitmotiv devrait être de combler le trou budgétaire, la question des interdictions vestimentaires fera office pour la troisième année consécutive d’arme de diversion : vendredi dernier, le burkini – ce maillot de bain deux pièces avec manches, jambes longues et foulard -, a en effet effectué sa rentrée estivale. Comme en 2016 et 2017…  

Un tribunal gantois vient de décider que deux piscines de la ville n’avaient pas le droit d’interdire le burkini. Bannir un maillot de bain couvrant tout le corps pour des raisons d’hygiène ou de sécurité ne se justifie pas, argue ce tribunal. L’Agence flamande Soins et Santé dispose en effet de données scientifiques qui démontrent qu’à partir du moment où il est fabriqué avec la même matière qu’un maillot de bain classique, un maillot de bain couvrant une plus grande partie du corps n’est pas moins hygiénique. Des impératifs de sécurité ou de neutralité n’entrent pas non plus en ligne de compte, estime le tribunal gantois.

À l’annonce de ce verdict, la N-VA a une nouvelle fois clamé son indignation. La ministre flamande Liesbeth Homans n’a pas mâché ses mots : « Une décision incompréhensible », a-t-elle réagi avec virulence. « Le burkini n’a pas sa place dans nos piscines ! », a fulminé le secrétaire d’État Theo Francken. « Une provocation délibérée contre le principe d’égalité », a renchéri Zuhal Demir. « Ce ne sont pas la natation ou les piscines qui sont au centre du débat, mais bien le fait que certains se soucient comme d’une guigne des principes d’égalité et de non-discrimination entre hommes et femmes », estime encore l’échevin N-VA anversois Fons Duchateau, qui a par ailleurs annoncé qu’il continuera d’interdire le burkini à Anvers.  

On est loin d’une situation où nos piscines flamandes seraient confrontées à un afflux massif de femmes en burkini. Ce débat porte sur une question de principe qui agite les esprits, à un carrefour où liberté de croyance, égalité hommes-femmes et sentiment que l’islam prend de plus en plus de place dans notre société laïque s’entrechoquent. En soi, ce débat porte sur nos valeurs et libertés occidentales et sur la question de savoir comment les préserver en ces temps troubles. Si l’on ne parlait que « tenue vestimentaire », le principe de base devrait être que chaque femme (et chaque homme) devrait pouvoir s’habiller en toute circonstance de manière à se sentir bien dans ses vêtements. Celles et ceux qui, « au nom de la liberté et de la préservation de nos valeurs occidentales », touchent à cette liberté et à ces valeurs, se trahissent et donnent raison à des pays tels que l’Iran et l’Arabie saoudite, qui brandissent eux aussi leurs valeurs afin de dicter aux femmes ce qu’elles peuvent et ne peuvent pas faire. Si nous nous laissons embarquer dans la rhétorique du « eux contre nous » qu’adopte l’ « ennemi », celui-ci aura déjà gagné une bataille. Ne pourrait-on pas concevoir que le port du burkini, de la burka ou du foulard puisse aussi être autre chose qu’un signe d’oppression de la femme ? Ne pourrait-on pas imaginer qu’il puisse également être l’expression d’une foi profonde, voire un symbole de rébellion ? Pourquoi cette question du port du burkini fanatise-t-elle à ce point les esprits dans notre pays ?

 

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée