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Liberté de la presse en Turquie: «euh oui, mais d’abord les réfugiés»

(c) Today’s Zamman

8 mars 2016

Liberté de la presse en Turquie: «euh oui, mais d’abord les réfugiés»

Temps de lecture: 2 minutes

Tout est question de timing. À peine Donald Tusk, le président du Conseil européen, annonçait-il avec soulagement la conclusion d’un accord de principe avec la Turquie sur l’approche commune à adopter face à la crise des réfugiés, que la police antiémeute turque balayait sans ménagement les bureaux du journal d’opposition « Zaman » à grands coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Le quotidien est depuis lors officiellement passé entre les mains de l’État, qui a décrété du jour au lendemain que le plus virulent des journaux d’opposition du pays était soudainement devenu un torchon de propagande diffusant des messages calomnieux sur les prétendus crimes de son président.

Officiellement, cet embrasement de la rédaction fait suite à la mise sous tutelle judiciaire du quotidien. Mais ce n’est évidemment qu’une diversion. Ce que nous voyons surtout, c’est la restriction brutale et violente de la liberté de la presse et d’expression par le régime autoritaire de Recep Tayyip Erdogan. La situation du quotidien Zaman est grave, mais somme toute pas exceptionnelle dans un pays qui emprisonnerait au moins trente journalistes. Ultime épisode des aventures d’un État d’opérette, nous assistons à l’asservissement d’un journal qui se voit contraint d’écrire le contraire de ce qu’il a toujours défendu.

Nous ne partageons pas nécessairement les convictions de Zaman. Mais cela importe peu. Sur le principe, nous ne pourrons jamais nous opposer avec assez de fermeté à un tel bâillonnement de la presse libre, dans ce pays voisin de l’Europe, qui fait partie de ses principaux partenaires géopolitiques.

Mais ne nous berçons pas d’illusions. Il règne un silence de mort dans les cénacles européens. La liberté de la presse ? Je suis Zaman ? Euh oui, mais pas maintenant, car nous devons d’abord arrêter l’exode des réfugiés. La lâcheté de l’Union européenne quant à la posture antidémocratique du gouvernement turc démontre toute la vulnérabilité de cette Europe morcelée face à la crise des réfugiés. Puisque nous sommes à ce point incapables, nous les Européens, de nous montrer un tant soit peu solidaires face à cette crise d’ampleur internationale, nous voilà à présent entièrement dépendants du bon vouloir de ce régime autoritaire extérieur.

La Turquie s’essuie littéralement les pieds sur la liberté d’expression et nos valeurs fondamentales. Cet État séculier devient, chaque jour davantage, un régime autoritaire islamisé dirigé par un président aux ambitions sultaniques. Zaman a des allures de test pour les Européens. Mais si les Turcs se demandaient encore à combien de valeurs nous pourrions renoncer pour réduire l’afflux de réfugiés de guerre sur notre territoire, Ankara a désormais sa réponse. Visiblement, l’Europe est prête à fermer les yeux sur bien des injustices pour acheter sa tranquillité.

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