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Relance : le fédéral patauge, la Flandre en profite

Crédit:  Gerd Altmann via Pixabay

3 juin 2020

Relance : le fédéral patauge, la Flandre en profite

Alors que la Flandre annonce les premières étapes de son plan de relance à long terme, le gouvernement fédéral – minoritaire – peine à finaliser ses dernières mesures d’urgence. Jan Jambon, ministre-président flamand (N-VA), ne se prive pas de le faire remarquer.

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« Certes, comparaison n’est pas raison », a-t-il tempéré d’emblée. Mais Jan Jambon, ministre-président flamand (N-VA), a tout de même commencé son discours par une audacieuse référence à la reconstruction qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. « Nous sommes au sortir d’une guerre. Une guerre que nous n’avons pas encore gagnée, car aujourd’hui encore, nous pleurons nos victimes. »

Le ministre N-VA ne s’est pas départi de son style présidentiel en présentant le plan de relance à long terme de son gouvernement. « Notre économie a été sérieusement ébranlée : il est grand temps de la reconstruire ».

Parmi les mesures phares annoncées, un fonds de prospérité d’un demi-milliard d’euros, à travers lequel le gouvernement entend activer l’épargne en dormance des citoyens à grands coups d’avantages fiscaux. Autre instrument mis en place : le « vriendenaandeel », qui permettra aux citoyens qui le souhaitent d’investir dans l’activité d’un proche ou d’un membre de la famille. Un paquet de mesures destiné à épauler les petites et moyennes entreprises flamandes au cours des 5 prochaines années et impliquant un effort pouvant aller jusqu’à 6 milliards d’euros.

Un fonds d’urgence sera également constitué pour les secteurs en souffrance, dans la culture, le sport, mais aussi l’horticulture et les sociétés de taxi. Le plan de relance, agrémenté de l’avis des comités de relance économique et sociale, devrait être complètement bouclé début juillet.

À travers ces mesures, Jan Jambon entend bien se distinguer des maigres réalisations de l’équipe fédérale, dont la N-VA ne fait pas partie. La mention du gouvernement Wilmès dans son discours n’est pas le fruit du hasard. « Le fédéral se concentre sur les liquidités, en effet primordiales à court terme. Mais à plus longue échéance, nous avons besoin d’un plus grand soutien, avec un accent clairement placé sur la solvabilité. Le gouvernement flamand agit désormais à ce niveau. »

Le ministre-président flamand touche là une corde sensible. Le week-end dernier, la fragilité de la composition fédérale actuelle – gouvernement minoritaire de trois partis opérant par procurations et se réunissant une fois par semaine avec sept autres partis – a de nouveau éclaté au grand jour. Vendredi, on nous annonçait en toute hâte un troisième paquet de mesures de soutien, avec notamment une prolongation du chômage temporaire pour certains secteurs, une prime de 250 € pour les bénéficiaires du revenu d’intégration et une diminution de la TVA dans l’horeca.

« Dans l’inconnue »

Mais samedi, la réunion du fameux « superkern » accouchait de nouveau d’une souris. Les grands projets présentés comme acquis n’avaient même pas encore été couchés sur papier, ce qui n’a pas vraiment amusé les partis de l’opposition, socialistes et verts en tête, dont dépend le gouvernement. « L’opposition est dans l’inconnue », a tweeté Inti Ghysels, directeur du centre d’études du s.pa. « Il devient compliqué – dans ces conditions – d’avancer sérieusement sur les dossiers ». Même son de cloche du côté de Meyrem Almaci, présidente de Groen : « la méthode de travail est défaillante, à l’instar des mesures elles-mêmes. Nous sommes toujours dans l’urgence, nous devons agir plus vite ».

Les négociations se sont poursuivies cette semaine au sein des différents groupes de travail. Objectif : finaliser avant le week-end. Mais seules quelques mesures de soutien supplémentaires devraient être validées. À la demande de Paul Magnette, Sophie Wilmès a déjà fait savoir que toute mesure de relance structurelle dépendait de la composition d’un nouveau gouvernement. Maintenant que le plus fort de la crise est derrière nous et que des choix plus idéologiques s’imposent, les failles de la construction fédérale réapparaissent, plus profondes que jamais.

Dans ce contexte, la formation d’une nouvelle équipe devient chaque jour plus urgente. Alors que Paul Magnette et son homologue Conner Rousseau continuent les consultations, le gouvernement flamand tourne à plein régime. « À travers l’action du gouvernement, nous entendons démontrer le dynamisme de la Flandre, la capacité de notre Région à se relever », a déclaré le ministre du Budget Matthias Diependaele (N-VA). « Une première étape, de premières fondations solides, sur lesquelles nous bâtirons la relance. »

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