Daar Daar logo

27 octobre 2020

L’impact du Coronavirus sur les troubles du sommeil et les cauchemars

Temps de lecture: 4 minutes

Le nombre de cas d’insomnie a presque triplé pendant le confinement. Nous nous réveillons plus vite et nous faisons plus souvent des cauchemars. Ces troubles du sommeil sont liés à l’anxiété.

Nous avons déjà pu nous rendre compte, au printemps, que la crise sanitaire provoque une augmentation du stress chez de nombreuses personnes. Une nouvelle étude, menée par l’université de Helsinki pendant la sixième semaine du confinement sur 4 200 sujets, démontre que par rapport à la normale, 20 pour cent de personnes en plus ressentent un stress sévère et 30 pour cent de plus ressentent un stress moyen. C’est surtout le premier de ces deux groupes qui rencontre des problèmes pour s’endormir et pour dormir. Autre fait intéressant : un nombre significativement plus élevé de personnes souffrent de cauchemars.

Cauchemars

Une autre étude, coordonnée par la VUB et le CHU Brugmann, s’était déjà penchée en avril et en mai sur plus de 7000 personnes dans différents pays européens. Elle avait permis de déterminer que près de 20 pour cent des sujets interrogés présentaient des symptômes d’insomnie. « C’est près de trois fois plus qu’avant le confinement, explique Olivier Mairesse, chercheur. Pour 36 pour cent des interrogés qui présentaient déjà des symptômes, ceux-ci se sont empirés. Ce phénomène s’explique par l’anxiété et par le sentiment de dépression occasionnés par le coronavirus. »

Pour Johan Verbraecken, de la clinique du sommeil de l’hôpital universitaire d’Anvers (UZA), le niveau d’anxiété au sein de la population favorise les troubles du sommeil. « Ce constat n’est pas nouveau. L’ISP/Sciensano avait déjà constaté en 2008, quand a éclaté la crise financière, une forte augmentation du nombre de troubles du sommeil et des cas d’anxiété. »

On passe plus de temps au lit mais on dort moins

C’est surtout sur le plan statistique que l’étude révèle toute son importance. Ainsi, le sondage lancé par la VUB a permis de comprendre que pendant le confinement, le sommeil des gens n’était pas « efficace ». « En moyenne, après le réveil, les personnes interrogées se levaient une demi-heure plus tard, mais avaient besoin de 25 minutes de plus pour s’endormir. Ils restaient donc plus longtemps au lit, mais dormaient moins, ce qui n’est pas une bonne habitude à prendre. » D’autres facteurs peuvent également exercer une influence sur le sommeil, comme le fait de travailler à domicile plus longtemps et l’utilisation accrue des réseaux sociaux.

« Voilà qui donne matière à réfléchir sur le télétravail, explique M. Mairesse. Rester confiné chez soi n’est bon pour le sommeil qu’à condition de ne pas travailler. Si l’on travaille, que ce soit à domicile ou sur le lieu de travail, le stress se fait de toute façon ressentir. »

La crise sanitaire a touché les personnes souffrant d’apnée du sommeil

La crise sanitaire a également touché les personnes souffrant d’apnée du sommeil. « Ces patients, souvent des hommes en surpoids, risquent davantage d’être contaminés par le virus, et lorsqu’ils tombent malades, les complications peuvent s’avérer plus graves pour eux, expose M. Mairesse. Les études indiquent que 8 à 28 pour cent des patients atteints par la covid-19 reçus aux soins intensifs souffrent également d’apnée. En outre, les patients positifs ne peuvent pas utiliser le meilleur remède à l’apnée, à savoir le masque respiratoire CPAP, parce qu’il produit des aérosols contagieux. »

Il est encore impossible d’interpréter cliniquement de nombreux résultats de l’étude. En effet, il faut savoir que le risque de contagion ralentit le processus scientifique. « Nous savons que le virus peut avoir des effets sur le goût et l’odorat. Nous aimerions donc faire des recherches au niveau du cerveau, car c’est lui qui génère le sommeil. Il y a probablement un lien de causalité, mais il nous est impossible, pour le moment, de réaliser les tests qui pourraient le démontrer. »

Plus de stress, plus de rêves

L’étude de l’université de Helsinki a également demandé à un cinquième des sujets de décrire leurs rêves. Il en est ressorti que plus le stress est élevé, plus le patient est capable de raconter ses rêves – en particulier chez les femmes, les étudiants et les retraités.

Il est également ressorti de l’étude, par le biais d’associations de mots, qu’un tiers des rêves étaient en réalité des cauchemars directement liés au coronavirus. Les patients rêvaient de contagion, de non-respect des règles de distanciation, de vêtements de protection, de blocage dans des foules, ou encore de scènes dystopiques et apocalyptiques. Généralement, ces images étaient liées à des catégories de rêves plus courantes comme l’échec, la mort et l’inquiétude.

Selon les chercheurs, qui se réfèrent à des études similaires antérieures, les rêves répètent les événements vécus par le rêveur au cours de la journée et le préparent pour ainsi à des événements négatifs, ce qui se révèle menaçant pour lui.

« Les troubles du sommeil et les cauchemars permettent de prédire la dépression et d’autres troubles mentaux, mentionne le rapport de l’étude. Il est donc possible que cette pandémie affecte, au niveau mondial, la santé mentale des gens. »

Attention au déficit de lumière naturelle

D’autre part, les deux études révèlent que d’autres personnes ont mieux dormi pendant la pandémie. L’étude de la VUB fait état de près d’une personne sur dix. L’étude finlandaise constate également que les gens moins stressés pendant la crise sanitaire ont dormi plus longtemps et plus régulièrement.

« Le fait que le premier confinement ait eu lieu au printemps, par beau temps, a sans doute facilité les choses, fait remarquer M. Mairesse. C’est pourquoi je ressens une certaine appréhension pour les mois à venir. Il y aura moins de lumière naturelle et nous passerons moins de temps dehors. Je m’attends donc à une augmentation des cas d’insomnie. »

Mots clés :
© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée