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En plein cœur

Une du quotidien De Tijd du 23/03/16

23 mars 2016

En plein cœur

Au lendemain des attentats de Bruxelles, DaarDaar a décidé de vous proposer, à titre symbolique, une sélection des éditoriaux des principaux quotidiens du nord du pays. Ils seront publiés au compte-goutte tout au long de cette journée de deuil national.

Temps de lecture: 2 minutes

Nous ne nous sentirons plus jamais tout à fait en sécurité après ce 22 mars. Lorsqu’on touche au cœur de Bruxelles, c’est toute l’Europe qui est blessée. Et ces événements demandent bien une réponse européenne, unique et concertée.

«Ce que nous craignions est arrivé», a réagi, bouleversé, le Premier ministre Charles Michel aux attentats terroristes de l’EI qui ont détruit hier des dizaines de vies. Un attentat à nos vies, nos rêves, nos principes et nos valeurs. Des hommes et des femmes, qui se pressaient sur le chemin du travail ou qui partaient en voyage, ont été tués. La vie de tous les jours brusquement anéantie.

Un premier attentat-suicide dans notre pays, dans notre aéroport. Un second dans le métro Maelbeek, à 9h11, en plein cœur de l’Europe. L’impact symbolique est le même que celui du 11 septembre. Le décompte des victimes, l’arrêt de toutes les activités, la colère et la tristesse. On ressent immédiatement, jusqu’au plus profond de soi, l’horreur qu’ont vécue avant nous Paris, Londres et Madrid. Et demain peut-être l’Allemagne ou les Pays-Bas. La terreur lâche… des clous dans des bombes, pour faire encore plus de morts et causer des blessures encore plus graves.

Après les attentats de Paris et le lock-down de Bruxelles, nous avions déjà ce sentiment de ne plus jamais pouvoir être en sécurité. Après l’arrestation de Salah Abdeslam, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon nous mettait encore en garde contre les cellules terroristes dormantes qui pourraient rapidement «entrer en action». Nos services de sécurité savaient qu’au moins 60 à 80 combattants étaient revenus de Syrie pour commettre des attentats en Europe. Cette crainte est devenue réalité plus vite qu’on ne le pensait.

L’enquête devra établir les liens. Mais, quoi qu’il en soit, il est déjà clair qu’il faut mettre les bouchées doubles dans la guerre contre le terrorisme. Davantage de mesures de sécurité et des contrôles plus rigoureux sont indispensables. Avec, pour conséquence, moins de vie privée et de mobilité. C’est peut-être le prix que nous serons amenés à payer. En ce sens, le 22 mars marque le début d’une nouvelle ère, caractérisée par le sentiment de ne plus être en sécurité nulle part.

Mais les mesures de sécurité ne sont pas suffisantes en soi. Au contraire, la démonstration de force pure et simple est une arme très inefficace. Les jeunes sympathisants des « héros syriens », qui admirent Abdeslam et d’autres terroristes, sont un immense problème pour le vivre ensemble. Nous ne pourrons contrer le terrorisme que si l’ensemble de la communauté, musulmans y compris, se rallie à une même démarche. La polarisation ne nous fera pas avancer. Encore moins la négation de la gangrène et de l’extrémisme à Bruxelles.

Les attentats visaient le cœur de l’Europe ; la réponse doit, elle aussi, être européenne. Cela renforce la nécessité urgente d’un service de renseignement et de défense unifié. Et surtout la nécessité d’une résilience européenne pour, malgré toute la colère et le deuil, se relever, défendre nos libertés, nos principes et nos valeurs, et vivre notre vie.

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