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Les hommes, le nouveau sexe faible

(c) Geralt

16 décembre 2016

Les hommes, le nouveau sexe faible

Temps de lecture: 4 minutes

Manifestement, l’homme, l’être humain de sexe masculin, a du plomb dans l’aile. Si nous ne faisons pas attention, il risque de nous faire revenir à l’âge de la pierre, ou pire encore : aux années trente. Heureusement, pour contrer cette tendance, nous croulons aujourd’hui sous les livres et les formations de développement personnel.

Pas un jour ne passe sans qu’un article n’accuse l’homme de tous les malheurs du monde. Il a même sur sa conscience les succès récents des sordides mouvements de droite populiste en Europe et aux États-Unis. Le Brexit ? La faute de l’homme britannique, ce crétin xénophobe et réactionnaire. La victoire électorale de Trump ? La faute de l’homme blanc américain nostalgique du bon vieux temps où on pouvait attraper sans vergogne les femmes par la chatte. Le succès du populisme d’extrême-droite en Europe ? Toujours la faute des mêmes minus dont le conservatisme et le manque d’empathie constituent la marque de fabrique.

Par contre, nous préférons ne pas souligner que le Front National français soit dirigé par une femme. Tout comme on ne crie pas sur tous les toits que 53 pour cent des femmes blanches américaines ont voté Trump. On omet également de préciser que les hommes et les femmes ont voté de la même manière lors du referendum sur le Brexit.

Sornettes que tout cela, donc. D’accord, mais d’où viennent-elles, ces sornettes ? Il n’y a pas de fumée sans feu. En réalité, le message que sous-tendent les sornettes susmentionnées est le suivant : l’homme occidental du 21e siècle est enchevêtré dans sa masculinité. Il faut dire qu’il a beaucoup changé, ces dernières décennies. L’homme a été déchu de son rôle de gagne-pain et de chef de famille. Fini, de jouer les cow-boys ou les chasseurs-cueilleurs : tel est le message que lui assène dès la maternelle la maîtresse dès les premiers signes d’agitation. De nos jours, on lui fait même la morale lorsque, en bon macho soumis à son instinct originel, il prend l’initiative d’allumer le barbecue. Les gars, arrêtez de frimer avec vos couteaux rutilants lorsque vous découpez la viande en morceaux ou avec votre terrifiante fourchette dont vous piquez les morceaux de viande à intervalles réguliers. Puis, pourquoi tenez-vous à tout prix à allumer le feu ?

L’homme doit donc se débarrasser de sa virilité à l’ancienne. Le problème, c’est que c’est sans doute comme ça qu’il est devenu une vraie loque. En prison, on ne retrouve presque exclusivement que des hommes. Les hommes se suicident plus souvent que les femmes… euh, attendez, on ne peut se suicider qu’une seule fois, reformulons : le suicide touche davantage les hommes que les femmes. Pas génial non plus. Voilà : les hommes sont plus nombreux à souffrir de troubles psychologiques que les femmes. Ce sont surtout les hommes qui sont dépendants à l’alcool, aux drogues et à la pornographie. Et seuls les hommes se rendent coupables de crimes sexuels.

Il est donc temps d’agir. D’ailleurs, on agit déjà. Par exemple, on peut aujourd’hui suivre des formations à divers endroits pour devenir un meilleur homme. Celles-ci existent depuis des années, mais l’approche a évolué. Avant, on devenait un meilleur homme en réprimant sa virilité et en apprenant à exprimer ses émotions, « comme le font si bien les femmes ».

Aujourd’hui, on a compris qu’il n’est jamais bon de réprimer quoi que ce soit. Pour trouver sa nouvelle identité, l’homme doit désormais apprendre l’équilibre. Il ne peut pas laisser libre cours à ses instincts masculins, mais ne peut pas les réprimer non plus. Telle est la teneur des raisonnements apparus dans quelques ouvrages récents sur le sujet. Ainsi, dans son « Who stole my spear? » (Qui a volé ma lance ?, ndt), le journaliste britannique Tim Samuels plaide pour davantage d’équilibre : « L’homme a perdu sa liberté », écrit-il. « Nous sommes des employés de bureau dans des corps de chasseurs-cueilleurs. » L’homme n’est même plus libre de faire de l’humour, explique-t-il, en citant l’exemple du prix Nobel de médecine Tim Hunt. « Un homme qui a consacré sa vie à une bonne cause s’est fait virer parce qu’il a fait une mauvaise blague en plein congrès. L’humour est important pour l’homme, et lorsque son humour est en péril, il se sent mal à l’aise. »

Il en va de même lorsqu’on nous demande d’afficher nos émotions. Si quatre femmes s’installent autour d’une table, elles se parlent de tous leurs soucis, paraît-il. Alors que quatre hommes dans la même situation parleront de football. Lorsque les hommes parlent de leurs émotions, ils le font entre quatre yeux. Pas avec leur partenaire, non, mais avec leur meilleur pote, et ça finit par une bonne tape sur l’épaule qui signifie « c’est bon, on en a marre ».

Pour Samuels, nous devons aspirer à une nouvelle forme de virilité, une bonne virilité. Mais comment faire ? En utilisant notre force virile à des fins positives : en faisant du sport, en multipliant les contacts sociaux, en faisant du volontariat. De quoi éviter de sombrer dans la folie, en somme. Mais si c’est ça le seul but, pourquoi ne pas se contenter d’une bonne partie de jambes en l’air ?

Vu que vous insistez, parlons d’un autre livre qui a fait son apparition il y a peu dans les librairies flamandes : « Waarom mannen geen seksboeken kopen » (Pourquoi les hommes n’achètent pas de livres sur le sexe, ndt). Il s’agit d’un livre pour hommes. Ce n’est pas un livre de sexe, mais un livre sur le sexe. Avec conseils et solutions à différents problèmes. D’habitude, les hommes ne lisent pas ce genre de publications. Ils préfèrent encore parler de leurs émotions que de leurs troubles érectiles, sauf l’auteur et amuseur gantois Herman Brusselmans, car toute règle implique une exception.

Waarom mannen geen seksboeken kopen a-t-il pour prétention d’apprendre les bonnes manières au prédateur sexuel qui sommeille en tout homme ? Au contraire : c’est justement ce mythe qu’entend démonter l’auteur, le sexologue Wim Slabbinck. « Les hommes sont loin d’être les bombes de testostérones sans but pour qui on s’échine à les faire passer. La sexualité masculine est fascinante, elle est tout aussi complexe que celle de la femme. »

Slabbinck parle, étude après étude, de sexualité masculine en s’inspirant de son expérience pratique de sexologue. Et qu’en ressort-il ? Que nous ne pensons pas toutes les sept secondes au sexe, que souvent nous n’avons pas du tout envie non plus, que nous ne trompons pas (beaucoup) plus notre partenaire que les femmes et que nous ne sommes pas des égoïstes au lit, mais plutôt des amants doués d’empathie.

Tiens, voilà que je me mets à parler d’équilibre, de complexité et d’empathie. Il est temps que j’aille allumer mon barbecue d’hiver.

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