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Polluants et moins taxés, les pick-up sont le paradoxe de la Belgique
22·04·22

Polluants et moins taxés, les pick-up sont le paradoxe de la Belgique

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Afbeelding van Sookyung An via Pixabay

Bien que les pick-up soient des véhicules lourds et polluants, leurs propriétaires bénéficient d’avantages fiscaux chez nous. À ce titre, la Belgique fait presque office d’exception en Europe. Des organisations environnementales plaident pour que le système, jugé « absurde », soit revu.

La Belgique nage en plein paradoxe. Alors que nous nous efforçons de trouver des modes de déplacement plus durables, le nombre de pick-up ne cesse d’augmenter chaque année. En 2021, ils étaient environ 65.000 sur nos routes, soit 63% de plus qu’il y a dix ans.

Cela représente 41,4 pick-up par 100.000 habitants. En comparaison, les Pays-Bas en comptent à peine 3 par 100.000 habitants, et la France 16,1. Si la tendance se poursuit, la Belgique comptera plus de 100.000 pick-up lourds d’ici 2030.

« La Belgique compte 41,4 pick-up par 100.000 habitants. Les Pays-Bas à peine 3, et la France 16,1. »

Il ressort d’une étude du HIVA, un institut de recherche multidisciplinaire de la KU Leuven, que la Belgique offre un régime fiscal particulièrement avantageux pour les pick-up par rapport à d’autres pays européens. Les propriétaires de ces véhicules considérés comme utilitaires légers sont exonérés de la taxe de mise en circulation (TMC) et bénéficient d’une taxe de circulation annuelle réduite.

La différence est significative. Les chercheurs du HIVA ont ainsi calculé que si un Dodge Ram 1.500 était logé à la même enseigne qu’un véhicule ordinaire, le propriétaire devrait en principe s’acquitter de 11.557 euros de frais d’inscription, et de 3.201 euros de taxe de circulation annuelle. Mais grâce à l’avantage fiscal accordé aux véhicules utilitaires légers, les frais d’inscription disparaissent, et la taxe routière annuelle se limite à 157 euros.

Les propriétaires de pick-up roulant au LPG sont encore plus privilégiés. Normalement, les voitures au LPG sont soumises à une taxe supplémentaire en Belgique. Or celle-ci disparaît tout bonnement pour les petits utilitaires. Un conducteur de pick-up économisera ainsi de 10.000 à 14.000 euros d’accises sur une période de dix ans.

Nocifs et mortels

Selon le HIVA, un conducteur de pick-up paie en moyenne un huitième de ce qu’il devrait payer avec une voiture ordinaire. Pourtant, un véhicule de type Dodge Ram émet deux à trois fois plus de CO2 qu’une voiture particulière.

Des études démontrent en outre que les pick-up sont 2,5 fois plus impliqués que les véhicules ordinaires dans des accidents mortels. Sans compter qu’avec leur taille surdimensionnée, ils occupent bien souvent plus d’une place de parking.

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Pourquoi les pick-up bénéficient-ils d’un régime aussi avantageux ? Parce qu’aux yeux de loi, ils sont considérés comme des véhicules utilitaires légers utilisés à des fins commerciales.

Reste que la réalité est tout autre, car les deux tiers des pick-up sont actuellement inscrits en tant que véhicules particuliers. Et pourtant, c’est la raison pour laquelle ils jouissent de tous les avantages fiscaux.

« Il est absurde que les véhicules les plus polluants soient les moins taxés »

Le Bond Beter Leefmilieu (BBL), organisation qui chapeaute de nombreux mouvements environnementaux, plaide donc pour que les pick-up utilisés à titre privé soient taxés comme des voitures particulières. « Il est absurde que les véhicules les plus polluants soient les moins taxés », souligne Marie Desrousseaux du BBL.

Elle fait valoir que les allégements fiscaux ne devraient être accordés qu’aux propriétaires qui utilisent le véhicule dans le cadre de leur travail, en les obligeant par exemple à fournir un numéro d’entreprise lors de l’enregistrement.

En outre, la notion de « véhicules utilitaires légers » doit être définie avec davantage de précision. Seuls les pick-up sans double cabine et disposant d’un espace de rangement suffisant devraient y être inclus.

Limiter l’avantage fiscal

La Febiac, la fédération de l’industrie automobile, n’est pas immédiatement favorable à une telle adaptation. « Les gens se rabattraient alors sur un van classique. Est-ce la solution ? », s’interroge Michel Martens, expert fiscal.

Ce sujet fait également l’objet de discussions au sein du gouvernement flamand depuis un certain temps. En 2020, le ministre flamand des Finances, Matthias Diependaele (N-VA), a promis de mettre fin aux abus du régime en limitant l’avantage fiscal à ceux s’en servent pour travailler.

« Les gens se rabattraient alors sur un van classique. Est-ce la solution ? »

Tous les propriétaires d’un véhicule de ce type à usage non professionnel seraient dès lors soumis au taux d’imposition normal. Mais jusqu’à présent, rien n’a changé.

Au grand regret de l’opposition. « Nous étions très favorables à cette proposition », précise le député flamand Stijn Bex (Groen), « Malheureusement, force est de constater qu’elle ne s’est pas transformée en mesure concrète. Les véhicules lourds continuent manifestement de gagner en popularité, et le gouvernement ne fait pas grand-chose pour inverser cette tendance. »

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Le ministre Matthias Diependaele fait remarquer qu’en principe, une adaptation du régime fiscal doit se faire par le biais d’un accord de coopération entre régions. La Wallonie n’a pourtant pas attendu un tel accord pour prendre l’initiative.

Dans le sud du pays, distinction sera dorénavant faite entre utilisation personnelle et professionnelle des pick-up et des camionnettes de livraison, les véhicules à usage privé étant taxés comme des voitures particulières normales.

La proposition a été adoptée malgré un avis négatif du Conseil d’État. « En Flandre, nous préférons ne pas courir ce risque », se justifie M. Diependaele. « Nous poursuivons les réunions de concertation avec les gouvernements bruxellois et wallon en vue d’adapter l’accord de coopération. »

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