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Interdire l’arrosage permettrait d’économiser six millions de litres d’eau — chaque jour
10·08·22

Interdire l’arrosage permettrait d’économiser six millions de litres d’eau — chaque jour

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Photo by Robert Hrovat on Unsplash

Les mesures prises pour lutter contre la sécheresse se limitent encore à de simples conseils : ne pas gaspiller d’eau potable. Une occasion manquée, selon Patrick Meire, professeur en gestion des ressources hydriques à l’Université d’Anvers. Ce spécialiste estime qu’il est largement temps d’imposer des mesures rigoureuses, par exemple l’interdiction de l’arrosage. « Soyons réalistes : ces recommandations ne sont pas suivies par l’ensemble de la population. Or, si la sécheresse se poursuit, nous allons au-devant de problèmes. »

Et non des moindres : Patrick Meire nous indique le niveau qu’atteint habituellement l’eau dans les remparts de Damme. Une zone naturelle désormais asséchée. Des terres devenues arides, comme tant d’autres à travers la Flandre. Et ce, avant même que la vague de chaleur n’ait débuté.

Pas une seule goutte de pluie ne tombe du ciel ; huit des dix points de mesure indiquent que les eaux souterraines sont basses, voire très basses ; bon nombre d’autres rivières et petits cours d’eau en sont à leur étiage historique. Faut-il se mettre à craindre qu’on nous coupe le robinet ?

« Les sociétés de distribution d’eau ont assuré leurs arrières : l’eau continuera de couler du robinet au cours des deux semaines à venir. Mais personne ne sait jusqu’à quand la sécheresse se poursuivra. En cas de pluies abondantes, la catastrophe sera évitée. Mais si le temps reste sec jusqu’à fin août, voire début septembre, nous allons au-devant de problèmes. »

Faut-il prendre des mesures dès à présent ?

« Oui. Les recommandations doivent être durcies. Nombre de citoyens appliquent les bons gestes, mais soyons réalistes : ces recommandations ne sont pas suivies par l’ensemble de la population. Il aurait fallu rendre certaines mesures obligatoires, par exemple l’interdiction de l’arrosage. »

Pénurie d’eau: faut-il augmenter le prix pour limiter la demande?

La Société flamande de l’Environnement estime qu’il s’agit d’une « mauvaise idée » et d’une « mesure symbolique ».

« Effectivement, si j’économise, dans mon coin, un litre d’eau sur une journée, ce n’est rien à l’échelle de la Flandre. Mais si les six millions d’habitants que compte la région font de même, on arrive à six millions de litres — par jour. C’est considérable, d’autant plus que nos réserves se tarissent. À mon sens, cela n’a donc rien de symbolique.

Il est très facile de réduire sa consommation d’un litre : il suffit de se doucher un peu moins longtemps ou de recueillir l’eau employée pour rincer les légumes afin d’arroser les fleurs. Utiliser de l’eau potable pour arroser sa pelouse ou laver sa voiture… c’est tout simplement irresponsable. »

Nous sommes sur le point d’entrer dans une période de canicule. La consommation d’eau augmente-t-elle dans ces moments-là ?

« Oui. Le phénomène est bien connu : on remplit les piscines gonflables, on arrose la pelouse et on multiplie les douches. Parallèlement, le temps reste sec et l’évaporation s’intensifie sous l’effet de la chaleur. S’il pleut abondamment après cette vague de chaleur, la situation s’arrangera. Mais ni vous ni moi n’avons de boule de cristal. »

Et si la sécheresse persiste ?

« Dans ce cas, il est tout à fait possible qu’en septembre, le robinet soit coupé çà et là. Notre situation n’est pas encore semblable à celle de la France, où l’eau doit être acheminée par camions, car les sociétés de distribution ont renforcé leur coopération à la suite des derniers étés de sécheresse que nous avons connus. Mais si, en août, le temps reste aussi sec qu’en juillet — nous atteignons des records historiques —, le problème se fera pressant. »

Le canal Albert assouvit la soif de la Flandre

De Watergroep, la plus grande société de distribution d’eau, affirme qu’elle dispose encore, en Flandre-Occidentale, d’un réservoir contenant quelque 7 milliards de litres. De quoi tenir jusqu’en décembre, selon elle. N’est-ce pas rassurant ?

« Oui et non. Environ 40 % des ménages dépendent, pour leur eau potable, du canal Albert, qui est alimenté par la Meuse. Or, il a fallu installer des pompes, vendredi dernier, pour que le canal lui-même puisse être alimenté, car le débit du fleuve est trop faible.

Les fleuves et rivières ainsi que le canal Albert ne font pas encore, pour l’heure, l’objet d’interdictions de captage. Mais ce genre de mesures drastiques, qui frapperaient durement le transport fluvial et les zones industrielles environnantes, ne sont pas inenvisageables en cas de persistance de la sécheresse. Après les derniers épisodes, un plan de délestage très clair a été défini : si nécessaire, des restrictions seront imposées à l’économie afin de garantir que les ménages continuent à être approvisionnés en eau potable. »

Nous connaissons un cinquième été de sécheresse en six ans. Le problème ne sera pas résolu par l’interdiction de l’arrosage. La Flandre en fait-elle assez ?

« Le Blue Deal a été lancé il y a deux ans : nous sommes donc sur la bonne voie. Mais il y a urgence à développer les projets pilotes (par exemple, la restauration de prairies humides et de forêts dans la vallée du Stiemer, à Genk, NDLR). Pour l’instant, les choses se font à trop petite échelle et pas assez vite. Souvent, c’est le courage politique qui fait défaut : on l’a vu, notamment, avec le “bouwshift” ou “stop au béton”.

Pendant des dizaines d’années, on a tout fait pour que les précipitations s’écoulent le plus rapidement possible vers la mer. Nos infrastructures sont conçues à cet effet. Désormais, il faut tout adapter pour assurer la rétention de l’eau. Dans le même temps, il est nécessaire de mener une politique climatique bien pensée pour éviter que les phénomènes extrêmes que nous connaissons ne s’intensifient encore davantage. »

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